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Prise en charge tardive
Trithérapies : efficacité freinée par les accès tardifs au traitement
10 août 2006 (AFP)
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PARIS, 4 août 2006 (AFP) - L’efficacité des puissants cocktails thérapeutiques anti-sida, dix ans après leur introduction, se trouve désormais partiellement contrebalancée par un dépistage et un accès au traitement plus tardifs, selon une vaste étude portant sur plus de 20.000 patients dans les pays développés.
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L’étude, à paraître samedi dans la revue médicale britannique The Lancet, une semaine avant l’ouverture de la XVIe conférence mondiale sur le sida à Toronto (Canada), porte sur quelque 22.200 patients d’Europe (dont 5.000 pour la France) et d’Amérique du Nord (USA, Canada).
Les trithérapies ont, depuis 1996, fait spectaculairement chuter la mortalité des patients atteints par le virus du sida (VIH) dans les pays riches.
Les patients étudiés ont tous reçu un premier traitement entre 1995 et 2003, contenant au moins trois anti-rétroviraux ou ARV.
L’étude révèle plusieurs tendances, selon le Pr Geneviève Chêne, de l’Agence nationale de recherche sur le sida (Anrs) française : "La réponse virologique, excellente, est meilleure d’année en année, signe que les ARV sont aujourd’hui à la fois plus puissants et mieux tolérés". Mais, "la mise sous traitement tend à être plus tardive, ce qui peut expliquer que l’on ne voit pas d’amélioration au niveau de la progression de la maladie et de la mortalité (stable à 2%) au cours du temps", remarque-t-elle.
"On sait en effet que plus le nombre de lymphocytes CD4 (cellules sanguines stratégiques de la défense immunitaire et cible privilégiée du virus) est bas au commencement du traitement, plus le risque d’évolution clinique est élevé", ajoute-t-elle
Selon l’étude, l’effet des multithérapies ARV sur la charge virale (quantité de virus dans le sang) ou "réponse virologique" s’est amélioré au cours du temps. En 2002/2003, 83% des patients avaient une charge virale indétectable six mois après le début du traitement contre 73% en 1997 et 58% en 1995/1996.
Mais le taux d’"événements cliniques" (infections opportunistes essentiellement) définissant le sida un an après le début du traitement, après avoir baissé en 1998 et 1999, tend depuis à augmenter, en grande partie du fait de l’augmentation des cas de tuberculose.
L’étude note aussi des évolutions significatives des populations traitées : la proportion d’homosexuels masculins a diminué (56% en 1995/1996 contre 34% en 2002/2003). Le pourcentage de patients infectés par injection de drogue intraveineuse a également connu une baisse importante (20% en 1997 contre 9% en 2002/2003).
A l’inverse, la proportion d’hétérosexuels a augmenté de 20% en 1995/1996 à 47% en 2002/2003 et parallèlement, le pourcentage de femmes a doublé (16% en 1995/1996 contre 32% en 2002/2003).
L’infection par le VIH concerne aujourd’hui de "nouvelles populations" ayant "visiblement accès plus tardivement au dépistage et aux soins". Cette situation tend à contrebalancer les bénéfices du traitement anti-sida, en dépit de leur efficacité, soulignent les chercheurs.
"Il s’agit d’une tendance à l’échelle européenne et nord-américaine, observée dans d’autres pays industrialisés", indique à l’AFP le Pr Chêne.
En France, selon un rapport d’experts publié en juillet, la moitié des patients commencent leur traitement alors qu’ils ont déjà un déficit immunitaire sévère ou un sida, souvent parce qu’ils ignorent leur séropositivité au moment du diagnostic.
L’Anrs chapeaute le suivi de plus de 60.000 patients vivant avec le VIH, dont 5.000 inclus dans l’étude.
Brigitte Castelnau