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Émission du 19-20-21 octobre (n° 212) | Palestine
Jours de Repentir : Gaza baigne dans une mer de sang
20 octobre 2004 (survivreausida.net)
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Ca sent incroyablement mauvais ici. Pour descendre n’importe quelle rue – si vous osez – vous contournez, ou parfois inévitablement vous traversez des mares de sang. Il y a des lambeaux de chair humaine – certains d’entre eux sont méconnaissables en tant que restes humains, partout, sur les toits, collés aux fenêtres brisées, sur la rue.
La puanteur du sang en décomposition se mélange à l’odeur plus acide de la chair brûlée ou carbonisée par les missiles tirés par l’armée israélienne des hélicoptères Apache fabriqués aux Etats-Unis.
Le ciel est rempli de fumée noire, certaines proviennent des explosions de missiles, mais bien plus souvent, elles proviennent des feux incessants de pneus et d’autres débris que les gens continuent d’alimenter.
L’eau potable est ici une denrée rare et précieuse : les bains et les douches sont devenus des luxes impossibles.
Vos yeux pleurent inévitablement de toute cette fumée : mais alors, cela vous protège un tout petit peu des vues les plus poignantes – les parties du corps reconnaissables - un bout de jambe, une partie évidente d’un torse, et des doigts : des doigts plus effrayants, plus individuels, plus reconnaissables que vous n’avez jamais vu.
Des équipes de volontaires ramassent ces fragments humains et les apportent aux deux hôpitaux de Jabalya mais les ambulances ne peuvent probablement pas suivre avec la pléthore de nouvelles victimes et de blessés.
Il y a partout des cortèges funèbres, et les “maisons de deuil », des tentes pour les familles touchées sont installées afin qu’elles puissent recevoir leurs familles et amis. En fait, bien que, chaque maison ici, qu’elle soit relativement intacte et en partie ou complètement détruite par les tanks et les bulldozers de l’IDF, est une maison du deuil.
“Penitence,†? tel que je le comprends, est le remord volontaire pour avoir mal agi. Ce massacre est-il censé provoquer le remord à ses victimes ? Sont-ils censés pleurer les décès de quatre ou cinq soldats israéliens, et deux enfants israéliens et accepter la mort de plus de 60 civils palestiniens comme un certain type de justice ?
À ceux qui parmi nous sommes piégés à Jabalya, cela ressemble à « Jours de Vengeance. C’est incontestablement une punition collective et illégale selon les conventions de Genève.
C’est difficile de tenir des données précises sur le nombre de victimes : le chiffre le plus récent semble être 80 Palestiniens tués (20 d’entre eux étant des militants revendiqués par le Hamas) et plus de 200 blessés. Incontestablement, avant que cela soit imprimé, les chiffres seront plus élevés.
Combien d’autres doivent mourir avant que le monde dise quelque chose ?
Extrait d’un texte de Mohamed, correspondant de l’ISM
Mise au point de l’émission Survivre au sida : les séropositifs issus de l’immigration et la Palestine
Nous reçevons régulièrement des messages mettant en cause notre engagement pour la Palestine :
Quel est le rapport avec le VIH/Sida ? Le conflit israëlo-palestinien prend suffisamment de place dans les médias. Il n’a à mon sens aucunement sa place dans une émission sur le sida.
Réponse de l’émission de radio Survivre au sida
Il n’y a pas que le virus dans la vie des séropositifs. L’avenir des gens malades dans nos pays d’origine, du Maroc à l’Irak en passant par la Palestine, dépend des libertés démocratiques et des droits sociaux et économiques des gens les plus pauvres. Une occupation coloniale, en Palestine depuis 1948 ou en Irak depuis bientôt un an, propage l’épidémie et marginalise les gens les plus à risque... Dans une terre sous occupation, il est difficile d’être en bonne santé.
Quand on est issu de l’immigration ou quand on a grandi en banlieue et qu’on s’est retrouvé avec le sida, on sait ce que veut dire l’injustice. Et évidemment l’injustice de l’occupation coloniale sous laquelle vit le peuple palestinien concerne tout le monde, pas seulement les arabes.
Cette émission existe par la volonté de familles issues de l’immigration, confrontées au sida. Mais ce n’est pas parce que nous sommes séropositifs que nous devenons égoïstes ou aveugles aux autres injustices. Nous sommes fiers de montrer qu’en tant que familles en lutte pour survivre au sida nous pouvons apporter notre soutien, alimenter, contribuer à d’autres luttes. Ce n’est pas dans l’isolement, dans l’égoïsme que nous nous en sortirons.
Enfin, si votre « solidarité » ne s’étend qu’aux seuls séropositifs, n’oublie pas cela : il y a des séropositifs en Palestine, et pour eux (et donc pour nous) l’occupation est le premier obstacle à l’accès aux traitements, à toute possibilité de vivre et de se soigner dans la dignité.
