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Emission du 7 septembre 2010 (n°470) | À propos de l’émission de radio | À propos de survivreausida.net | Reda Sadki
« Le micro il est là d’abord pour les concernés », explique Reda, animateur de l’émission Survivre au sida
20 septembre 2010 (survivreausida.net)
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Sandra : La première fois que tu t’es fait dépister, c’était quand ?
Reda : C’est une bonne question. Je me souviens, je crois 1991, j’avais eu quelques relations sexuelles depuis ma première, à l’âge de 14 ans. Et j’avais trop peur en fait. Je suis allé donner du sang, en me disant bah comme ça, je vais savoir. Et je ne sais même pas si réellement c’était… en tout cas ce n’était pas la bonne façon de faire quoi. Mais je manquais le courage alors que franchement…
Sandra : Aujourd’hui…
Reda : Bah oui ! Mais voilà ! Il n’y a pas de… et puis après, c’est quand j’ai vécu en couple sérodifférent, en fait j’ai fait un dépistage, je crois au tout début de la relation, et puis après quand on a rompu, plus ou moins définitivement, j’ai voulu savoir quoi. Quand bien même on avait… moi j’avais toujours fait attention, comme on dit. Il y a une connotation morale qui ne me plaît pas par ailleurs mais, à ce moment-là, j’en sais suffisamment sur ce que c’est de vivre avec cette maladie, je l’ai vu suffisamment de près, pour ne pas avoir envie de m’y retrouver. Et puis en même temps, je n’ai jamais, à la limite je me suis dit ça, c’est mon problème. Et je crois que toute personne qui s’engage dans une relation avec une personne séropositive, si ce n’est pas de l’inconscience, il y a ce fait, voilà je peux me retrouver séropositif. Mais comme le peut toute personne, sauf que c’est un peu plus probable.
Sandra : Ça fait 15 ans que tu présentes cette émission, 15 ans que tu parles du même sujet, est-ce que tu ne penses pas que tu as fait le tour de la question VIH/sida ? Pourquoi continuer encore ? Est-ce qu’il n’y a pas les mêmes sujets qui reviennent ?
Reda : Il y a des sujets qui reviennent mais la façon dont on les traite, a été transformée par le dynamisme autour du Comité des familles. Donc cette association qu’on a créée en 2003, tu prends, je ne sais pas, 1995, quand on parlait de l’allocation aux adultes handicapés, c’était un juriste qui venait et puis quelqu’un d’une association qui venait donner son point de vue. Aujourd’hui on va parler de l’allocation aux adultes handicapés parce que des personnes du Comité ont ramené cette question à l’émission, parce que des personnes qui participent à l’émission vont faire état de tels ou tels problèmes et parce que le Comité des familles aura mené telles ou telles actions par rapport aux problèmes soulevés. Donc on est passé d’un truc qui était un peu contemplatif, on va essayer d’apporter des éléments concrets pour que les personnes séropositives si elles écoutent, puissent avoir des avis juridiques, puissent poser des questions comme ça. On est passé de quelque chose qui se voulait concret à quelque chose qui l’est réellement et qui est dans l’action. Après sur le renouvellement, moi j’ai toujours dit que ce n’est pas une émission sur le sida, ce n’est pas ça le thème de l’émission, le thème de l’émission c’est la vie et que, l’objet de l’émission c’est de proposer des choses suffisamment intéressantes pour justifier de prendre 60 minutes dans sa journée, surtout dans la journée de quelqu’un qui est séropositif, malade, pleins de problèmes à gérer, pour que ça vaille la peine d’écouter. Et je ne prétends pas qu’on a toujours atteint cet objectif, mais en tout cas, c’est ça la volonté de départ. De proposer quelque chose qui tient la route et je regarde sur 15 ans, je n’ai pas l’impression que ça se répète. On ne bégaie pas. À chaque fois, ça change. C’est aussi que le champ du VIH a été transformé par… 1995, quand je commence l’émission, c’est vraiment une charnière, les preuves de la réduction des risques, avant 80 % des personnes qui partageaient des seringues étaient contaminées par le VIH, avec la réduction des risques, ça va passer à 30 %. Ces grandes victoires, la première, grâce aux médicaments, les mamans qui apportent la preuve que l’AZT permet de réduire les risques de transmission. Et puis c’est aussi les premières antiprotéases, les premières qui vont permettre de faire des trithérapies et changer la donne.
Sandra : Donc cette émission tu l’as présenté seul, mais tu as quand même une équipe qui t’entoure. Est-ce que cette équipe a été fidèle comme toi ?
Reda : Il y a eu plusieurs périodes. Moi ce que je retiens, c’est que l’émission a permis à des dizaines de personnes de faire de la radio. Des personnes qui n’étaient pas des professionnelles, ça fait juste un peu plus d’un an que j’ai commencé à prendre des jeunes journalistes stagiaires mais à l’époque c’était vraiment cette volonté, tout le monde peut faire de la radio, tout le monde a des choses à dire, et plutôt que d’avoir des médecins ou des juristes, parler à la place des premiers concernés, bah le micro il est là d’abord pour les concernés. Ce qui n’empêche pas d’autres personnes de prendre la parole et ainsi de suite. Ce n’était pas du tout une démarche sectaire.
Sandra : Quelles sont les pires catastrophes qui se sont produites en 15 ans d’émission ?
Reda : Il n’y en a pas eu tant que ça en fait. J’ai une espèce d’acharnement qui fait que, pour prévoir un peu toutes les contingences, tout ce qui peut arriver pour que quoiqu’il arrive… je crois que la seule fois, les seules fois où il n’y a pas eu d’émission, c’est rare. C’est-à-dire où ce n’était pas prévu et programmé avec une rediffusion à la place et tout ça, c’était une période un peu difficile où il y avait quelqu’un de très proche, que je considère comme un frère et un camarade qui était en prison avec des juges et des policiers qui s’acharnaient sur lui quoi, alors qu’il était en train de mourir. Donc là oui je crois… il y a deux émissions qui ne se sont pas faites à ce moment-là. Mais il y a eu quelques coupures, il y a une fois où j’ai perdu ma voix, mais bon (rires). Les drames ils sont… enfin il faut resituer les choses à leur place. Non il n’y a pas de…
Sandra : De grosses catastrophes.
Reda : Non.
Sandra : Et des meilleurs souvenirs alors ? Je suppose qu’il y en a pleins. Est-ce que tu en as un qui te revient tout de suite ?
Reda : Je n’ai jamais eu le temps de prendre du recul sur ce qui a été fait avec cette émission. Oui il y a eu des moments merveilleux, surtout grâce au volet culturel musical. C’est-à-dire des chanteurs, des artistes, qui sont venus, qui ont partagé leur art. Je me souviens pour la 300e émission, il y avait Houria Aïchi qui est une chanteuse qui chante un peu des chants des Aurès algériens, qui a une voix… c’est du cristal quoi. Et elle est venue, elle a chanté une berceuse en direct à l’émission pour le 300e numéro. Et il y avait Madeleine qui était là, qui a pleuré parce qu’elle venait d’avoir la nouvelle du décès de sa grand-mère, et sa grand-mère lui chantait des berceuses comme celle que venait d’entonner Houria Aïchi.
Transcription : Sandra Jean-Pierre