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Émission du 26 mai 2009 (n° 405) | Dépistage du VIH | Gérard Muller
Centre de dépistage anonyme et gratuit : cocon salvateur ou cruel purgatoire pour connaître son statut sérologique ?
3 juin 2009 (survivreausida.net)
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En France, environ 30 000 personnes sont séropositives mais ne le savent pas car elles n’ont jamais fait un test de dépistage du sida. Se faire dépister est primordial. Même si la peur empêche souvent de franchir la porte des Centres de dépistage anonymes et gratuit, les CDAG, la connaissance de son statut sérologique est un premier pas vers une prise en charge de sa propre santé.
Marjorie : Il est vraiment important de se faire dépister pour connaître son statut sérologique, mais comme on le voit sur les messages du forum de survivreausida.net, beaucoup de personnes ont peur de se faire dépister, ils disent qu’ils manquent de courage pour faire le premier pas, pour se déplacer dans un CDAG (centre de dépistage anonyme et gratuit). Pourtant il faut savoir que 30 000 personnes séropositives en France ne connaissent pas leur statut. Pourtant l’hexagone reste le pays où l’on vend le moins de préservatif et où l’on fait le plus de dépistage. Camille et moi nous sommes rendu dans un CDAG pour rencontrer le docteur Muller, médecin chef au CDAG de Belleville.
survivreausida.net : Comment ça se passe si on veut venir faire un test dans un CDAG ?
Il y a une toute première condition pour faire la démarche de dépistage : on ne vient faire un test de dépistage qu’à partir d’une décision personnelle qui est tout à fait libre, éclairée, consentie. Cette première condition est très importante. Elle a pour but de rendre les personnes responsables de ce qu’elles font. Aucune personne ne peut vous obliger à venir faire un test de dépistage. Quand on a pris la décision de venir faire ce test, il suffit de pousser la porte et de se présenter à l’accueil. En pratique comment ça se passe : ça se passe en deux temps : Tout d’abord l’entretien pré-test. ‘est une véritable consultation avec un médecin qui va vous recevoir, qui va répondre à vos questions, qui va vous informer, qui va évaluer avec vous les arguments pour prescrire un test de dépistage du VIH. Au terme de cet entretien, un prélèvement sanguin est fait par le laboratoire dans notre local, et vous repartez chez vous avec un petit carton qui porte un numéro d’identification – c’est rigoureusement anonyme -. Le deuxième temps démarre environ une semaine plus tard, au cours duquel vous vous représentez au centre muni de votre petit carton, et vous aurez une consultation, généralement avec le même médecin qui a fait l’entretien pré-test. On vous remettra vos résultats, et les informations qui accompagnent ce résultat.
survivreausida.net : Quel est l’accompagnement proposé ?
Nous sommes tenus à une obligation d‘accompagnement en cas de résultats positifs. La remise d’une sérologie positive à une personne est bien souvent dramatique et va casser la vie en deux. Notre rôle de médecin, de CDAG, est à la fois d’atténuer les effets brutaux, traumatisants de ce résultat, et de faire en sorte de rétablir la communication avec la personne pour lui donner des informations déterminantes pour le présent et pour l’avenir. Nous avons une obligation humaine, médicale, scientifique, déontologique, juridique etc.. pour remettre les séropositivités dans les meilleures conditions possible. L’objectif est double : d’abord de ramener la séropositivité au VIH à sa juste proportion médicale et de bien expliquer tous les outils et toutes les armes mis à notre disposition pour contrôler cette infection. Le deuxième but c’est d’obtenir de la personne qu’elle soit prête à faire le pas pour aller dans la structure hospitalière spécialisée qui va faire un bilan médical complet, et qui permettra de répondre à la question : est-ce qu’on fait un suivi simple sans traitement, ou doit-on mettre en route un traitement. Ça c’est dans le cas d’une séropositivité.
Dans le cas d’un résultat négatif, nous avons un devoir d’information et d’explication sur la signification d’un résultat négatif. Et autant que faire ce peut, ce qui n’est pas toujours le cas, bien que nous nous efforçons de faire en sorte que ce soit le cas, nous accompagnons la remise d’un résultat négatif de conseils de base sur la protection.
survivreausida.net : Ce sont plutôt des médecins, des psychologues ou des infirmiers qui donnent les résultats ?
Ce sont des médecins qui ont une solide expérience en matière de dépistage. Ce ne sont pas des psychiatres, ce ne sont pas des psychologues, ce ne sont pas des infirmiers, ni des paramédicaux. Ce sont des médecins qui ont une longue expérience dans le domaine du VIH et de la remise de séropositivité, et qui incontestablement ont des qualités de psychologue, d’écoute, de soutien.
survivreausida.net : Quelle type de population vient dans votre CDAG ?
C’est un mélange de personnes d‘origine sociale, professionnelle, culturelle, linguistique, et c’est ce qui fait ce côté sympathique de notre CDAG, son originalité. Et je note avec beaucoup de satisfaction une augmentation progressive, de la proportion de personnes qui viennent faire un test parmi les jeunes, notamment d’origine nord-africaine.
survivreausida.net : Quelles sont les questions que vous posez aux patients qui viennent vous voir ?
Au moment où ils viennent s’asseoir devant nous, on leur demande pourquoi ils viennent faire un test de dépistage. C’est une façon d’ouvrir le dialogue, et dans le cours de l’entretien nous posons des questions précises sur la nature des risques sexuels, sur les pratiques sexuelles, et sur le délai entre le dernier risque supposé et le test de dépistage. Cette question du délai est une question fondamentale et incontournable. Elle nous permet de savoir si le test pratiqué le jour même aura un résultat fiable ou non.
survivreausida.net : Combien de test positif annoncez-vous en moyenne sur une année ?
En 2008, nous avons remis 55 test VIH positifs. Nous avons 0,71% de remise de résultats positifs. Pour détailler, ce qui est frappant c’est que 65% de ces tests on été remis à des populations originaires d’afrique subsaharienne, avec une prédominance masculine très nette : 37 hommes pour 18 femmes. »
Marjorie : C’était donc l’interview que nous avons réalisée avec Camille au CDAG de Belleville. L’équipe du docteur Gérard Muller est vraiment là pour vous soutenir, quand vous ouvrez la porte, vous êtes dans un cocon. Ils sont là pour vous donner la main, pour tenir par le bras. Sur le site papamamanbebe.net, Camille a réalisé un entretien avec une personne qui s’est fait dépister, et l’on peut suivre ce témoignage heure par heure, du dépistage aux résultats.
Tina : La façon dont le médecin parle et explique les choses, je trouve ça très rassurant. On a l’impression que si l’on franchit la porte, on est entre de bonnes mains. Le seul point qu’il n’a pas assez abordé c’est si le test est positif, est-ce qu’il leur propose de rencontrer des personnes concernées ? Nous on a ce projet de Grandes Sœurs où une femme qui apprend sa séropositivité en cours de grossesse rencontre une autre maman concernée, et l’on voit que ça aide beaucoup. Alors est-ce que dans un CDAG on pourrait imaginer la même chose ?
Hélène : Justement à propos de ça vous avez fait cette démarche pour avoir des Grandes Sœurs. Si une femme apprend sa séropositivité en cours de grossesse, l’hôpital, avec son consentement, va vous appeler. Avez-vous fait cette même démarche auprès des CDAG ? Ou est-ce en projet ?
Tina : Oui c’est en projet. Pour l’instant on a commencé à le proposer aux femmes enceintes parce qu’on sait que c’est une situation particulièrement catastrophique, mais bien sûr on a pensé à élargir et à proposer ce soutien de façon plus large. C’est en projet. De toute façon ces personnes peuvent venir au Comité, on els recevra de toute façon pour les soutenir.
Larissa : Ce qui m’a frappé dans l’interview du Docteur Muller c’est le nombre de personnes dépistées positives en 2008. Cela veut dire clairement qu’encore de nos jours il y a des populations à risques et qui ne savent pas du tout leur statut sérologique. Et le fait que le docteur Muller ai expliqué comment ça se passe, c’est très rassurant. En fait la peur de se faire dépister est vraiment le frein qui empêche pas mal de personnes de frapper à la porte des CDAG ou même des hôpitaux. Le fait qu’il y ait un suivi, une prise en charge psychologique avant et après le dépistage doit être un facteur motivant pour les personnes qui ignorent encore leur statut. Le seul moyen de savoir, c’est le dépistage.
Ousmane : Pour pouvoir protéger ce lui ou celle qu’on aime, il faut déjà savoir si on est séropositif ou pas. Et je pense que déjà ça c’est très important, il fait que les gens se mettent ça dans la tête. Comme on le dit, 30 000 personnes ignorent, ça fait 30 000 personnes qui risquent d’être contaminé en plus. Il est temps de savoir, parce que plus on attend, plus ca devient difficile de lutter contre le VIH.
Reda : Je suis d’accord qu’il vaut mieux savoir que de ne pas savoir mais franchement je suis un peu interloqué par cet entretien pour deux raisons. Déjà parce que moi ce que j’en ai vu, les CDAG sont glauques, ils ont peu de moyens, les gens sont flippés et se regardent dans la salle d’attente. Je veux bien que ça ait pu ressembler à un « cocon », et j’avais rencontré Gérard Muller je crois en 2001, et j’ai vu que c’était une personne qu avait un réel engagement auprès des personnes qui viennent faire le test, mais il fait quand même dire que si il y a 30 000 personnes séropositives qui ne connaissent pas leur statut, c’est que la prévention et donc l’accès au CDAG, ça ne marche pas. Sinon on ne serait pas dans une situation comme ça, où d’une part il y a 6 à 7 000 nouvelles contaminations chaque année, et 30 000 personnes qui vont continuer à prendre des risques. Et le moteur de l’épidémie, ces 6 à 7 000 personnes, ce sont ces personnes-là.
En fait c’est bien beau d’avoir des CDAG, mais comme Marjorie l’a dit en intro, la France, c’est le pays d’Europe où l’on vend le moins de préservatif et où l’on fait le plus de test de dépistage. Ca veux dire clairement que les gens continue à baiser sans capotes et se disent, j’irais faire un test après. Mais on ne peux pas se satisfaire de ça. Ce qui m’interloque aussi c’est que Gérard Muller dit que quand il remet un test positif, il fait aussi part des données de la maladie. Mais justement ce qu’on n’entend pas, et c’est vraiment le contrecoup de la prévention, c’est qu’on a essayé de faire peur aux gens, peur du sida. Le sida c’est une mort subite. Donc les gens arrivent en tremblant au CDAG, et je trouve que dans un entretien un responsable se doit de dire que : non, quand on a le VIH, ce n’est pas une condamnation à mort, c’est possible de vivre, de se soigner, de vivre comme tout le monde, de travailler, de faire l’amour, y compris –on l’a appris à la 4ème Rencontre, dans certaines conditions (couple stable, charge virale indétectable, pas d’autres IST, sous traitement)- de faire l’amour en se protégeant avec les médicaments, sans capotes. Et ne pas donner ces messages fondamentaux là je trouve que ça laisse perdurer la peur qui empêche les gens d’accéder au CDAG
Arthur : Moi je suis aussi plutôt d’accord avec Reda mais j’ai aussi un bémol par rapport aux CDAG. Moi qui vient du 93, de la banlieue, je vois que le maillage des CDAG est beaucoup moins dense. Et dans une petite ville comme Noisy-le-Grand d’où je viens, en bordure du 77 et du 94, il n’y a pas de CDAG, et pour aller se faire dépister gratuitement il faut faire une vingtaine de kilomètres, prendre trois bus différents, et arriver dans une petite maison qui a été aménagée en CDAG. Et une fois qu’on s’est fait dépister il faut attendre une voir deux semaines pour avoir les résultats. Les deux semaines sont horribles parce qu’on a cette idée que comme Reda le disait, quand on est séropositifs on va mourir, c’est la fin du monde, c’est le couperet de la guillotine qui tombe. Ils ne disent pas assez que maintenant on peut vivre, on peut faire des bébés.
Reda : On fait attendre une ou deux semaines. Parce qu’en fait il y a des tests qui pourraient donner des résultats tout de suite, y compris un test rapide qui permet de donner une réponse dans les minutes qui viennent. C’est la qu’en France on voit qu’il y a un problème on doit passer par ce purgatoire pour ses prises de risques en attendant deux semaines. Et ca renvoi certes aux problèmes des moyens, mais ça renvoi aussi au fait qu’on va vous faire souffrir, angoisser pendant deux semaines pour que vous revoyez vos pratiques à risque. Et je ne suis pas sûr que ça soit efficace sinon, on n’en serait pas là aujourd’hui.
Tina : Moi je pense que pour que les gens osent se faire dépister, il faut savoir que comme disait Arthur, on peux faire des projets, des enfants, vivre une vie plus ou moins normale, beaucoup plus de gens oserait se faire dépister.
Hélène : C’est juste un cercle vicieux. La prévention nous dit en gros : Si vous avez le sida, vous allez mourir. A partir de là on a peur, on ne fait pas de dépistage, et moins on se fait dépister, plus la pandémie se répand. Il suffirait juste d’avoir une vraie information. C’est facile de dire sida = mort et comme ça les gens vont se protéger mais on a remarqué depuis des années que les gens ne le font pas. Si on change vraiment toute la campagne de prévention, ça serait la seule manière d’arrêter cette pandémie. Il faut dire que oui le sida c’est une maladie qui est difficile, on peut vivre quand même avec mais essayez quand même de faire attention. Allez vous faire dépister. Si vous l’avez c’est navrant c’est sur mais maintenant prenez vous en charge, prenez des médicaments, vous pourrez toujours avoir des projets, mais n’allez plus dans des situations à risques. A mon avis le problème c’est vraiment juste la prévention.
Ousmane : Aujourd’hui si on se dit que vivre avec le sida c’est difficile. C’est difficile dans le sens où toute ta famille te lâche, tous tes amis te lâche parce qu’ils ne connaissent pas, ils ne savent pas ce que c’est que de vivre avec le VIH. Du coup, comme Hélène a dit, il faut tout changer parce que pour une personne qui a le VIH, la chose la plus importante c’est l’affection de ta famille, la compréhension de tes amis. Sans ça tu le vis difficilement. Les gens doivent revoir leur façon de se comporter vis-à-vis des gens qui ont le VIH. On a juste un virus, il faut réfléchir là-dessus. On est tous des êtres humains.
En 2001, l’émission avait déjà rencontré Gérard Muller, responsable du centre de dépistage de Belleville : Séropositif au Centre de dépistage anonyme et gratuit de Belleville.