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Mémoire de la colonisation | Tribune libre
Des beurs de service aux supplétifs du sida
31 janvier 2004 (survivreausida.net)
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Voir en ligne : Des élites indigènes aux "beurs" indigestes
L’association Ici et là-bas publie un excellent article sur le sujet des beurs de service. En le lisant, je me dis qu’il y a dans la lutte contre le sida ceux que j’appelle les supplétifs du sida, des « immigrés » (en fait le plus souvent des bourgeois venus du bled), devenus spécialistes de l’immigration et du sida et qui prétendent parler en notre nom.
On les trouve aujourd’hui dans presque toutes les associations de lutte contre le sida. Ils revendiquent d’abord leur place et leur fiche de paye, et sont bien contents d’y être arrivés. Leurs patrons sont très fiers de les montrer : regardez, nous avons embauché trois noirs et quatre arabes, comment pouvez-vous vous dire que nous sommes des racistes ?
Ils regorgent d’arrogance, convaincus d’avoir tout compris, et se permettent de nous mépriser, nous qui avons choisis de travailler par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Nous les méprisons aussi. Ils prétendent que nos cultures sont celles du déni de la maladie, des tabous, c’est-à-dire que nous serions responsables de notre propre infection et de notre propre sort. Ils nous appellent les migrants pour nier la permanence de notre installation ici, et se taisent face aux inégalités, à l’injustice de la maladie.
Certains des supplétifs du sida voudraient aller plus loin, mais leur laisse est bien courte : ils sont tenus par leurs engagements professionnels, par leurs parrains qui les ont soutenus, par la logique de la médiation de santé...
Ils sont au service de leurs maîtres, chantres de la santé publique officielle, pourtant condamnés à des postes subalternes dans des associations dont les dirigeants sont d’abord préoccupés par la survie financière et le contrôle idéologique et politique d’une lutte contre le sida dont sont absents les gens qui en bavent du sida et de la misère, sauf comme récipients passifs des actions de prévention ou des discours de plus en plus démagogiques pour couvrir les inégalités de l’épidémie...
Mais ces supplétifs du sida ne sont que le symptôme de l’injustice de la maladie et des inégalités sociales dans la lutte contre le sida. Aujourd’hui, je comprend qu’il faut continuer à les démasquer, à les dénoncer partout et tout le temps. En même temps, l’enjeu principal reste que nous devons organiser et structure notre autonomie politique et nos revendications, dont la radicalité tient à l’expérience vécue et à notre refus de rester dans la complainte face à l’injustice.
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