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Algérie
Histoire d’une longue chaîne de transmission : 52 cas de sida en sept mois à Oran
9 septembre 2004 (Quotidien d’Oran)
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Cinquante-deux (52) nouveaux cas de malades atteints de sida et séropositifs ont été recensés par le service des maladies infectieuses du CHU d’Oran, durant la période allant du 1er janvier au 31 juillet 2004, apprend-on auprès de ce service. Parmi ces cas, figurent une trentaine de femmes et deux enfants nés d’une mère porteuse du virus VIH.
Ces malades, âgés pour la plupart entre 30 et 50 ans, sont originaires des wilayas d’Oran, Mascara, Tiaret, Relizane, Saïda et Tlemcen. Ils ont été dépistés positifs au test du sida, au niveau du Centre de transfusion sanguine (CTS) du CHUO. Parmi ces sidéens, figurent trois ressortissants africains qui séjournaient illégalement à Oran. Pour les cliniciens et les épidémiologistes, ce chiffre-bilan, pris à part, n’est pas alarmant. Par contre, soulignent-ils, si l’on analyse l’évolution du sida dans la région Ouest de l’Algérie, ces 52 nouveaux cas confirment la stabilité de la fréquence de l’infection (nombre de cas par an).
En d’autres termes, cela veut dire que le sida n’a pas régressé dans cette région, durant ces dix dernières années, en dépit des programmes de prévention et de sensibilisation.
Selon la même source, la majorité des sidéens ou séropositifs ont été contaminés par voie sexuelle, quoiqu’il existe des cas très rares de contamination par voie sanguine dus à la toxicomanie par injection intraveineuse. L’on déplore chaque année de nouveaux cas d’enfants ayant contracté le VIH dans le ventre maternel ou par voie de lactation, selon la même source médicale. Un médecin-chef du CTS du CHUO affirme, pour sa part, qu’une soixantaine de malades, entre sidéens et séropositifs, ont été dépistés durant la période allant de janvier au mois d’août 2004. Mais cette même source tient à préciser que ces malades ne sont pas tous de nouveaux cas. "Ce bilan regroupe aussi bien les nouveaux cas que les anciens, qui avaient été dépistés auparavant, mais qui ont été réadmis cette année au CTS en provenance des différents hôpitaux de l’Ouest.
Tout nouveau cas dépisté doit systématiquement faire l’objet d’une notification au Laboratoire national de référence (LNR) à Alger. Cela permet le recensement national des sidéens et des séropositifs et, surtout, d’éviter qu’un même malade ne soit déclaré plusieurs fois, car autrement les bilans seraient gonflés", souligne le médecin-chef du CTS. "En Algérie, ajoute-il, on compte officiellement près de 2.000 sidéens et séropositifs dépistés. A ce nombre, il faut peut-être ajouter une centaine de cas correspondant à un "taux de balancement" de 5% qui concerne les éventuels malades non dépistés.
A ce propos, il faut noter qu’il existe une catégorie de malades qui refusent les tests anti-sida pour des raisons très subjectives". Visiblement, il y a divergence entre les bilans du sida fournis par le service des maladies infectieuses, le centre de transfusion sanguine et le service d’épidémiologie d’Oran. Ce dernier service a communiqué, il y a près de deux semaines, un bilan "moins alarmant" : 9 nouveaux cas de sida dépistés au CHU d’Oran entre janvier et juillet 2004. Cependant, les chiffres communiqués par le service des maladies infectieuses demeurent les plus actualisés et, de ce fait, ce sont des données crédibles. En effet, "c’est ce service même qui se charge de la notification aux différents organismes régionaux et centraux des maladies à déclaration obligatoire, dont le sida", souligne le médecin-chef de ce service, M. Blal. "Pour chaque nouveau cas de sida ou séropositif dépisté, nous devons dresser un bulletin spécial et envoyer des copies aux différents organismes concernés. Tout bilan communiqué par un organisme sanitaire est nécessairement puisé dans nos données qui lui sont communiquées", précise le Dr Blal qui s’interroge par ailleurs sur "le rôle des associations de prévention contre le sida".
Le même médecin soulève le problème du manque des équipements médicaux dans le laboratoire d’analyse du CHU. "Il est inadmissible, remarque-t-il, que la tutelle exige la déclaration des maladies infectieuses, tel le sida, alors que ce laboratoire central est sous-équipé, à telle enseigne que beaucoup d’analyses se font à l’Institut Pasteur. Il est indispensable de doter le laboratoire du CHUO en équipements adéquats pour lutter efficacement contre ces infections mortelles". Il faut se rappeler, par ailleurs, qu’un des mystères du sida est la période sans symptômes, c’est-à-dire celle pendant laquelle le VIH est présent dans l’organisme, apparemment "endormi", mais toujours transmissible par voie sexuelle. "Cette période peut durer des mois, mais aussi des années. On connaît des cas où le VIH a mis 10 ans avant de s’éveiller", relève un médecin spécialiste en maladies infectieuses.
Face à cette évolution inquiétante du sida dans l’ouest algérien, et en Algérie tout entière, d’aucuns s’interrogent sur le rôle des actions de prévention et de sensibilisation, pompeusement annoncées par des associations et financées à coups de plusieurs centaines de millions de dinars par l’Etat et des dizaines de millions de dollars par l’OMS, la Communauté européenne et l’ONU-Sida, entre autres. De nombreux médecins interrogés, ceux qui sont directement confrontés à la maladie et aux malades, sont sceptiques quant à la contribution réelle du mouvement associatif dans la lutte contre le sida. "Il y a un certain nombre d’associations ayant décroché un statut d’association de lutte contre le sida, qui ont bénéficié d’enveloppes budgétaires et de matériel informatique. Ces associations ont-elles, toutes, la vocation souhaitée et le programme préventif ayant donné des résultats probants ? L’Etat ne doit-il pas repenser sa stratégie et réorienter ses attributions vers les services médicaux et hospitaliers concernés par le sida ?" fait remarquer un médecin spécialiste du service des maladies infectieuses. "Il ne faut, cependant, pas mettre dans ce même moule toutes les associations de lutte contre le sida. Car il existe quelques-unes qui activent sérieusement et efficacement dans ce créneau", souligne-t-on. Le président de l’association "Santé Sidi El-Houari", le docteur Briksi, également membre de la Commission nationale contre le sida, indique pour sa part que l’ONU-Sida vient d’accorder une enveloppe de 9 millions de dollars. Cela permettra le financement d’un grand programme national de prévention et de sensibilisation contre le sida, souligne le Dr Briksi qui prévoit un recul significatif de cette infection en Algérie dans les prochaines années.
Par ailleurs, et selon des médecins, la croissance rapide de l’épidémie du sida en Algérie résulte de l’établissement de chaînes de transmissions sexuelles et sanguines rendues possibles par les modifications humaines de notre société : bouleversement des structures sociales traditionnelles, multipartenariat hétérosexuel et prostitution citadine, ainsi que la toxicomanie par voie intraveineuse. La transition de milliers de ressortissants africains par notre territoire, notamment par l’ouest du pays, représente un des facteurs de la recrudescence du sida dans cette région.
En effet, ces candidats à la migration vers l’Europe affluent de pays subsahariens où le sida est en train de faire des ravages (pays classés en tête de liste de l’OMS des pays touchés par cette épidémie). Ces "potentiels porteurs du VIH" véhiculent sur leur itinéraire un danger de contamination imminent sur la population algérienne. Le danger est d’autant plus présent lorsqu’ils "cohabitent" avec la population locale, comme c’est le cas à Maghnia, et à Oran surtout. L’admission, cette année, de trois sidéens de nationalités africaines au service des maladies infectieuses du CHU d’Oran, ne laisse plus la place au doute. Mais que ce vecteur de contamination "migratoire" n’occulte pas l’existence de "foyers locaux" du virus sida en Algérie. A Oran, elle a fait un grand bruit l’été dernier, l’histoire d’une femme atteinte du sida qui est sortie du service des maladies infectieuses, bien que les médecins l’en avaient dissuadée. Elle avait alors déclaré à plusieurs personnes : "Il n’y aucun traitement curatif contre le sida. De toute façon je vais crever. Mais je ne vais pas crever toute seule !".
H. Saaïdia