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Émission du 1er juin 2010 (n° 456) | Hépatite C (VHC)
Traiter les personnes infectées par les hépatites est-ce rentable ? (avec Sylvie Deuffic-Burban)
7 juin 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Traiter les personnes infectées par les hépatites est-ce rentable ? (avec Sylvie Deuffic-Burban) (MP3, 3.7 Mo)
Reda : Alors les hépatites en France, c’est 4 000 décès par an. On va comparer ça au sida. Il y a toujours, malgré les trithérapies, il y a environ 400 personnes qui décèdent chaque année du sida en France. Donc un pays où il y a quand même l’accès universel au traitement. Et sur cette question de la mortalité, alors ça va sembler un peu froid mais quand j’ai vu sur le programme, il y avait une présentation de Sylvie Deuffic-Burban qui est biostatisticienne à l’Inserm, à Lille. Je me suis dit, tient ça peut être intéressant parce que la question que posent les économistes de santé, une question qui est difficile à supporter, qu’on soit atteint ou non, c’est finalement est-ce que c’est rentable de soigner tous ces malades ? Est-ce que ce ne serait pas finalement plus économique de laisser les gens retomber malades et mourir plutôt que de dépenser tout cet argent pour ces médicaments, pour la prise en charge et tout ça...
Nabila : Je n’irai pas jusqu’à ce pessimisme Reda. En revanche j’ai eu une information d’un médecin récemment que 700 000 personnes seraient porteuses du virus de l’hépatite C sans connaître leur statut sérologique, par faute de dépistage. C’est encore une donnée...
Reda : Oui justement, mais la question qui est posée c’est : est-ce que ça vaut la peine de dépenser de l’argent pour inciter les gens à aller se dépister ou est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux laisser les gens mourir et éventuellement tomber malade, attendre qu’ils aient des cirrhoses, etc, dans 20 ou 30 ans. Donc Alexandra tu peux nous résumer ce qu’on va entendre avec Sylvie Deuffic-Burban ?
Alexandra : Oui, alors je lui ai posée la question des causes de mortalité en France liées aux hépatites. Donc de l’impact des traitements sur la mortalité, du pourcentage de réussite du traitement. Et donc au final pour arriver à la question : est-ce que traiter ces patients est rentable ?
Reda : La question qui tue.
Début du son
Sylvie Deuffic-Burban : La cause principale de mortalité concerne essentiellement la cirrhose décompensée et le cancer du foie.
Fin du son
Reda : Donc là, pourquoi, enfin les gens qui ont une hépatite, pourquoi ils vont mourir ? Cirrhose décompensée, enfin cirrhose du foie ?
Alexandra : Cirrhose décompensée c’est une aggravation de la cirrhose ou cancer du foie.
Reda : Il y a des gens proches dans le Comité qui ont, je pense à un en particulier qui a découvert des nodules sur son foie, qui est en plein dedans. Ce ne sont pas des choses qu’on évoque à la légère, mais il ne faut pas non plus les passer sous silence. Ensuite il s’agit de parler de l’impact des traitements. Justement, ce que disait Ali, c’est super compliqué, mais on va entendre ce que dit Sylvie Deuffic-Burban sur l’intérêt du traitement.
Début du son
Sylvie Deuffic-Burban : L’impact des traitements comme je l’ai présenté aujourd’hui permet donc d’éradiquer le virus chez les patients qui sont répondeurs au traitement. Donc pour ces patients qui ont été traité avant le stade de fibrose, la maladie ne progresse plus. Il y a un petit bémol pour les patients qui sont traités au stade de cirrhose où le virus est éradiqué mais la cirrhose va quand même évoluer chez ces patients. Moins grave on va dire, et moins vite.
Fin du son
Reda : Tout dépend à quel moment...
Nabila : Le traitement a commencé.
Ali : Moi on m’a dit que ce serait réglé en quelques mois la première fois. Le premier protocole on m’a dit qu’en 6 mois ce serait réglé, qui aurait rémission à la fin du traitement de 6 mois. Il n’y a pas eu rémission et j’ai remis le couvert 3 ans après pendant 1 an avec le double de gélule et il n’y a pas eu rémission pour autant non plus.
Reda : Ça c’était déjà la bithérapie ribavirine et interféron ?
Ali : C’était à peu près les mêmes molécules mais c’était une fois en 2002, une fois en 2005. Donc ça avait quand même bien évolué.
Nabila : En ce qui concerne le diagnostic effectivement il y a de fortes chances à ce que le traitement, les personnes infectées ou co-infectées répondent au traitement quand justement la prise en charge se fait tôt, le diagnostic se fait tôt. C’est-à-dire si c’est au stade de cirrhose comme l’a dit, je ne sais plus comment elle s’appelle...
Reda : Sylvie Deuffic-Burban. Elle est biostatisticienne à l’Inserm, à Lille.
Nabila : Donc oui, enfin, moi je voudrai juste relever un point, c’est que la plupart, 80% des personnes co-infectées, sont suivies par les infectiologues et je ne trouve ça pas normal du tout. Parce que le foie, il a un spécialiste, ça s’appelle l’hépatologue, et je ne vois pas pourquoi les infectiologues se mêlent à cette histoire. Est-ce que c’est une histoire, comme tu disais tout à l’heure, d’économie ? Est-ce que c’est un virus ? Moi je trouve ça lamentable et ça été, ça portait préjudice justement sur pas mal de patients parce que certains infectiologues ne sont pas spécialisés sur les hépatites. Et ça peut engendrer justement des séquelles qui pourraient être non négligeables sur le patient.
Reda : Cette question de pourcentage de réussite du traitement. On a l’habitude d’entendre 50%. Ça dépend de pleins de choses, notamment du génotype du virus. La réponse d’une biostatisticienne.
Début du son
Sylvie Deuffic-Burban : Ça va être entre 50 et 80% globalement. Pour les patients qui sont traités au stade de sévérité F3, F4. Ces réponses au traitement sont effectivement fortement réduites, je n’ai pas tous les chiffres en tête.
Fin du son
Reda : 50-80% c’est beaucoup en fait mais de nouveau, ce n’est pas un médecin, ce n’est pas un spécialiste du foie qui parle.
Alexandra : Oui elle le précise d’ailleurs qu’elle n’est pas médecin.
Reda : Spécialiste des chiffres mais qui n’a pas tous les chiffres. Ce n’est pas pour autant qu’elle a tous les chiffres en tête. En fin de compte, moi ce que je voulais, quand j’ai lu le titre de ça, sa présentation, est-ce que tu peux nous le donner ? C’est donc... c’était en décodant le titre de sa présentation que j’ai compris qu’en fait elle posait la question qui tue : avenir de l’hépatite C et impact prévisible de la prise en charge sur la morbi-mortalité, que disent les modèles ? Et ce que ça pose c’est, en gros, si on prend en charge les gens qui ont l’hépatite C, quel impact ça va avoir sur les morts et implicitement, qu’est-ce que tout cela va coûter aux contribuables ? Et c’est là où on voit à quel point aujourd’hui la santé de chacun en fait est traitée aussi par le biais des statistiques, par ces questions comptables. Alors malheureusement la réponse est très courte mais Alexandra va sans doute compléter.
Début du son
Sylvie Deuffic-Burban : On sait que de toute façon le traitement est co-efficace parce que c’est évident, ça été étudié en France et ailleurs dans le monde. Donc on peut dire que c’est rentable.
Fin du son
Reda : Est co-efficace ? C’est une évidence pour cette biostatisticienne.
Alexandra : Oui alors, ce qu’elle m’a dit c’est sur les nouveaux traitements, il n’y a pas encore une donnée. Mais sur les anciens traitements il y a une étude qui a été faite en 2 000 sur l’évaluation médico-économique justement des traitements. Et donc le résultat c’est que traiter une cirrhose, ça permet d’économiser 37 000 euros par exemple. Et traiter toutes les hépatites ça permet d’économiser 74 000 euros. Sachant qu’une cirrhose par an ça coûte entre 3 000 et 8 000 euros.
Reda : C’est-à-dire 74 000 euros par personne ? C’est ça ?
Alexandra : Par cirrhose oui.
Reda : D’accord.
Alexandra : Sur le temps...
Reda : Ça c’est malgré le coût très élevé du traitement.
Alexandra : Oui.
Reda : Et si quelqu’un rate son traitement et doit refaire un traitement ?
Alexandra : Alors, justement, on parlait entre autres de la stratégie de traiter la personne pendant 1 an et d’arrêter si le traitement n’obtient pas de réponse. Ça permet quand même d’économiser 7 000 euros sur toutes les séances qu’on peut éviter. Donc de toute façon le traitement, le rendement du traitement si on peut dire, est toujours supérieur en fait de ne pas traiter du tout.
Reda : D’accord.
Nabila : Donc ça laisse tomber ton argument économique.
Reda : Franchement c’est une garantie qu’à l’avenir le traitement contre l’hépatite C sera toujours remboursé en clair, à partir du moment où ils font le calcul que ça coûte quand même moins cher que d’attendre que les gens soient au stade cirrhose.
Ali : Quand elle parle de F3, F4, je suppose qu’elle parle du génotype ?
Alexandra : Non non pas du tout. En fait...
Nabila : Ce sont des stades ?
Alexandra : Oui c’est ça. A F0 c’est moins grave, il n’y a pas du tout de fibrose du foie. Et en fait quand tu montes jusqu’à F4, la fibrose devient de plus en plus grave, jusqu’à la cirrhose. F4 c’est la cirrhose.
Transcription : Sandra Jean-Pierre