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Cameroun : 543 000 malades en difficulté
11 mars 2008 (La Nouvelle Expression (Cameroun))
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Depuis environ deux semaines au Cameroun, le coût du bilan de suivi thérapeutique pour les malades du sida est passé de 3.000 F Cfa à 24.900 F Cfa. Notamment au Centre Pasteur du Cameroun (Cpc) et pour les malades recommandés par les centres de traitement publics subventionnés. L’information, d’abord susurrée par les Organisations non gouvernementales (Ongs) et associations oeuvrant dans le domaine, a été confirmée autant par des responsables de ce laboratoire que par ceux des centres concernés. Depuis le 05 février 2007, les malades arborant les bulletins d’examens des sous-secteurs de la santé à la prise en charge des malades du sida sont systématiquement renvoyés. Faute pour eux de devoir s’acquitter des prix réels pratiqués dans la structure.
Pour les organisations de la société civile, cette situation est inadmissible, étant donné qu’elle pénalise des milliers de malades qui ne pourront plus se soigner faute d’argent. "Et tout le monde connaît les conséquences qui en découlent pour les malades et la société toute entière", selon ces acteurs de la lutte contre le sida. A ce jour, le Cameroun compte 543.000 personnes séropositives dont 15 à 20 % sont éligibles aux antirétroviraux. Selon des statistiques officielles, 102 centres de traitement actif (Cta) fonctionnels sont disséminés à travers le pays, dont le sort est aujourd’hui hypothéqué en raison des carences observées dans le fonctionnement. Pourtant, les responsables des centres en question réfutent les accusations du Comité national de lutte conte le sida (Cnls) dont le secrétaire permanent, le Dr Maurice Fezeu, fait savoir qu’il a, par la faute de ces gestionnaires, enregistré un dépassement budgétaire de 230 millions F Cfa, pour un budget annuel de 936.000.000 F Cfa en 2007. Simplement parce que ces derniers n’ont pas été vigilants. Puisque seuls les patients munis d’un bulletin d’examen signé par un prescripteur de ces Cta bénéficient des réductions offertes par l’Etat qui les subventionne. Or, se lamente le Dr Fezeu, tout le monde se rend au Cpc sous le couvert du Cnls qui finance ces analyses par le biais du Gtp (Groupe technique provincial) qui joue l’interface entre ses services et les Cta. Et qui est chargé de restituer à ceux-ci les fonds versés au Cpc pour les examens de leurs malades. Selon les révélations d’un responsable d’un de ces centres approché, ils ont été dotés d’équipements et autres outils que l’on trouve au Cpc, parmi lesquels les registres d’enregistrement des malades, dans lequel chaque patient porte un numéro.
Numeros
Le problème, dit celui-ci, c’est qu’il faut pouvoir justifier les remboursements que l’on revendique. Et dont le Gtp peut vérifier l’effectivité à travers les numéros attribués par le Cta aux personnes qui sont suivies sur son site. Malheureusement, dit notre source, il y a une grande différence entre les statistiques des Cta et celles du Centre Pasteur.
Pour sa part, Maurice Fezeu réitère le paquet d’examens qui sont subventionnés par le gouvernement et qui sont les suivantes : La numération formule sanguine (Nfs), la glycémie à jeun, les transaminases hépatiques (Asat, Alat), et la numérotation lymphocytaire Cd4/Cd8 pour un coût total de 3.000 F Cfa. Pour décrire le circuit utilisé par les "fraudeurs" pour contourner la procédure déterminée pour un suivi efficient des patients atteints de vih/sida, laquelle consiste en un test préalable de dépistage de virus, dont le montant est de 500 F Cfa, suivi du bilan d’orientation thérapeutique de comptage Cd4 au coût non subventionné de 10 000 F Cfa, en vue de déterminer le nombre de Cd4. Passé cette phase, seuls les malades dont le taux de Cd4 est inférieur à 200 sont soumis à un bilan de suivi thérapeutique subventionné, comprenant les 4 examens subventionnés mentionnés ci-dessus. Enfin, c’est la mise sous traitement et du bilan thérapeutique semestriel. Le Dr Fezeu regrette que "beaucoup préfèrent sauter l’étape du bilan d’orientation thérapeutique afin d’éviter de payer les 10.000 F Cfa". Et c’est que la multiplicité des bilans frauduleux qui a gonflé les factures dont le paiement est réclamé par le Cpc.
Cette année, le secrétaire permanent a décidé de répartir la cagnote annuelle, soit les 936 millions, par centre de traitement. Ainsi chacun connaissant le nombre de ses malades, il devrait aussi connaître son budget qu’il ne devra pas dépasser. Les responsables des centres indiqués préparent leur riposte.
Irène Sidonie Ndjabun