Accueil du site > Revue de presse >
Accès aux médicaments | Algérie
Algérie : des médicaments périmés pour les malades du sida
13 avril 2006 (Quotidien d’Oran)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Ils sont 150 malades atteints du sida ou séropositifs, qui sont privés de traitement médical voilà près de deux mois à cause d’indisponibilité de médicaments, au niveau du service infectieux du CHU d’Oran. Une situation qualifiée d’« intolérable » et « scandaleuse » par les maîtres assistants du service et les associations de lutte contre le sida, vécue dans un établissement qui a la vocation de centre de référence.
Voir en ligne : Des médicaments périmés pour les malades du sida
Les patients hospitalisés ou suivant les soins à l’extérieur, habitant Oran et venant des autres wilayas de l’Ouest ne sont plus pris en charge et leurs cas risquent de s’aggraver davantage. L’interruption de la trithérapie, une molécule nécessaire pour élaborer un protocole adéquat qui est administrée aux malades, n’est pas due à une rupture de stock mais à cause de la découverte d’une quantité de médicaments périmés au niveau de ce service d’une valeur de 281 millions de centimes, explique le directeur du CHU d’Oran. « Il y a plus de 15 jours, avait précisé le même responsable, que nous avons découvert cette quantité de médicaments pour les sidéens dont la date de péremption a été dépassée, au niveau du service infectieux. Ils ont préféré puiser du nouveau stock et distribuer aux malades des médicaments nouvellement achetés et laisser l’ancien stock se périmer. C’est de la mauvaise gestion ».
Après avoir constaté cette anomalie, la direction de l’hôpital a décidé de constituer un dossier sur la situation et l’adresser au ministère de la Santé et de la Population. Une plainte contre X a été également déposée au niveau de la justice après la découverte d’un lot de médicaments périmés. Quant aux malades, ils ne sont toujours pas pris en charge. La nouvelle commande de médicaments, qui doit être déposée à la pharmacie centrale de l’hôpital (PCH), risque de ne pas être satisfaite rapidement.
Constatant ce dysfonctionnement, les maîtres assistants du service infectieux ont adressé, le 8 avril, une lettre à la direction du CHU, expliquant les problèmes auxquels ils sont confrontés. Les rédacteurs de cette lettre parlent de « dysfonctionnement dans la prise en charge en général des patients hospitalisés, et plus particulièrement les patients infectés par le VIH ». Ces derniers font l’objet, soulignent ces spécialistes, « d’une prise en charge très anarchique et inadéquate par les médecins résidents sans aucune supervision d’un aîné ».
Les rédacteurs de la lettre révèlent également que « des anti-rétroviraux périmés ont été distribués aux patients infectés par le VIH ». Selon ces spécialistes, « depuis les six derniers mois, pour des raisons inexpliquées de ruptures répétées de stock des anti-rétroviraux au niveau local, les 150 patients ont fait l’objet de trois changements du schéma de la trithérapie, pour aboutir enfin à une bithérapie depuis le mois de février à ce jour ». Selon des spécialistes dans le domaine, cette interruption de la trithérapie peut avoir des conséquences graves pour les patients du fait que la réussite du traitement réside dans le respect des horaires de prise de la trithérapie sans aucun oubli et sans jamais l’arrêter et éviter tout changement de la composition du médicament. « De telles attitudes sont très néfastes pour la bonne évolution des patients, sans parler du préjudice moral porté à ces malades ».
Les maîtres assistants expliquent, d’autre part, que « la bithérapie n’est pas recommandée comme traitement de première intention par le groupe d’experts, ces mêmes attitudes activent la résistance du virus VIH, situation à laquelle l’Algérie n’est pas encore prête à faire face ». Les signataires de cette lettre interpellent le directeur du CHU, lui demandant d’intervenir en toute urgence du fait que « le traitement est disponible à l’échelle nationale et que nous nous retrouvons dans une situation de non-assistance à personnes en danger car il existe des atteints candidats aux traitements qui attendent depuis plus de deux mois ». En plus de la trithérapie, ces malades, souligne un spécialiste du service, sont obligés de suivre, en parallèle, un autre traitement prophylactique afin d’éviter toute infection. C’est un médicament qui est à la charge du malade étant donné que le sida n’est pas considéré comme une maladie chronique et ces frais médicaux qui s’élèvent à 17.000 DA pour un seul médicament ne sont pas remboursables.
Au niveau de l’Ouest, le nombre de personnes atteintes de sida ou séropositives VIH a atteint les 300 dont la moitié seulement sont sous traitement.
Pour leur part, des représentants des deux associations de lutte contre le sida ont dénoncé les conditions de prise en charge des malades atteints par le sida au niveau du service infectieux. Elles s’indignent contre cette situation et expriment leur colère sur le fait que « des malades soient pénalisés et privés de traitement pour un problème de mauvaise gestion et d’incompétence », a tenu à souligner le représentant de l’association de lutte contre le sida, M. Tadjeddine.
Dans le même contexte, les maîtres assistants attirent l’attention de la direction sur la situation dans laquelle se trouve le service. « Nous constatons, diront-ils dans cette lettre, une dégradation progressive du fonctionnement de notre service. Malheureusement, après l’échec de tous les efforts et toutes les tentatives faites par nous les assistants pour améliorer la situation, et vu que cette dernière est arrivée au seuil de l’intolérable, notre sens de responsabilité nous oblige à briser le silence et mettre la situation entre les mains de nos responsables hiérarchiques sur le dysfonctionnement dans la coordination entre le personnel médical et paramédical et le dysfonctionnement dans la prise en charge des malades hospitalisés ».
S’adressant toujours à la direction du CHU, les maîtres assistants tirent la sonnette d’alarme sur les risques engendrés si ces dysfonctionnements persistent. « La période estivale approche, notre service est connu par sa grande charge de travail en été. Compte tenu de cette situation, nous serons dans l’incapacité d’assurer un travail de qualité ».
B. Mokhtaria