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Luttes de l’immigration et contre le racisme
Une association de La Courneuve privée de subsides pour ses propos antiaméricains
18 juillet 2004 (Le Monde)
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Dans la Seine-Saint-Denis , les associations devront apprendre à user modérément de leur liberté d’expression. Un mot de trop à propos des conflits au Proche-Orient, et les deniers publics se tarissent. Africa vient de le vivre à ses dépens. Fondée en 1987, cette association travaille au cœur même de la "cité des 4 000", un quartier pauvre de La Courneuve.
Au fil des années, souligne sa porte-parole, Mimouna Hadjam, Africa s’est imposée comme un "service social", qui allège - modestement - le fardeau d’un Etat-providence débordé par l’ampleur des détresses. Soutien scolaire, cours d’alphabétisation... Kouma, par exemple, une mère de famille qui élève seule ses sept enfants, trouve que l’association l’"aide beaucoup". "Ici, dans le local d’Africa, mes filles et mes garçons viennent faire leurs devoirs", dit-elle.
Outre ses "prestations de solidarité", Africa édite également un bulletin qui commente l’actualité internationale ou les décisions gouvernementales. Le ton employé dans certains articles a heurté la préfecture. Pourquoi ? L’un d’eux présentait les Etats-Unis comme le "pire régime"qui soit, affirme Jean-Philippe Setbon, sous-préfet chargé du logement et de la politique de la ville. "Je ne suis pas certain que cela participe à la paix sociale", ajoute-t-il.
Dans une lettre, en date du 29 juin, adressée au maire de La Courneuve, Gilles Poux (PCF), le préfet de la Seine-Saint-Denis, Michel Sappin, indique que ses services ont aussi découvert, à deux reprises, des "tracts et banderoles violemment antiaméricains" ou "hostiles à l’Etat d’Israël" dans les locaux d’Africa.
D’ailleurs, voilà maintenant près de deux ans que les services préfectoraux demandent à l’association de "séparer activités militantes et activités au profit des publics qui se tournent vers elle", renchérit M. Setbon. En n’en tenant pas compte, elle "ne nous laisse aucune alternative". De plus, certaines des actions d’Africa pèchent par "manque de professionnalisation, (...) de partenariat, (...) de méthodologie", écrit M. Sappin. Finalement, le préfet a tranché : "Le poste d’adulte-relais et la subvention allouée à Africa" ne seront pas renouvelés.
Les responsables de l’association craignent qu’une telle décision affecte l’accompagnement scolaire, la permanence de l’écrivain public... Ils reconnaissent avoir critiqué l’intervention américaine en Irak ou les opérations de l’armée israélienne dans les territoires occupés. Mais ils assurent avoir toujours pris soin de distinguer les activités réservées aux enfants et celles destinées aux adultes. Tout en récusant "l’accusation d’embrigadement" qui leur est faite, ils rappellent que "la lutte contre les racismes" constitue l’une de leurs missions fondatrices.
L’attitude de la préfecture est à la fois"arbitraire" et "inadmissible", poursuit le maire de La Courneuve, M. Poux. "Il est inquiétant de voir l’Etat s’immiscer en censeur." D’autres personnalités de gauche ont également apporté leur soutien à Africa (Daniel Bensaïd, Mouloud Aounit...). Enfin, quelque 1 300 personnes ont signé une pétition pour exhorter M. Sappin à reconsidérer sa position.
Bertrand Bissuel