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La Cour européenne des droits de l’Homme condamne la France pour le décès d’un séropositif dans un commissariat
1er juin 2006 (AFP)
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La France a été condamnée jeudi par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour sa responsabilité dans le décès, il y a 13 ans, d’un Franco-marocain de 33 ans dans une cellule de dégrisement d’un commissariat à Arcachon (Gironde).
Voir en ligne : Affaire Taïs c. France (Requête n° 39922/03)
La Cour a condamné la France à verser 50.000 € pour dommage moral et 20.000 € pour frais et dépens aux parents de Pascal Taïs.
La justice européenne a estimé que la France avait violé l’article 2 (droit à la vie) de la Convention européenne des droits de l’homme en ce qui concerne le décès de Pascal Taïs mais également en raison de "l’absence d’enquête effective menée sur les circonstances ayant entouré" son décès.
Pascal Taïs avait été interpellé dans la nuit du 6 au 7 avril 1993 à la suite d’une rixe à Arcachon. L’homme, en état d’ébriété, avait ensuite été frappé à coups de matraque sur les mains, les jambes et le thorax par des policiers qui ont également reconnu l’avoir giflé car il s’opposait avec violence à un examen médical.
Le médecin n’avait pas constaté de blessures et autorisé son transfert au commissariat. C’est là, dans une cellule de dégrisement, qu’il avait été retrouvé le lendemain matin vers 7h30, gisant sans vie dans le sang et les excréments.
L’autopsie avait conclu à un décès par hémorragie consécutive à une fissure de la rate, et relevé des côtes fracturées, un poumon perforé, et une plaie au crâne du jeune homme, par ailleurs malade du Sida.
La CEDH a estimé qu’"en l’absence d’explication plausible concernant la discordance, voire la contradiction entre le rapport médical établi lors du certificat de non admission et le rapport d’autopsie, ainsi qu’à propos de l’origine des blessures constatées sur le corps de Pascal Taïs", la France "porte la responsabilité" de son décès.
Après plusieurs expertises médicales et des suppléments d’information et malgré des dénonciations anonymes à l’encontre d’un policier, la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Bordeaux avait confirmé en juin 2003 l’ordonnance de non-lieu rendue par le juge d’instruction en juin 1996.
Lors de l’audience devant la CEDH qui s’était déroulée en octobre dernier, les parents du jeune homme avaient dénoncé les "graves manquements" des autorités françaises et les mauvais traitements infligés par les policiers à leur fils, aboutissant finalement à sa mort.
"En cultivant l’incertitude", on a permis à deux policiers "de s’arroger le droit de la peine de mort", avait notamment relevé l’avocat des parents de la victime.
La représentante du gouvernement français Anne-Françoise Tissier avait souligné que les policiers avaient recouru à la force "dans le seul but de maîtriser Pascal Taïs et d’assurer la sécurité du personnel de l’hôpital". Elle avait répété que "l’hypothèse la plus probable" du décès demeurait une chute contre la banquette de ciment de sa cellule.
Les juges de la CEDH ont souligné l’absence de toute mesure de surveillance, en particulier médicale, afin de protéger la vie de Pascal Taïs alors même que celui-ci était, le soir de son arrestation "dans un état physique et moral préoccupant".
La Cour estime "paradoxal de parler d’un contrôle effectif tous les quarts d’heure, où rien n’était à signaler" alors qu’aucun policier n’est entré dans la cellule de dégrisement de 1H00 à 7H30 du matin "en dépit des cris de Pascal Taïs tout au long de la nuit et ce jusqu’à quelques instants avant sa mort". Selon une contre-expertise réalisée trois ans après les faits, la victime aurait pu être sauvée, si ses lésions, "pas fatalement mortelles", avaient été "diagnostiquées à temps dans un autre contexte".
Documents joints
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| Affaire Taïs c. France (Requête n° 39922/03) (PDF, 265.9 ko) |