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Reda au micro pour Survivre au sida : « les premiers contacts avec la réalité de la maladie, c’est les écorchés vifs, la génération sacrifiée des cités »
14 septembre 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Reda au micro pour Survivre au sida : « les premiers contacts avec la réalité de la maladie, c’est les écorchés vifs, la génération sacrifiée des cités » (MP3, 3.9 Mo)
Sandra : Eh non, on n’est pas fatigué à l’émission Survivre au sida. On démarre la rentrée en pleine forme. Aujourd’hui c’est la 470ème émission. Mais la première émission Reda, c’était quand ?
Reda : C’était le 30 novembre 1995.
Sandra : Waw ! Tu t’en rappelles comme ça, sans avoir de notes à côté de toi. Tu en gardes un bon souvenir ?
Reda : Non, parce que en fait je ne mesurais pas absolument pas dans quoi j’allais me retrouver. C’est à dire que je ne mesurais pas cette violence structurelle qui fonde en fait les rapports sociaux qu’il y a dans l’épidémie. Et je participais à une émission de radio, un copain que je salue, qui s’appelle Abib Ouarda, un tunisien amateur de cigare. Et le seul journaliste malentendant capable de faire des interviews pendant une heure avec les invités les plus diverses sans, à mon avis sans qu’il ait réellement entendu quoique ce soit de ce qui avait été dit. Alors est-ce que c’est un talent ? Ça c’est une autre discussion. Et donc le 30 novembre 1995, j’organise une émission, au sein de la sienne, un peu implantée comme un virus, les maghrébins de France face au sida. Je me suis rendu compte comme ça que c’est une question... je fais de la radio sur pleins de choses, avec Abib sur tout ce qui bouge au niveau arabe à Paris. Et puis je me dis bah tiens le sida, j’avais déjà été sensible à cette question mais sans y connaître grand chose. Donc j’invite quelques médecins, un médecin Brahimi d’Espoir Goutte d’Or, une dame de médecin du monde qui travaillait à l’époque à la consultation avenue parmentier. A l’époque il y avait, c’était les prémices du mouvement des sans-papiers. De tout ça, on a fait une émission et à partir de là, à la fin de l’émission, je me dis tiens il y a vraiment quelque chose à faire, on va essayer de faire quelque chose de manière régulière, au sein de l’émission Maghreb pluriel. D’abord, uniquement par rapport au public d’origine maghrébine mais rapidement, il n’y a pas de raison quoi, même si évidemment il y a une histoire bien particulière, qui est celle de la génération sacrifiée dans les cités.
Sandra : Et ta première fois, ta première relation sexuelle c’était quand ?
Reda : Je reconnais la question ! (Rires). 14 ans.
Sandra : Avec ou sans préservatif ?
Reda : Sans. Trop flippé pour mettre un préservatif et on est en 1984, je sais que le sida existe, j’ai cette vague idée un peu, une espèce de doute comme ça, après je me demande si j’ai pris un risque, mais je ne calcule rien du tout, je suis surtout tout fier d’avoir pécho à 14 ans. Même si par la suite je devrai attendre jusqu’à mes 17 ans pour ma deuxième fois. (Rires).
Sandra : Ça, je n’avais pas posé comme question tu vois. (Rires).
Reda : Allons-y !
Sandra : Pourquoi est-ce que tu te sens concerné par le VIH ? Parce que tu disais que le sida, ça t’intéressait mais sans plus. Pourquoi avoir créé cette émission ?
Reda : L’émission, je n’ai pas le sentiment d’avoir créé l’émission. Elle s’est un peu imposée parce que je me suis retrouvé rapidement à côtoyer des gens qui étaient issus de cette génération sacrifiée, qui se battaient, à l’époque, c’est toujours, mais à l’époque c’était d’autant plus fulgurant la double peine, la prison, un petit peu tout l’héritage du passage de l’héroïne dans les cités. Je me suis retrouvé à côtoyer des gens issus de cette génération-là. C’est eux, des écorchés vifs, des insoumis, et un en particulier, qui m’a... enfin le peu de choses que je sais, au départ, dans cette période-là, c’est lui qui va m’apprendre ce que ça veut dire cette maladie alors que c’était un gars qui ne savait ni lire, ni écrire. Enfin de compte, en tout cas, sur pleins de sujets, il en savait beaucoup plus que moi. Donc je suis d’abord reconnaissant par rapport à ces personnes que j’ai croisé et puis l’un d’entre eux, je pense le plus important est mort. Voilà, lui rendre hommage aussi. Même si son dernier souhait c’était qu’on ne parle plus de lui. Donc je respecte ça aussi.
Sandra : Aujourd’hui, un de tes buts, c’est de donner la parole aux personnes séropositives, est-ce que lors des premières émissions, ça a toujours été ça ?
Reda : Non. Au départ c’était des médecins, un copain juriste, et puis petit à petit et déjà je disais, si tu veux c’était déjà le discours, on s’adresse aux séropositifs d’origine maghrébine et africaine, ça, ça arrive assez tôt. Et petit à petit, on a fini par se rapprocher, mais ça a mis des années parce qu’on était sur une radio associative, Fréquence Paris Plurielle. J’avais déjà commencé à faire des trucs sur le net simplement parce que je savais comment les faire, mais en me disant, ça de toute façon, les gens concernés, ils ne sont pas sur internet, c’est question de moyens, réservé à une élite. Petit à petit ça s’est démocratisé, et puis en 1999, je me souviens du premier mail, d’une jeune femme, qui était je crois à Nantes. Et qui était, elle séropositive, et puis qui écrit à l’émission en disant :« je vous écoute, j’apprécie ce que vous faites, continuez ». Après je crois j’ai mis trois mois ou six mois après, j’avais réorganisé l’émission pour pouvoir mettre en ligne, l’intégral de chaque émission, sur le site, enfin ce qui est devenu survivreausida.net. Et là il y a eu un espèce de flot de mail qui arrivait, où j’ai compris que, à force de chercher, à faire quelque chose qui puisse être utile aux gens, peut-être qu’on allait finir par y arriver.
Sandra : Est-ce que tu te souviens de la première personne qui a témoigné à l’émission Survivre au sida ?
Reda : Oui ! Il s’appelait Azzedine. Et c’était un ancien lieutenant de police dans un commissariat de Bab El-Oued et qui lui, avait refusé de tirer sur ses copains de quartier où il avait grandit, au moment des événements d’octobre 1988, où il y a un soulèvement populaire en Algérie contre un petit peu tous les généraux, le pouvoir en place, et ainsi de suite. Et Azdine, il avait tenté sa chance, il a refusé en fait de tuer les autres, ses frères avec qui il avait grandit et du coup il est parti un peu en fuite, en Angleterre. Il s’est fait expulser, et après il est reparti en France et c’est là qu’il a appris, il s’est retrouvé avec le virus du sida donc dès lors, dans cette histoire-là, je me suis dit, il n’y a pas que l’histoire d’un séropositif, son histoire ce n’est pas que, c’est loin d’être le VIH, à la limite, le VIH, c’est moins intéressant que le reste. Il y avait déjà la trithérapie et sa venue à l’émission c’était tout un... quand je pense à ce qu’on fait maintenant, toutes les semaines, il y a des gens qui viennent parler avec une aisance qui n’existait pas à l’époque. Ça été tout un truc qu’il vienne à l’émission. Et lors de cette émission, deuxième partie, j’ai pris connaissance de lui trop tard pour l’inviter à l’émission, il s’appelle Nordine Zaïmi... et c’était un jeune fils de cheminot algérien et d’une institutrice française donc mariée avec son papa, qui s’était installé dans le 91, et lui c’était un gosse de cité, qui avait grandit, qui s’était retrouvé à normal sup, et qui s’était retrouvé avec le VIH et qui est décédé en 1991. Et sa mère et sa soeur sont venues à l’émission et elles s’étaient battues pendant 4 ans pour sortir les deux romans qu’il avait écrit dont le deuxième, c’était sur son lit d’hôpital. Donc les premiers contacts avec la réalité de la maladie voilà, c’est les écorchés vif de la génération de la double peine, la génération sacrifiée, c’est Nordine et puis le premier à venir c’était Azdine.
Transcription : Sandra Jean-Pierre