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Émission du 19 avril 2011 (n° 498) | Émission du 1 mai 2012 (n° 552) | Essais cliniques et recherche fondamentale | Jean-Michel Molina
Un traitement préexposition pour les séronégatifs ? (avec Jean-Michel Molina)
3 juin 2011 (survivreausida.net)
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Écouter: Un traitement VIH pour les séronégatifs ? (avec Jean-Michel Molina) (MP3, 9.2 Mo)
Sandra : Évaluer une stratégie de prévention de l’infection par le VIH comprenant un traitement antirétroviral préexposition « à la demande » au sein de la communauté homosexuelle masculine. Voilà le but de l’étude Ipergay. Écoutons Jean-Michel Molina, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris.
Début du son.
Jean-Michel Molina : C’est une étude qui vise à essayer, de diminuer, de réduire, les nouvelles contaminations par le VIH, en particulier au sein de la communauté gay en France.
Sandra : Pourquoi commencer par les gays ?
Jean-Michel Molina : La raison est une raison épidémiologique. En France, on déplore malheureusement un grand nombre de contaminations chaque année par le VIH. Plus de 8000 nouvelles contaminations, dont plus de la moitié, sont observées au sein de la communauté gay. Donc il y a effectivement une nécessité de prendre en compte ce phénomène épidémiologique et l’étude pour cette raison, est d’abord réalisée au sein de la population gay. Mais il est évident que les résultats d’une telle étude pourraient ensuite être utilisables pour d’autres populations.
Sandra : Et comment va se dérouler cette étude ? Qu’est-ce que les gens vont devoir faire ou prendre ? Comment ça va se passer ? Sur quelle durée ?
Jean-Michel Molina : Alors, c’est une étude qui fait le constat qu’effectivement il y a trop de nouvelles contaminations par le VIH aujourd’hui en France. Pour cette raison, ce que l’on souhaite proposer dans cette étude, c’est un package de prévention globale qui va être proposée à des personnes qui s’exposent à la contamination par le VIH du fait de leur rapport sexuel. On va proposer à ces patients, un counselling régulier. Le dépistage, le traitement des infections sexuellement transmissibles. L’utilisation du traitement post exposition par des antirétroviraux. Et en plus, cette étude sera l’occasion d’évaluer le bénéfice, en plus des mesures de prévention que je viens de citer, bien entendu, la promotion du préservatif qui sera faite, de proposer l’évaluation d’un traitement antirétroviral qui pourrait être pris avant l’exposition et juste après l’exposition, de façon à essayer de savoir si ce traitement, en complément, aux autres mesures de prévention peut permettre de réduire ce nombre de nouvelles contaminations en France. Cette étude s’appuie sur des résultats d’une autre étude qui vient de présenter des données intéressantes, qui est l’étude Iprex, qui a montré que la prise continue d’un traitement, à raison d’un comprimé par jour, pouvait réduire de près de 40 %, le risque de contamination par le VIH. Cette étude a aussi été réalisée au sein d’une population gay en Amérique, essentiellement. L’étude que l’ANRS se propose de mettre en place est une étude qui va utiliser le même traitement. Mais au lieu de le prendre de façon continue, de le prendre, juste avant les rapports et juste après les rapports sexuels. De façon à diminuer la quantité de médicaments nécessaire.
Sandra : C’est combien de médicaments à prendre ?
Jean-Michel Molina : C’est peut-être difficile de rentrer dans les détails. Il y a aura 2 comprimés à prendre avant les rapports et puis 1 comprimé après. Donc un schéma relativement simple de façon à ce que les gens le prennent de façon régulière, car on s’est rendu compte dans l’étude Iprex en particulier, qu’une raison de l’efficacité qui est encore insuffisante de ces prophylaxies, que le fait qu’elle n’était pas prise régulièrement par les participants. Donc, on espère qu’un traitement qui sera pris à la demande en fonction de l’activité sexuelle sera peut-être pris de façon plus régulière.
Sandra : Comment faire pour savoir si les gens sont observants ou pas ? Il y a des moyens de savoir ça ?
Jean-Michel Molina : C’est évidemment très difficile. Donc on va se baser sur la déclaration que les participants vont nous faire sur leur observance du traitement. Il va avoir donc des questionnaires, que les participants vont pouvoir remplir régulièrement. Il s’agit d’un projet ambitieux, d’un projet long effectivement. Les volontaires qui vont participer vont le faire d’une part, je crois dans leur intérêt personnel, limiter pour eux-mêmes le risque de contamination. Mais aussi dans un cadre plus général, pour essayer de progresser dans le domaine de la prévention contre l’infection du virus du sida. C’est à la fois une participation volontaire qui va être, avec un objectif personnel, mais aussi un objectif altruiste pour faire bénéficier toute une communauté et à vrai dire, tout le monde de la progression des connaissances et des recherches dans le domaine de la prévention.
Sandra : Est-ce que vous savez déjà si ces médicaments ont des effets secondaires ?
Jean-Michel Molina : Alors, les médicaments qu’on utilise sont des médicaments qu’on utilise depuis des années maintenant dans le traitement des personnes infectées. On connait bien entendu assez bien, pour ne pas dire très bien leurs effets secondaires. Il est vraisemblable que, des médicaments qui seraient pris que de temps en temps devraient avoir un profil de tolérance extrêmement rassurant et bien entendu, une préoccupation de tous les investigateurs de l’étude, de s’assurer que chez les personnes qui sont en bonne santé, qui vont participer à un projet et bien, on ne mette pas leur santé en danger, bien entendu, ceci sera analysé d’une part par les investigateurs de l’étude et puis d’autre part, par ce qu’on appelle un comité indépendant, qui sont en fait un groupe d’expert, indépendants de l’étude et qui vont en permanence être informés des effets indésirables qui pourraient se produire en cours d’étude de façon à prendre des mesures nécessaires pour la protection des participants.
Sandra : Et le médicament pour les participants ce sera le même pour tous ? C’est le truvada ?
Jean-Michel Molina : Alors, le médicament effectivement sera le même pour tous et c’est effectivement le truvada.
Sandra : Est-ce qu’il y a déjà beaucoup de volontaires ou est-ce que c’est plus difficile à faire en France ?
Jean-Michel Molina : Je crois que pour l’instant c’est encore prématuré de parler de volontaire puisque l’étude n’a pas encore été autorisée à démarrer. Donc nous espérons obtenir les autorisations vers l’automne, de façon à ce que l’étude puisse se mettre en place à la fin de l’année. Mais je crois qu’il faut parler encore au conditionnel pour l’instant. Ce qui est vrai, c’est que, nous avons commencé à informer les associations de lutte contre le sida, les associations gays qui ne sont pas forcément appliquées dans la logique de lutte contre le sida de la mise en place de ce projet. Et pour la première fois, l’ANRS va mettre en place un comité de consultation communautaire. C’est-à-dire que toutes les associations gays qui souhaitent participer à ce groupe pourront le faire de façon à être à la fois informées du déroulement de l’étude et pouvoir faire également un retour aux investigateurs de l’essai, de la façon sur laquelle l’étude est perçue sur le terrain.
Sandra : Et comment vous expliquez le fait que dans la communauté homosexuelle il y ait autant de nouvelles contaminations ? Est-ce que c’est parce que simplement les personnes n’aiment pas le préservatif ou est-ce que c’est autre chose ?
Jean-Michel Molina : Alors, je crois qu’il faut être clair, le but de l’étude n’est pas de remplacer le préservatif. Dans la prévention, il faut additionner les méthodes, les unes ou autres de façon à ce que les personnes qui le souhaitent puissent s’approprier les méthodes et puis les utiliser de façon combinée pour essayer d’avoir la meilleure protection. En terme de prévention, on sait bien que, ce n’est pas une seule mesure qui est suffisante, mais c’est l’addition de différentes mesures. Donc là, il ne s’agit pas de remplacer le préservatif, mais il s’agit, dans un contexte en France où les préservatifs en France sont largement disponibles et utilisables de proposer quelque chose qui viendrait renforcer encore leur activité. D’autre part, il y a un certain nombre d’inconnues effectivement, sur les raisons pour lesquelles, il y a encore ce grand nombre de contaminations. Et c’est l’objet de cette étude qui va bien entendu, évaluer le bénéfice de stratégie en terme de réduction des contaminations. Mais il va avoir dans ce projet un grand nombre d’étude des comportements, d’étude en sciences sociales, et en sciences humaines qui devraient justement nous apporter beaucoup d’information sur les raisons pour lesquelles des personnes aujourd’hui en France continuent de se contaminer par le virus du sida. Et comment, on peut essayer de prendre en compte ces données, essayer de faire en sorte, qu’on arrête de voir régulièrement en consultation des jeunes personnes qui viennent se contaminer par le virus du sida, car même si l’infection aujourd’hui, n’est plus aussi grave qu’elle l’était, il y a quelques années, ça reste un handicap majeur pour ces personnes, pour leur vie, pour leur entourage. Je crois qu’il faut tout faire aujourd’hui pour essayer de limiter ces contaminations qui sont beaucoup trop nombreuses en France.
Sandra : Ces nouvelles contaminations elles concernent plus des jeunes personnes ou des personnes plus âgées, plus de 50 ans ?
Jean-Michel Molina : Je crois qu’il est difficile de faire un panorama complet des gens qui se contaminent en France, mais il est clair que, en tout cas la population gay est particulièrement touchée, et c’est pour cette raison que la première étude va s’adresser d’abord à la population gay en France.
Fin du son.
Sandra : Voilà, c’était Jean-Michel Molina, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris qui nous parlait de l’étude Ipergay. Alors, vous n’avez pas entendu, mais hors antenne, ça a suscité beaucoup de réactions de la part de l’équipe radio d’aujourd’hui et de notre invité du jour, Alexandre Bergamini. Alors, qui veut commencer à réagir sur cette étude, qui a pour but d’évaluer une stratégie de prévention de l’infection par le VIH comprenant un traitement antirétroviral pré exposition à la demande pour les homosexuels.
Sofi : Trois choses. La population déjà à laquelle cette étude s’adresse, je ne suis pas sûre que la population gay soit prioritaire par rapport aux autres populations. On informe beaucoup les gays à mon avis contrairement à la population hétérosexuelle qui a peut-être moins d’information, donc du coup ce serait peut-être à elle de s’adresser en premier. La deuxième chose, c’est qu’un traitement pré exposition pour les personnes qui ne sont pas malades, je ne vois pas vraiment l’intérêt. Si on n’est pas malade, pourquoi prendre un traitement antirétroviral qui a des répercussions assez graves ? On ne sait pas vraiment ce que ça fait sur le corps. Donc, à partir du moment où le préservatif est déjà un bon outil de protection, pourquoi encore rajouter par là-dessus, un traitement antirétroviral, qui ne ferait peut-être qu’empirer la situation des personnes à long terme. On ne sait pas les conséquences que ça aura sur l’organisme. Et puis la troisième chose c’est qu’il y a aussi une étude qui a été faite en Suisse, qui montre que le traitement préventif pour les personnes séropositives qui sont bien suivies, qui prennent un traitement pendant plus de 6 mois, qui ont une charge virale indétectable et pas de MST par ailleurs sont déjà non contaminantes. Donc pourquoi rajouter encore par là-dessus une étude qui pour moi est complètement inutile dans le sens où il faudrait d’abord pousser les analyses sur l’étude suisse, voir si vraiment les personnes contaminées qui ont une charge virale indétectable ne sont pas contaminantes, et, à partir de là, elles ne seront plus contaminantes pour leurs partenaires. Ce serait ça l’objectif et pas la peine de passer par une étude complètement aberrante en fait je trouve.
Alexandre Bergamini : Je suis absolument d’accord avec toi, avec tout ce que tu viens de dire là. Ce que je rajoute juste, c’est que je trouve ça absolument affligeant qu’un chef de service puisse proposer une étude comme ça ANRS dont il fait partie. Donc il propose et à la fois il est juge. C’est-à-dire que ce sont des détournements de l’argent public de l’ANRS pour faire des études entre eux, des études où on sait déjà au départ, comme la circoncision, il n’y a pas besoin de faire des études pendant 3 ans pour savoir que la circoncision pour les hommes diminue les facteurs de contaminations. Ca, il suffit de simplement de voir, dans les sociétés comment ça se passe. Donc il y a un budget qui est d’un seul coup spolier par une partie des chercheurs et qui va nourrir pendant 2 ans une étude où on va voir la fin, où on peut dire aujourd’hui quels seront les résultats de cette étude. Ce qui est drôle, c’est qu’ensuite, c’est de choisir les homosexuels alors que, tu as entièrement raison, puisque c’est 50 %, pourquoi on ne fait pas 50 % pour les hétérosexuels. Pourquoi les homosexuels d’un seul coup sont sujets à être des cobayes pour essayer un traitement qui pourrait peut-être fonctionner ou peut-être pas ? On n’en sait pas trop. Il demande 1800 personnes volontaires. Qui va se désigner, qui va essayer de prendre des risques en se disant peut-être que je vais contaminer ? Si je ne suis pas contaminée, j’aurai peut-être des effets secondaires. C’est simplement pour moi, depuis un certain nombre d’années, l’ANRS détourne les budgets publics pour des petits chercheurs. Jean-Michel Molina ferait mieux de s’occuper de ces patients que de vouloir gagner de l’argent et sa réputation plutôt que de proposer des études qui sont absolument caducs dès le début.
Tina : En fait, cette étude, j’imagine que le but c’est de voir si des personnes qui sont séropositives dans la population, puisqu’il y en a un certain nombre sans le savoir, donc non traitées, avec une charge virale peut-être élevée, si dans ces cas-là prendre un traitement pour une personne séronégative peut la protéger. Alors mon avis, c’est que l’argent est mal dépensé. On sait déjà qu’il y a un moyen pour éviter les contaminations, c’est pousser au dépistage toute la population, trouver des moyens pour dépister tout le monde. À ce moment-là, ceux qui sont séropositifs, les traiter et là on est sûr de baisser les contaminations. Alors que dans cette étude, peut-être que ce sera 40 %, peut-être que ce sera 60 %, enfin. En tout cas, on a déjà depuis plusieurs années, depuis 2008, comme disait Sofi, constaté qu’avec une charge virale indétectable, le risque de contamination est quasiment zéro. Donc pourquoi pas, trouver un moyen pour aller dans ce sens-là. C’est-à-dire, encourager la population à se faire dépister. Quel est le moyen ? C’est baisser les stigmatisations parce que les gens ne veulent pas se faire dépister parce qu’ils ont peur après d’être séropositifs et qu’après leur vie est foutue quoi. Ne plus faire l’amour sans être après devant le tribunal et ce genre d’histoire. Je pense que, des personnes qui prennent de toute façon des risques, comme dans la population gay, ils vont se dire chouette, maintenant en plus, on me propose un traitement, c’est donc encourager des mauvais comportements en fait. J’imagine qu’il y a plein de personnes qui de toute façon sont conscientes de prendre des risques qui vont se pointer pour participer à cette étude. Mais on encourage les mauvais comportements. Au lieu de dire, aller vous faire dépister, si vous êtes séropositif, prenez bien votre traitement. Arrêter aussi de mettre un gros stop à cette découverte, comme quoi une personne qui est traitée et qui n’a pas d’autres MST, qu’elle n’est plus contaminante. Être plus courageux dans ce sens-là. Ça va aller beaucoup plus loin dans la baisse des contaminations en France, comme le souhaite le professeur Molina. Moi c’est ce message que j’aimerai lui adresser.
Zina : Je suis d’accord avec tout ce qui a été dit. C’est vrai que, déjà en tant que personne concernée, qui doit prendre un traitement. Ça me dérange quelque part de le prendre. Je le prends parce que je n’ai pas le choix, parce que j’ai le virus. Effectivement, je trouve ça complètement idiot, inutile de donner à des gens qui n’ont rien, de donner des traitements. On ne sait pas du tout, ce n’est pas des traitements de rien, ce n’est pas de l’aspirine. Ce n’est pas rien ce qu’on prend quand même. Donc, faut arrêter un peu. En plus, il dit un peu n’importe quoi je trouve parce que non seulement on fait prendre, comme disait Sofi, un traitement pour des gens qui n’ont rien, on ne sait pas du tout les effets que ça peut avoir par la suite, mais en plus on demande de mettre le préservatif alors... je ne sais pas, que au moins, s’il avait pu dire au moins qu’on pouvait retirer le préservatif. Non, non, faut quand même se taper... effectivement, je ne comprends pas trop là.
Ali : Moi je pense que, tout bonnement c’est encore une histoire de lobby pharmaceutique, parce qu’on a eu énormément de témoignages de professionnels de santé qui disaient justement qu’aux États-Unis, je ne sais si c’est cette même molécule, le truvada, qui faisait que des personnes qui n’étaient pas séropositives, prenaient ce traitement, et ça diminuait la contamination dans les comportements à risque de 85 à 90 %. Donc la personne elle pouvait avoir une dizaine de partenaires, si elle prenait le traitement, elle avait donc 85-90 % de chances de ne pas être contaminée, contrairement à quelqu’un qui ne prendrait pas le truvada. On a eu également des témoignages qui laissent penser qu’on s’oriente vers le tout traitement justement et donc faire prendre un traitement à quelqu’un qui n’est pas séropositif, les molécules, elles remplacent quelque part le métabolisme de la personne, est-ce que ce n’est pas fragiliser la personne et l’inciter justement à avoir des comportements à risque. Ensuite d’avoir des effets secondaires liés à cette prise de traitement alors que la personne n’est pas contaminée.
Alexandra Bergamini : Juste deux petites choses. Oui effectivement, c’est une manne pour les laboratoires. Les laboratoires ne sont pas un service public. C’est un service privé qui s’enrichit sur le dos des malades. Et puis l’autre chose c’est que le rapport Hirschel, qui dit la non-contamination des séropositifs suivis sous traitement sans MST depuis 6 mois avec une charge virale indétectable, ne sont pas contaminant. Cette étude qui a été faite par le professeur Hirschel, qui est sorti en 2007 à Atlanta, en fait existait déjà depuis 10 ans, depuis 1998. Sauf qu’il a eu des pressions internationales des médecins pour qu’ils ne sortent pas l’étude. Et quand il a sorti l’étude, mon médecin en France me disait, mais non, c’est des suisses quoi. Donc depuis 3 ans, le rapport Yéni vient de le notifier. Effectivement, en France, on admet enfin qu’un séropositif qui est sous traitement n’est pas contaminant. Mais c’est difficile à dire, ça leur ait encore difficile à dire, ça leur arrache la bouche de le dire clairement, calmement. Ça devrait faire la une des journaux. Ça devrait faire la une des télévisions. Ça ne fait rien. C’est un processus de stigmatisation. Pourquoi les homosexuels deviendraient des cobayes plus que d’autres ? Pourquoi ce n’est pas ouvert à la population en général ? Ça devrait être plus sain que ce soit comme ça. Et pourquoi l’argent public est détourné par des gens qui veulent faire de l’argent, qui retournent l’argent à des laboratoires privés ?
Tina : Juste pour revenir sur cette prise de traitement. Moi je suis plus d’avis qu’il faut montrer la vraie vie des séropositifs à la population générale pour aussi encourager le dépistage. Je pense qu’aujourd’hui le traitement n’est vraiment plus ce qui était avant, c’est-à-dire, on peut prendre un traitement et n’avoir aucun effet secondaire. Moi je pense qu’il ne faut pas non plus avoir peur de le dire. Bien sûr après, il y a des médecins ou autre, qui vont dire, il ne faut pas trop dire que le VIH/Sida ce n’est plus rien aujourd’hui. Moi je pense qu’il faut le dire pour encourager au dépistage et je ne vois pas donc le problème énorme pour une personne séronégative de prendre deux trois jours de traitement. C’est-à-dire un jour avant, un jour après. Bon, je pense que l’effet sur la santé n’est pas énorme par rapport au fait qu’il peut éviter une contamination. Mais je trouve qu’il vaudrait plus miser pour les personnes qui en ont vraiment besoin. C’est-à-dire, tous ces séropositifs en France. On dit qu’il y en a 50 000. Mais qui ne le savent pas et qui auraient, s’ils savaient qu’ils étaient séropositifs, besoin du traitement. Pour moi simplement, mettre l’argent au mauvais endroit, gaspiller de l’argent parce qu’on n’ose pas dire des choses, on préfère les faire de façon un peu contournée, comme ça on n’aura pas parlé de l’effet préventif du traitement. C’est un petit peu faire les choses à l’envers et au lieu, comme disait Alexandre, faire la une des journaux et ça franchement, j’imagine que le lendemain les CDAG, les centres de dépistages anonymes et gratuits ils seraient blindés de monde parce que tout le monde se dirait voilà, génial, maintenant même si je suis séropositif, je ne veux pas faire la maison dans la prairie, mais quand même, je pense que ça irait dans ce sens-là.
Transcription : Sandra Jean-Pierre