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Émission du 19 janvier 2010 (n° 437) | Cuisine et alimentation | Nathalie Bouchène | Nutrition et diététique | Pôle Qualité de Vie et Éducation Thérapeutique
Pour Natalie Bouchène, diététicienne spécialiste du VIH, nul besoin de se priver de plaisir quand on est séropositif sous traitement !
28 janvier 2010 (survivreausida.net)
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Écouter: Pour Natalie Bouchène, diététicienne spécialiste du VIH, nul besoin de se priver de plaisir quand on est séropositif sous traitement ! (MP3, 5.5 Mo)
Reda : On a parlé d’amour. Et bien-sûr, on va maintenant parlé de manger puisque ça fait partie des bases essentielles de la vie. Nathalie Bouchène était à la Maison des Familles pour un pôle "qualité de vie" consacré à cette question de bien manger. C’est la première forme de thérapie. Et elle est venue dans la cuisine du Comité, la cuisine de Nawel, notre cuisinière en chef. Et elle a fait une petite inspection, un petit tour très amical de la cuisine pour nous donner un petit peu son avis, son regard de diététicienne. Elle a travaillé très longtemps dans le service du Dr Denis Mechali, service de maladie infectieuse de l’hôpital de Saint-Denis. Elle a un petit peu quitté le VIH mais elle est revenue au Comité des Familles pour nous rencontrer. On l’écoute et puis, évidemment, on en parle après.
Début du son
Reda : Attention ! C’est le frigo du Comité des Familles qui s’ouvre. Est-ce qu’en tant que diététicienne, vous pouvez regarder ce qu’il y a dans le frigo ?
Nathalie Bouchène : Oui.
Reda : Venez ! On va vous ouvrir. Donc là, il y a des tomates, des courgettes, du chou, un chou...
Nawel : De la salade.
Reda : Des citrons pour maigrir (rires). Là, il y a quand même un petit peu de...
— chantilly... ça, c’est des extra ça...
Nawel : Ce n’est pas tous les jours !
Reda : De l’emmental français rapé. Ah ! Je n’avais pas vu ça, ça c’est bien ça...(rires)
— Des fraises !
Nathalie bouchène : C’est très très bon ça.
Reda : C’est pour qui ?
Nawel : Bah, Ce n’est pas pour toi. (rires)
Reda : Genre !
Nawel : Eh non !
Reda : Ah quand même, boissons gazeuses...
Nawel : Coca et eau. Il y a... Ce n’est pas du beurre ?
— jus de fruit, sans sucre ajouté.
Nawel : Et de la margarine.
Reda : Est-ce qu’il y a du sucre ajouté. Ouais. Voilà, comme premier coup d’oeil, comme ça, du frigo ?
Nathalie Bouchène : Ecoutez ! Mon coup d’oeil, c’est juste au niveau de la propreté et le rangement des aliments quand on ouvre un frigo. Donc, c’est propre.
Reda : Eh bien, ouais.
Nathalie Bouchène : Et le rangement des aliments. Les aliments souillés sont ici. Ici, il y a les jus. Non, au niveau du rangement, il y a...
— Rien à dire
Nathalie Bouchène : Au niveau de la propreté, rien à dire, non plus.
Reda : Alors le congélateur...
Nathalie Bouchène : Parce qu’après pour définir un équilibre alimentaire sur un frigo, c’est un peu plus difficile, disons.
Reda : Ah ! Il y a des profiterolles et de la mousse au chocolat ! Oh la la !
Nathalie Bouchène : Voilà ! Très bien ! Bah... Faut se faire plaisir. Je vous ai dit l’alimentation plaisir.
— De la glace !
Reda : Vous n’allez pas tout de suite... Sachant que des personnes sous traitement avec du cholestérol, tout ça. Vous ne dites pas tout de suite, il faut virer la mousse au chocolat.
Nathalie Bouchène : Mais attendez ! On ne va pas mettre tout le monde au régime hypocholestérolémiant et hypotriglycéridémiant. Nous, on a hésité à les mettre à ces régimes parce qu’en fait, pour nous. On s’est dit, ils ont déjà une maladie qui n’est pas facile à vivre. Si en plus, on va faire des restrictions alimentaires... Bon ! On a le droit de se faire plaisir. Donc, c’est pour ça que, aussi donner des régimes à tout le monde, à quoi ça sert. Il y a des personnes aussi qui, sous ces traitements, n’ont pas d’hypercholestérol. On ne va pas mettre tous les gens au régime diabétique parce qu’on a des antécédents de diabète.
— Alors ça, parce qu’on en mange souvent en réunion. Les petits gâteaux pour les enfants pour le goûter.
— Ce sont des gâteaux apéritifs, des biscuits, des snacks.
Reda : Des pretzels, des machins comme ça.
— des petits biscuits apéritifs salés
Nathalie Bouchène : Le seul truc que je vous dirais pour ça. Une seule chose, pardon. Il ne faut pas que ça coupe l’appétit pour le repas.
— D’accord.
Nathalie Bouchène : Voilà. Tout simplement.
— Mais on peut y aller.
Nathalie Bouchène : Vous pouvez les manger mais il faut en fait avoir un repas, ensuite, bien suffisant. C’est ça le souci. C’est que ça peut vous coupez l’appétit. C’est ça le problème du grignotage.
Reda : Je vais demander à Nawel si tu peux nous faire un tour de la cuisine et puis du repas que tu prépares et expliquer à Nathalie Bouchène ce que tu prépares aujourd’hui.
Nawel : Je l’ai dit tout à l’heure. Je prépare des tomates farcies avec de la volaille, un peu de riz et un peu de frites.
Reda : Et les ingrédients pour les tomates farcies ?
Nawel : Bah les ingrédients, c’est du blanc de poulet cru, des champignons, de l’échalotte et du persil. C’est tout.
Nathalie Bouchène : D’accord. Et pourquoi des frites avec le riz.
Nawel : Bah c’est en accompagnement
Nathalie Bouchène : S’il y a des personnes qui n’aiment pas le riz.
Nawel : S’il y a quelqu’un qui n’aime pas le riz, il mange des frites. Et il y a de la salade verte aussi.
Nathalie Bouchène : C’est bien équilibré !
Reda : Il faut expliquer aussi que... comme l’association est multicommunautaire. Le riz... Voilà, côté africain noir (rires). C’est...
Nawel : Ca fait longtemps que je n’avais préparé du riz.
Nathalie Bouchène : Ça marche. Et puis avec la tomate farcie, ça se marie bien quand même.
Reda : Nathalie Bouchène. Est-ce qu’il y a des choses dont Nawel pourrait tenir compte pour que sur les trois repas qu’elle prépare dans la semaine pour l’équipe, il y ait un équilibre alimentaire. Est-ce qu’il y a des choses simples pour qu’elle puisse... ?
Nathalie Bouchène : Non, mais en fait, ce que vous faites, c’est très bien. En plus, vous faites bien des féculents, des légumes verts, de la viande. Non, c’est bien équilibré.
Nawel : Est-ce que c’est bien des tomates farcies, du riz aussi et des frites ?
Nathalie Bouchène : ... Parce que vous avez le féculent.
— Et les légumes ?
Nathalie Bouchène : Alors si on mange frites et riz euh...
— C’est trop là ?
Nathalie Bouchène : C’est le même aliment en fait. C’est la même catégorie d’aliment. Mais tomates farcies et riz, on a des féculents, on a de la viande et on a des légumes. Donc c’est un repas bien complet, bien équilibré avec une salade en plus. On va finir peut-être par un produit laitier, des fruits. Parfait !
Nawel : Il y a des fraises.
Nathalie Bouchène : Bah voilà. Il y a des fraises au sucre, donc c’est très bien.
Fin du son
Reda : Pour vous dire, il y a quelques personnes dans le Comité qui surtout ne voulaient pas venir à cet atelier parce qu’ils avaient peur que Nathalie leur dise " Bien, écoutez. Il faut arrêter de manger ceci, il faut arrêter de manger tout ce qui est bon, quoi". En fait, elle n’est pas du tout dans cette optique-là. Pour des personnes qui supportent déjà le VIH, plus les traitements, plus les autres contraintes du suivi médical etc. Si en plus, il n’y avait pas la possibilité de manger des bonnes choses, ce serait encore plus dur. Je me tourne maintenant vers Ali. Si tu veux te rapprocher un petit peu pour qu’on t’entende bien. Sauf si je me trompe, tu es actuellement célibataire.
Ali : Ouais.
Reda : Alors la question douloureuse qui se pose pour un célibataire, c’est quoi manger, est-ce que tu cuisines ? Comment tu t’organises ? Parce que je vais vous faire une confidence. Avec Ali, on s’est retrouvés deux, trois fois à la sortie d’une réunion à passer au McDo pour prendre (rires) chacun son petit truc. Comment tu fais, tu cuisines, tu fais quoi pour manger ?
Ali : En fait, la plupart du temps, je mange très peu la journée, même pas, je grignote. Mais bon, je mange très peu la journée et je compense le soir. Et en ce qui concerne, pour faire court, les périodes printemps et été, je mange des salades, des trucs comme ça. Et en hiver, je prépare des gros plats pour deux trois jours quitte à faire réchauffer.
Reda : Donc tu cuisines ?
Ali : Ouais !
Reda : Et le plat que tu sais faire mieux que quiconque, que tu assures ?
Ali : Je ne sais pas. La Chochouka ou le Maalabalich.
Reda : Donc juste tu cuisines... la cuisine algérienne. Ouais. Bah alors, manger pas cher et le plaisir de manger. On en a parlé aussi avec Nathalie Bouchène. On va l’écouter donc sur ce sujet-là. Elle va nous dire comment manger bien et pas cher.
Début du son
Sofi : Comment faire pour manger bien mais à moindre coût ?
Nathalie Bouchène : Déjà tous les produits discount, il y a aucun souci. Il faut voir que les valeurs nutritionnelles sont les mêmes. Alors les conserves, pourquoi pas. Vous pouvez prendre du thon en conserve par exemple, du surgelé. Si vraiment, vous avez des gros soucis financiers, c’est vrai que les œufs ne sont pas chers. La viande, on peut quand même trouver de la viande. Vous n’êtes pas obligé de manger de la viande rouge. La viande blanche a une qualité nutritionnelle identique à la viande rouge. Donc, il n’y a aucun souci. Vous n’êtes pas obligés non plus d’avoir une variété. C’est-à-dire que, par exemple, si vous avez des problèmes financiers, le lait n’est pas cher par rapport à des yaourts... enfin, ça dépend. Parfois, on a des promotions. Eh bien, vous prenez un grand verre de lait à tous les repas. Les fruits, c’est pareil. Vous n’êtes pas obligés de manger une orange, une pomme et puis un kiwi le matin. Si vous mangez trois oranges dans la journée, c’est très bien.
— Des bananes aussi, c’est bien ?
Nathalie Bouchène : Voilà des bananes aussi. Au contraire, c’est plus énergétique, les bananes, ça contient plus de sucre. Et puis, achetez des légumes et des fruits de saison ! C’est ce qu’on oublie. Et surtout les conserves, aucun souci. Parce que les conserves sont quand même moins chères que des produits frais. Alors les fins de marché, ça permet aussi d’acheter moins cher.
Sofi : Et qu’est-ce qu’il faut vraiment éviter ?
Nathalie Bouchène : Rien. Il faut vous faire plaisir aussi.
Fin du son
Reda : Alors Malika, Ingrid et Betty sont trois jeunes lycéennes du lycée Jean Renoir à Bondy qui sont avec nous aujourd’hui parce qu’elles se sont intéressées avec beaucoup de sincérité à cette question du VIH, et en particulier, aux vies des personnes séropositives. Alors évidemment, bien manger, ça concerne tout le monde, pas que les séropositifs. Donc, question aux trois jeunes filles. Avez-vous déjà fait un régime ? Oui. Donc Ingrid, oui.
Betty : Oui.
Reda : Betty, oui. Malika ?
Malika : Moi, ce n’est pas vraiment un régime. C’est juste manger équilibré. Normal, quoi !... Arrêter les "grecs" et tout.
Reda : Il y a des rires. Tout le monde sait de quoi elle parle. Et est-ce que vous saviez, par exemple, que les traitements que prennent les séropositifs sous traitement contre le virus ont aussi des conséquences sur le cholestérol, peuvent provoquer des troubles de la graisse, peuvent provoquer des troubles de ce type-là ?
Betty : Non, je ne savais pas du tout.
Ingrid : Moi non plus. Je l’ai appris aujourd’hui, tout de suite, à l’instant même, alors qu’on a fait quand même pas mal de conférence.
Reda : Sur les effets indésirabes des traitements.
Ingrid : Même notre professeur ne nous en a pas parlé... notre professeur de biologie.
Reda : En même temps, ce que vous avez entendu de Nathalie Bouchène. Les conseils qu’elles donnent pour les séropositifs sont les mêmes conseils que pour tout le monde.
— Oui.
Ingrid : Pas se priver. Parce que si on se prive, après c’est pire. On va arrêter, reprendre nos habitudes. Et on va reprendre encore pire.
Reda : Alors, historiquement, l’image du séropositif, c’était quelqu’un de très amaigri. Les médecins appellent ça la cachexie. C’était lié à la fois au virus mais surtout à l’avancée de la maladie. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Mais il reste une petite partie des séropositifs, notamment ceux qui ont perdu des graisses à cause des lypodystrophies qui ont cette préoccupation-là. Comment prendre du poids et ne pas en perdre. Donc on va écouter les conseils de Nathalie Bouchène sur ce sujet-là.
Début du son
Nathalie Bouchène : Si vous avez un régime hypercalorique et que vous n’arrivez pas à reprendre du poids, vous pouvez passer aux compléments alimentaires.
— C’est-à-dire ?
Nathalie Bouchène : Vous savez qu’ils sont remboursés par la sécurité sociale. C’est sur prescription médicale. C’est délivré en pharmacie, délivré aussi par certaines sociétés. Il y a des sociétés comme "FM", il y a d’autres sociétés qui peuvent vous livrer à domicile. Il faut les prendre. Alors tous les compléments alimentaires vous sont permis. Vous me demandiez de savoir... Il n’y a aucun complément alimentaire d’interdit. Vous savez qu’il y en a beaucoup maintenant. Il y a des soupes, vous avez des crèmes, des boissons sucrées, des jus de fruits. Et vous avez des poudres de protéine mais ça, c’est autre chose.
Sofi : C’est destiné à compenser ce qu’on n’a pas dans notre alimentation quotidienne ? C’est en plus de ce qu’on mange ?
Nathalie Bouchène : C’est ça. Tout à fait, ça complète les repas, ça ne remplace pas un repas un complément alimentaire. Alors faites bien attention. Et puis, peut-être vous avez un moment une perte d’appétit, une fatigue intense. Et pour ne pas perdre du poids, ça va pallier en fait un peu et ça va vous permettre à la fin de la journée d’avoir un apport alimentaire suffisant.
Fin du son
Transcription de Wilfried Corvo