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Emission du 21 septembre 2010 (n° 472) | Burkina Faso | Ousmane Zaré | Rap et hip-hop | Thomas Sankara
Ousmane, ancien des jeunesses Sankara : « la vie de bourgeois n’est pas faite pour moi ! »
26 septembre 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Ousmane, ancien des jeunesses Sankara : « la vie de bourgeois n’est pas faite pour moi ! » (MP3, 3.8 Mo)
Sandra : A l’occasion des 15 ans de l’émission Survivre au sida, nous rencontrons quelques-uns des personnages atypiques et attachants qui font l’émission. Après avoir discuté avec Reda et Tina, aujourd’hui vous allez découvrir Ousmane. Il a un parcours de vie extraordinaire. C’est un enfant des quartiers populaires de Ouagadougou qui est devenu un militant dans diverses causes, notamment dans le VIH et c’est aussi un artiste engagé. Ceux qui connaissent le Comité des familles, première association créée et gérée par des familles vivant avec le VIH, connaissent Ousmane, militant omniprésent à la Maison des familles à Paris. Il incarne le nouveau militantisme sida tout comme Tina que nous avons rencontré la semaine dernière. Ousmane, es-tu prêt à te mettre à nu pour nos auditeurs et auditrices surtout peut-être ?
Ousmane : Bah écoute en tout cas, si c’est justement pour le plaisir de tous ceux qui nous écoutent, pourquoi pas. Je suis prêt.
Sandra : Où est-ce que tu étais quand Sankara a été assassiné ?
Ousmane : Moi j’étais au Burkina. En Afrique. J’étais chez un voisin en train de suivre un film. Donc voilà, tout subitement on a entendu des coups de feu un peu partout et sans te mentir c’était vraiment le cafouillage total, puisque bon, toutes les mères étaient sorties chercher leurs enfants qui n’étaient pas à la maison. Et moi je n’étais justement pas à la maison et voilà, donc ma mère est venue me chercher. Et je suis rentré tout de suite sauf que bon, en voulant savoir ce qui s’est passé en fait, on s’est tous retrouvés devant les portes comme tous les autres, pour voir un peu ce qu’il se passait et on voyait les militaires qui couraient partout, les balles qui fusaient de partout. Et après, on a entendu l’hymne nationale du pays à la télé et à la radio, disant comme quoi c’était un putsch, un coup d’état, pour descendre le président Thomas Sankara.
Sandra : Calis est-ce que tu connais Thomas Sankara ?
Calis : Oui, bien sûr, j’ai souvent entendu parler de lui étant donné que je suis originaire d’un pays qui est voisin au Burkina. Je suis togolais et à l’époque où ça s’est produit, je vivais effectivement au Togo oui.
Sandra : Et Ali ?
Ali : Moi je n’ai pas eu la chance de le connaître. En revanche j’ai connu son homonyme à savoir un artiste issu de sa famille, ami d’Ousmane, et qu’on a eu l’occasion de recevoir dans les locaux du Comité lors justement d’une émission de radio. De là j’ai découvert un petit peu, j’ai vu également un reportage sur la vie de Thomas Sankara.
Sandra : Alors pour ceux qui ne connaissent pas Thomas Sankara, c’était un homme politique nationaliste, c’est-à-dire attaché à sa nation, à son pays donc, au Burkina. C’était aussi un panafricaniste donc il voulait unir les africains, et les descendants d’africains hors d’Afrique. Il était également tiers-mondiste, donc il voulait que l’Afrique se développe économiquement et politiquement. Il est né le 21 décembre 1949, à Yako, en Haute Volta. Haute Volta c’est l’ancien nom du Burkina. Et il est mort assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou au Burkina Faso. Et donc c’est lui qui a incarné et dirigé la révolution burkinabé du 4 août 1983. Ousmane, tu as fait parti des jeunesses de Sankara ?
Ousmane : Oui. J’ai fait parti puisqu’à l’époque, je crois que j’avais 9/10 ans si je ne me trompe pas. Donc je l’ai un peu connu. Et je faisais aussi mes premiers pas à l’école, tout ça. Je me rappelle à cette époque-là, on portait des tenues. Donc scolaires pour aller à l’école. Et c’était un moment que tout le monde a gardé en souvenir justement pour ceux qui sont de cette génération-là. Je parle bien sûr de la génération 80. Donc la génération Sankara. Donc je l’ai connue comme ça, on avait un peu ses idées, sa façon de diriger le pays, et comment il voulait que le peuple vive. Donc c’est-à-dire que tout le monde puisse vivre dans l’égalité et que l’école soit gratuite pour tous. Donc nos tenues on les avait gratuitement, il suffisait juste de t’inscrire à l’école et puis voilà, tu avais ta tenue scolaire.
Sandra : Quand il y a les émeutes de la faim au Burkina en 2008, où est-ce que tu étais ?
Ousmane : J’étais aussi au Burkina. J’étais dans mon quartier.
Sandra : Qu’est-ce qui s’est passé ?
Ousmane : Ce qui s’est passé c’est que ce jour-là, la veille justement, il y avait eu un appel demandant à toute la population de sortir dans la rue, et manifester leur mécontentement vis-à-vis de la vie chère. Donc chez nous on disait la vie chère. Et donc c’est comme ça en fait, seulement l’appel a été lancé pour que ce soit une marche pacifique. Mais pas une marche à la casse. Sauf que ça ne s’est passé comme on l’attendait. Il y a eu beaucoup de casse. Et il y a eu pas mal aussi de fauteurs de troubles donc c’est-à-dire des gens qui braquaient d’autres personnes, des passants, en disant comme quoi, qu’ils avaient soif ou qu’ils avaient besoin d’argent parce que la vie était devenue chère. Et si tu refusais de laisser des pièces de monnaies ou quoique ce soit, on t’arrachait ton sac à main ou on t’arrachait ton téléphone portable. Donc en gros, c’est ce qui s’est passé et moi je me suis retrouvé à défendre un adolescent, qui avait pu récupérer le téléphone portable d’une dame et qui s’était fait poursuivre par un groupe de jeunes qui avaient des machettes et des gourdins. Et bon, j’ai pu m’interposer en tout cas grâce aussi à mes amis qui étaient au quartier. Il faut dire que je suis aussi, je suis considéré dans mon quartier comme étant une personne qui a toujours été là pour les autres donc cela m’a permis de m’interposer et de récupérer le téléphone et ensuite faire appel aux propriétaires du téléphone puisqu’on a retrouvé un numéro de téléphone dans le répertoire, on a appelé la personne. Et la personne est venue avec la dame en question, récupérer le téléphone en nous disant merci tout simplement et puis voilà, tout le monde a été content.
Sandra : Si tu devais choisir un endroit où vivre. Paris ou Ouagadougou ?
Ousmane : Je dirais Ouagadougou, l’Afrique en général. Parce que je pense quand même que l’Afrique a besoin des gens qui militent en tout cas pour son développement donc je me dis que je suis bien placé en tout cas pour faire partie de ces gens-là donc je dirais l’Afrique.
Sandra : Et c’est quoi Ouaga 2000 ?
Ousmane : Ouaga 2000 c’est… on va dire une cité, mais pas vraiment dans le sens des cités d’ici. Ouaga 2000 c’est un quartier bourgeois on va dire et qui abrite que des bourgeois, des milliardaires et des millionnaires du Burkina. Et c’est un quartier en fait où les gens ont l’esprit, je dirai l’esprit européen, c’est-à-dire chacun pour soit et Dieu pour tous. Et voilà, donc Ouaga 2000 c’est un peu… je dirai c’est un peu les quartiers comme je ne sais pas, qui me dire un quartier d’ici ?
Ali : Oh les ghettos de riche comme dans le 16e, 17e arrondissement.
Ousmane : Voilà.
Sandra : Et tu aimes bien ou pas ?
Ousmane : Pas du tout.
Sandra : Pourquoi ?
Ousmane : Je pense que ce n’est pas une vie faite pour moi, la vie de bourgeois. Même si un jour j’en suis un je préfère rester parmi ceux qui ont besoin. Parmi ceux en tout cas qui sont les élites, donc moi je parle des élites, je parle de la majorité, je préfère rester en tout cas au milieu de la majorité et faire du mieux que je peux pour faire avancer les choses. Pour moi Ouaga 2000 ce n’est pas… je ne suis pas fait pour cette vie-là et je dirais en fait pour moi un jour, j’ai parlé comme ça avec mes potes, j’ai dit un jour si j’ai de l’argent, je construirai une ferme, en plein Ouaga 2000 où j’élèverai que des moutons. Donc pour moi les gens qui vivent dans cet esprit, de la vie, je pense qu’ils ne sont pas mieux que les animaux en fait.
Transcription : Sandra Jean-Pierre