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Émission du 25 mai 2010 (n° 455) | Accès aux médicaments | Dépistage du VIH | Issoufou Tiendrebeogo | Traitement d’urgence
Entretien avec Issoufou Tiendrebeogo, président de l’Association Africaine Solidarité : la réalité des associations et de la vie des séropositifs au Burkina Faso
1er juin 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Entretien avec Issoufou Tiendrebeogo, président de l’Association Africaine Solidarité : la réalité des associations et de la vie des séropositifs au Burkina Faso (MP3, 7.8 Mo)
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Issoufou Tiendrebeogo : Je m’appelle Issoufou Tiendrebeogo, je suis le président de AAS au Burkina Faso.
Fin du son
Reda : Sylvie Ouedraogo, est-ce que vous connaissez Issoufou Tiendrebeogo, je crois un incontournable du pilier associatif de la lutte contre le VIH à Ouagadougou.
Sylvie Ouedraogo : Bon je connais monsieur Tiendrebeogo en tant que acteur dans le domaine associatif qui lutte effectivement contre le VIH.
Reda : Et Ousmane donc, tu es parti le rencontrer à Ouagadougou. Quelle impression est-ce qu’il t’a donné ce bonhomme ?
Ousmane : Moi je le connaissais parce que l’association se trouve juste à côté de chez moi, donc en face de chez moi. Donc je le voyais passer tout le temps, on se disait juste bonjour. Mais je ne le connaissais vraiment pas comme ça.
Reda : L’association s’appelle comment ?
Ousmane : AAS. Association Africaine Solidarité. Donc quand je lui ai demandé de le rencontrer il m’a tout de suite dit : « Il n’y a pas de soucis, tu passes quand tu veux ». J’ai été et on a beaucoup discuté avant d’aller pour l’interview. Et donc...
Reda : Et il connaissait le Comité des Familles ?
Ousmane : Il connaissait bien le Comité des Familles parce que quand je lui ai dit que je venais justement au nom du Comité pour l’interviewer, il m’a dit : « C’est bien, déjà je connais Reda, qui nous a beaucoup aidé en tant que Comité des Familles... »
Reda : A l’époque c’était un cadre de l’industrie pétrolière qui avait été viré sans ménagement parce que son employeur, mobil oil, avait appris qu’il était séropositif et à l’époque il n’y avait personne d’autre en France que l’émission « survivre au sida » pour relayer la campagne menée par Issoufou Tiendrebeogo à l’époque. Cette question des discriminations, elle fait partie de celles que tu lui as posées. On va donc écouter Issoufou sur ce sujet.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : La discrimination elle prend d’autres formes. Au niveau familial de plus en plus de gens ont compris. La discrimination envers les employés, on dit : « Oui, tu es dans telle association, pourquoi tu es là-bas ». On dit : « Oui, tu es malade ». C’est comme si c’est devenu une obligation pour certains employeurs... que tu dois dire ta séropositivité. On voit dans le service des restaurations que, les gens disent que tu es séropositif, tu ne dois pas pouvoir servir. Non ! Ou j’ai rencontré le chef du restaurant, le patron du restaurant qui m’a dit que lui, il n’a pas chassé mais il l’a mis dans un poste qui le démoralise.
Fin du son
Reda : Ousmane a interrogé Issoufou sur cette question des couples sur la discrimination. Moi quand même, ce que j’entends, c’est la discrimination dans la famille a diminué. Est-ce que ça c’est vrai Sylvie Ouedraogo ? Sur les 10 ans écoulés est-ce qu’on peut dire, est-ce que vous voyez au niveau des familles touchées, qu’elles sont moins rejetées, qu’il y a une meilleure information, une meilleure connaissance, compréhension de la maladie. Même si le changement est peut-être proche d’être indicible quoi. On ne dit pas qu’on a vaincu la discrimination. Mais est-ce c’est quand même le cas ?
Sylvie Ouedraogo : Bon, c’est le cas parce qu’il y a beaucoup de campagnes de sensibilisation qui sont menées. De plus en plus les gens savent ce qu’est le VIH et comme ils voient des gens infectés qui sont en bonne santé, ils se disent : « Tiens, on ne meurt pas tout de suite ». Donc ils sont curieux... donc ça a un peu duré, ça persiste mais on voit que ça a un peu diminué.
Reda : Trouver l’âme soeur.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : Dans nos centres, il y a presque 70% de fréquentation de femmes et 40% d’hommes. Ce qui fait que, il y a beaucoup plus de problèmes au niveau des femmes de rencontrer l’âme soeur. Ce qui veut dire qu’il y a des initiatives qui doivent être développées. Par exemple, j’ai aimé les annonces, j’ai aimé aussi le tchatche que vous avez sur votre site tout ça. Ce sont des initiatives qui sont assez intéressantes à faire. Il y a très peu d’initiative en Afrique de ce genre. Les gens sont laissés à eux-même. Donc souvent les gens sont obligés d’avoir des compagnons où on garde... on ne peut pas dire un mot sur le VIH. Et le défi actuellement des associations de lutte contre le sida, ça doit être dans ce cadre, de pouvoir développer ces initiatives pour permettre à des couples de se rencontrer, de se constituer. Autre chose aussi, c’est dans le couple souvent des deux personnes qui sont infectées. Le désir d’enfant. Il y a très peu de professionnels ici, très peu de disposition pour accompagner ces gens.
Fin du son
Reda : Ousmane a abordé la question du dépistage et en particulier de la peur.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : Une personne quand même, c’est de savoir et de prévenir pour rester longtemps en vie. Donc je me dis que pour cette population burkinabée cette peur... tu as peur de quoi ? Si tu es négatif, tu es négatif, si tu es positif tu peux vivre avec le VIH de façon positive. On offre une opportunité à chacun de savoir. Ce n’est même pas un test public, c’est un test anonyme et volontaire. Ce n’est pas parce que tu n’as pas fait le test que tu n’es pas positif. Si tu es déjà infecté, tu es infecté avant que tu décides. Maintenant on te dit voilà une possibilité.
Fin du son
Reda : Alors le progrès a été énorme dans l’accès au traitement. Issoufou Tiendrebeogo a fait un point qui en fait assez compliqué qui explique que le rapport entre le fait que relativement peu de gens accèdent au dépistage vont se faire dépister et la disponibilité des antirétroviraux. On va écouter ça. C’est 2’25. Peut-être que ça nous aidera à comprendre la réalité des difficultés.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : Il n’y a pas assez de traitement parce que les gens ne se dépistent pas assez. Plus on va dépister, plus la visibilité de la maladie sera là, plus les gens seront traités. Parce que le traitement des gens dépend de la pression qu’on fait. Par exemple, si on a des traitements et il y a 100 personnes qui se dépistent, ces 100 personnes on les met sous traitement pendant une semaine, c’est différent que s’il y a 500 traitements, il y a 500 personnes qui se dépistent et puis en une journée on met les 500 personnes sous traitement. Il faut offrir le test de dépistage puisque les gens disent : « Bon, on est au bout de nos médicaments, on ne va pas offrir tout ». Non ! Il faut dépister les gens. Là au moins on a des éléments capitaux. Si on dépistait les gens, on dirait au Burkina : « Voilà, actuellement on a 500 000 personnes qui vivent avec le VIH ». Il y a 25 000 personnes qui vivent avec le traitement. Les gens sont en train de freiner par exemple si on prend l’année 2010, je me dis en 2010, ils ont beaucoup freiné parce que le cadre stratégique fini en 2010. On ne sait pas quelles sont les prévisions pour 2011. Donc ils ont peur d’avoir beaucoup de patients sous la main et puis il n’y a pas de traitement. Donc tout le monde freine, les partenaires freinent les financements, l’Etat fait doucement doucement. Il faut aller plus, que les gens communiquent, en tant que personne sous traitement, en tant que personne traitées, en tant que personnes diagnostiquées. Donc ils ont besoin de résultat tout de suite. Donc tu vas venir demander les stratégies pour les demandes de résultats. Donc c’est un peu pour dire que c’est vrai, on n’a pas une clarté sur le traitement, mais on a besoin quand même de dépister. On a des vieilles personnes traitées. Quand je dis « veille », ce n’est pas par l’âge, ce sont les gens qui sont traités depuis 5, 10 ans qui font de la résistance sur les médicaments de première ligne, ils ont besoin de médicament de seconde ligne. Alors à cause des accords de l’OMC ce qui fait qu’ils ne prennent pas le risque de faire, de copier les nouveaux médicaments. Donc il faut se dire pour l’Afrique, c’est quand même sombre. Parce que, ceux qu’on a traité, l’effort qu’on a fait depuis 10 ans pour traiter des gens, ce sont des gens qui seront résistants, qui n’auront pas les nouveaux médicaments. Donc c’est de ne pas baisser les bras. Il y a des gens qui sont malades, il y a des gens qui sont traités, ce n’est pas la fin du VIH mais c’est le début du combat.
Fin du son
Reda : Sylvie Ouedraogo si tous les enfants touchés par le VIH au Burkina Faso étaient dépistés, auriez-vous les moyens pour les prendre en charge ? Qu’est-ce qui se passerait dans une situation comme celle-là ? Si on pouvait savoir du jour au lendemain, identifier tous les enfants et qu’est-ce que vous seriez en mesure de leur proposer ?
Sylvie Ouedraogo : Selon le rapport 2009, on estime que 10 000 enfants en fait sont infectés par le VIH au Burkina Faso. Et je vous disais qu’il y a 1000 et quelques enfants qui sont traités. Donc ça veut dire qu’on doit faire un effort dans le dépistage et les traitements existent pour les enfants. Déjà même pour l’hôpital on nous a alloué 600 traitements et nous on est à 350, ça veut dire qu’on ne couvre pas les besoins qu’on nous offre alors qu’on peut mieux faire que cela. E t on est conscient de ce problème. C’est pour cela dans notre hôpital, on a institué le dépistage systématique. On propose systématiquement le dépistage à tout enfant hospitalisé. Donc on vient de commencer et c’est nous-même qui réalisons le test. Le test rapide. Il y a toute une fiche qu’on doit remplir après pour faire le point, pour voir qu’est-ce que cela a donné. Tout cela pour pouvoir repérer les enfants et les traiter.
Reda : Pour vous il n’y a pas de risque, le risque que Issoufou Tiendrebeogo...
Sylvie Ouedraogo : Non.
Reda : De voir le dépistage dépasser la capacité du système de santé à prendre en charge tous ces gens qui seraient, y compris les enfants, qui seraient dépistés.
Sylvie Ouedraogo : Non au niveau des enfants... puisqu’on ne couvre même pas les besoins. Chez les adultes oui. Mais les enfants on va encore faire des efforts pour parvenir à traiter le maximum.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : Ici les médicaments ne se trouvent pas dans les pharmacies privées. Tu viens à l’hôpital, tu viens dans une association, tu prends les médicaments.
Fin du son
Reda : Au Burkina Faso pour avoir les médicaments, l’association ou l’hôpital.
Sylvie Tiendrebeogo : Oui.
Reda : Ça c’est très différent de la France. Les associations ne dispensent pas des antirétroviraux. Est-ce que la mobilisation associative, est-ce que les gens vont dans les associations, est-ce qu’un des motifs de leur présence, de leur investissement dans l’association c’est pour avoir les traitements ?
Ousmane : Bon, je ne dirais pas tous à 100% mais beaucoup en tout cas y vont, hormis ceux qui travaillent là-bas, qui sont bénévoles.
Reda : Toi Ousmane c’est en France que tu as découvert le traitement d’urgence ?
Ousmane : Oui.
Reda : Donc en principe, une personne qui a pris un risque sexuel, peut se pointer aux urgences d’un hôpital ici et avoir quelques jours voir un mois d’une trithérapie. L’idée étant d’empêcher l’installation du virus si la personne a risqué une contamination. Les traitements d’urgence, tu as posé la question à Michel Kazatchkine, qui t’a répondu, tu avais aussi posé la question à Issoufou Tiendrebeogo.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : Pour nous ce traitement d’urgence ça concerne la personne qui a eu un accident d’exposition au centre. Mais maintenant même pour les gens qui sont révélés séropositifs, il n’y a pas assez de traitement pour eux. Donc si tu viens, tu as pris un risque, tu veux un traitement d’urgence... tu es mal barré parce que un, tu ne peux pas payer parce que ça ne se vend comme ça, et deux, les associations sont servies par une filature bien précise. AAS a 1000 personnes sous traitement, ASS va commander pour 1000 personnes et puis peut-être un stock de sécurité. Si dans les prévisions avec le ministère de la santé, ce n’est pas prévu 5 personnes, on ne peut même pas donner, même 5 personnes. Le ministère de la santé m’a dit que vous passez chez moi de 1000 à 1010, là on recrute 10 nouvelles personnes. Donc dire que tu vas avoir des traitements à courte durée comme ça, ce n’est pas dans notre protocole, ça n’existe pas ici.
Fin du son
Reda : Est-ce que cette réponse, celle de Michel Kazatchkine et celle d’Issoufou Tiendrebeogo te satisfait Ousmane ? C’est-à-dire Michel Kazatchkine il dit : « l’urgence, c’est faire en sorte que les gens qui vont mourir leur donner les antirétroviraux c’est pour eux, pour qu’ils échappent à la mort ». Issoufou Tiendrebeogo répond un peu la même chose. Est-ce que ça tu...
Ousmane : Oui, Issoufou Tiendrebeogo me répond un peu la même chose mais pas vraiment dans le sens de Michel Kazatchkine parce que il dit que eux, leur travail d’aujourd’hui c’est de faire en sorte qu’il existe ces traitements-là. Pourquoi ? Parce que, eux ils préfèrent en tout cas, sa pensée c’était que, ils préfèrent empêcher une personne d’avoir à prendre des traitements à vie mais comme ils n’ont pas assez de force pour pouvoir en tout cas empêcher ça. Pour l’instant ils s’occupent de ceux qui ont déjà... pour qu’ils puissent vivre.
Sylvie Ouedraogo : Je peux dire que en pédiatrie les choses... le pédiatre voit ça d’un autre regard car un personnel qui a fait un accident de travail, la personne est prise en charge immédiatement mais quand un enfant qui est victime de pédophilie ou bien... on retrouve là, le traitement d’urgence mis en route.
Reda : Ah quand même.
Sylvie Ouedraogo : Durant l’année 2009, on a eu à prendre en charge 4 à 5 enfants, mais c’est surtout... ils ont été violé par des adultes quoi.
Reda : Donc on voit bien que là, il s’agit d’une volonté de reconnaissance de cette urgence-là. Les besoins des adultes par rapport à ça, en particulier des partenaires séronégatifs qui vivent en couple sérodifférents sur la prise de risque. Ça et l’intérêt préventif du traitement, c’est là où on voit qu’il y a le plus de débat. On avait pas encore présenté, l’association de d’Issoufou Tiendrebeogo. On va donc rectifier.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : AAS est une association créée en novembre 1991 par des jeunes qui voulaient un peu à l’image de ceux qui se sont engagés... c’est s’engager très tôt dans les questions concernant les jeunes dans un premier temps. Et après on a aboutit à partir de 1996 sur une réponse par rapport au VIH et jusqu’à présent, on apporte une réponse globale, par rapport aux questions du VIH au Burkina Faso.
Fin du son
Reda : Alors la question sur les associations, on a compris qu’elles ont un rôle dans la dispensation des antirétroviraux, chose qui n’existe pas en France ou dans les pays riches de manière générale. A quoi sert l’argent de l’association, ce sera la dernière question sur laquelle on va entendre Issoufou Tiendrebeogo.
Début du son
Issoufou Tiendrebeogo : L’argent est utilisé dans le cadre du paiement des salaires des personnes, assurer les différentes locations... paiement des médicaments, paiement dans tout ce qui rentre dans l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH. Parce qu’on est dans un contexte difficile, tout est payé par le partenaire associatif. Il faut ajouter que AAS fait 8000 tests de dépistage par an. C’est un exemple de budget où l’argent rentre parce que, dépister 8000 personnes, c’est aussi payer le laboratoire, c’est aussi payer le déplacement des unités mobiles qui sillonnent tout le pays. C’est une association avec une filature de 2500 personnes avec presque 1000 personnes sous traitement ARV et qui mobilise des personnes permanentes, 50 personnes salariés et bénévoles y compris. La personne peut bénéficier gratuitement d’un test de dépistage. Ensuite elle peut voir un médecin sans débourser. Elle peut avoir tous les examens. Elle peut avoir les traitements. Les traitements ce n’est pas les traitements ARV. On a une pharmacie pour aussi les traitements de maladies opportunistes. Elle peut avoir un appui pour apporter une réponse à sa famille, un appui alimentaire, et puis aussi avoir l’appui nécessaire pour inscrire ses enfants à l’école, pour envoyer ses enfants en colonie. Elle peut aussi travailler à AAS parce que c’est une des associations qui fait la promotion vraiment d’intégration des personnes vivant avec le VIH. Donc elle peut soit simplement être membre ou simplement bénéficiaire mais il y a toute une opportunité, qui s’annonce, à ce que la personne qui vient avec le VIH soit intégrée à AAS, puisse aussi comprendre qu’elle appartient à une famille, qui peut être là, pour l’aider à défendre ses droits.
Fin du son
Reda : Issoufou Tiendrebeogo de l’Association African Solidarité. Entretien réalisé par Ousmane Zaré
Transcription : Sandra Jean-Pierre