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Moyen-Orient, Afrique Nord : 5% des sidéens soignés, et toujours le rejet
17 octobre 2006 (AFP)
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par Catherine Hours
TORONTO (Canada), 17 août 2006 (AFP) - "C’est un secret que je devrai garder jusqu’à ma mort", assène Samir, jeune Jordanien porteur du VIH venu à Toronto témoigner du "défi" que constitue le fait de vivre en étant séropositif dans un Proche-Orient où seuls 5% des sidéens qui en ont besoin sont sous thérapie.
La conférence mondiale sur le sida a mis en garde cette semaine contre la hausse prévisible du taux de contamination au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, même si le taux actuel reste modéré (0,2% des adultes selon l’Onusida, qui englobe là 22 pays, du Maroc à l’Afghanistan).
"La prévention manque, seules 5% des personnes qui en ont besoin reçoivent des antirétroviraux, et il y a de plus en plus de signes de prises de risques et de vulnérabilité", s’inquiète le Dr Samir Anouti, de l’Onusida. Exemple : 40 à 60% des toxicomanes de la région échangent leurs seringues.
Pour nombre d’acteurs, l’ennemi reste la sous-information du public et la stigmatisation des malades. S’y ajoutent la jeunesse des habitants, des populations déplacées difficiles à toucher, des lois anti-homosexuels, etc.
"Nous avons le dépistage gratuit, des programmes de traitement", dit Samir le Jordanien. Mais le problème n’est pas là. "Nous (séropositifs) n’avons aucune place dans la société, on nous dit que nous ne sommes pas normaux, que le VIH est une punition", raconte ce jeune homme d’une vingtaine d’années, qui ne révèle que son prénom.
"Il faudrait aller dans les écoles et les universités expliquer ce qu’est le sida", suggère-t-il.
Une enquête auprès de 1.200 étudiants palestiniens montre que la plupart connaissent surtout des généralités sur la maladie.
"Leur attitude envers le malade est positive quand la maladie est due à une transfusion sanguine par exemple", explique à Toronto l’auteur de l’étude, Wafa Abou Ayyash, directrice du Centre de santé publique de Béthleem.
"Cela montre la nécessité de campagnes d’information. Il ne faut pas attendre que la fréquence du VIH augmente", dit-elle (les territoires palestiniens comptaient 61 séropositifs en 2005, selon le ministère de la Santé).
Cette méfiance se retrouve dans les témoignages recueillis par l’association néerlandaise GNP+ ("Réseau mondial de personnes vivant avec le VIH").
"Le plus difficile avec le VIH en Tunisie est la discrimination. Ma famille m’accepte, mais nous gardons le secret vis-à-vis des autres", dit Paradise, 38 ans, dont le mari et la fille sont aussi séropositifs. "Si j’en parle, je perds mon travail".
"Ma famille m’a rejetée, les séropositives sont vues comme de mauvaises femmes", écrit Selwa, Marocaine, 40 ans.
Pour autant, les blocages parfois se lèvent.
"Les gens me regardent comme si j’avais fait quelque chose de mal, y compris les docteurs", racontait il y a peu Layla, une Algérienne de 40 ans. Aujourd’hui pourtant, Layla vit sa séropositivité ouvertement. Selon GNP+, elle a rejoint un réseau local de séropositifs et un documentaire a été réalisé sur sa vie, diffusé par la télévision nationale.
A Toronto, des appels ont ainsi été lancés pour que les populations, surtout les jeunes, se mobilisent et que les gouvernements se rapprochent de la société civile.
Le Dr Anouti souligne la bonne volonté des autorités religieuses et notamment musulmanes, exprimée dans une déclaration au Caire fin 2004.
"Le programme de l’ONU pour le développement a même organisé des ateliers de formation pour que les imams intègrent la question du VIH à leurs activités, y compris les sermons. Bien sûr il n’y a pas qu’une école de pensée, mais nous avons avancé".
"Nous avons eu le soutien des autorités religieuses pour l’usage du préservatif et les projets en direction des toxicomanes" (méthadone), dit aussi Amir Reza Moradi, de l’association "Iranian Positive Life". En Iran, "le personnel médical est formé. Seules les attitudes n’ont pas changé".