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Controverse en Grande-Bretagne autour du phénomène du "tourisme hospitalier"
30 décembre 2003 (survivreausida.net)
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Par Olivier LUCAZEAU
LONDRES, 30 décembre 2003 (AFP) - L’annonce mardi d’un programme de lutte contre le "tourisme hospitalier" en Grande-Bretagne, où les hôpitaux publics dispensent des soins gratuits pour tous, a provoqué une levée de boucliers des médecins et des associations de défense des immigrés.
"Le National Health Service (NHS) est là pour procurer des soins gratuits à ceux vivant au Royaume-Uni, pas à ceux qui n’y vivent pas. C’est un service de santé national, et non pas international", a plaidé mardi John Hutton, le secrétaire d’Etat à la Santé.
Insistant sur la réalité de ce "tourisme hospitalier", le ministère de la Santé entend restreindre l’accès à la gratuité des soins dispensés par le NHS pour les ressortissants étrangers de passage au Royaume-Uni.
Ceux-ci ne bénéficieraient plus désormais que des traitements d’urgence ou de soins en cas de maladies infectieuses.
Selon le ministère de la Santé, trop de ressortissants étrangers viendraient officiellement au Royaume-Uni comme touristes ou en voyage d’affaires, pour découvrir subitement qu’ils ont des problèmes de santé nécessitant des soins à long terme et très coûteux.
Le "tourisme hospitalier", qui coûterait selon le gouvernement "plusieurs centaines de millions de livres" au NHS, le système de santé public britannique, revient régulièrement à la Une des journaux.
Certains ont chiffré ce phénomène à 200 millions de livres (près de 300 M EUR) par an, mais le poids réel de la facture reste largement contesté.
John Hutton a concédé mardi ne disposer d’aucun "chiffre précis". Les estimations qu’il avance sont en fait basées sur une seule étude, menée par l’hôpital de Newham, dans l’est de Londres.
Etude qui aurait conclu que le "tourisme hospitalier" lui coûtait 1 million de livres (1,5 M EUR) par an. L’Angleterre et le Pays de Galles comptant quelque 300 hôpitaux publics, les centaines de millions de livres avancées seraient donc plausibles. L’Ecosse a son propre système de santé.
Problème : ce chiffre de 1 ML émanant d’un rapport incomplet est erroné, a affirmé l’hôpital de Newham.
En fait, selon cet hôpital londonien, "au cours des trois derniers mois, seuls 17 patients étrangers ont été identifiés comme n’ayant en théorie pas droit aux soins gratuits du NHS, ce qui représente un cinquième de 1% de nos activités, pour un coût de 32.000 livres" (46.000 euros).
Selon le président du Comité international de l’Association des médecins britanniques (BMA), le gouvernement prend en fait "un train en marche" : "certains ministères semblent régulièrement mettre ce phénomène en avant, en général quand ils veulent éviter qu’une autre histoire fasse la Une des journaux", a asséné Edwin Borman.
Dénonçant des chiffres "faux", Margaret Lally, directrice adjointe du Refugee Council, une association britannique de défense des réfugiés, a accusé le ministère de la Santé de "diaboliser" les étrangers et les demandeurs d’asile.
Sur la même longueur d’onde, le directeur adjoint de l’Institut pour la recherche en politique publique, un cercle de réflexion de centre-gauche, a également reproché au gouvernement de grossir un phénomène marginal. Ces mesures sont "motivées par des raisons politiques", sans que les problèmes réels soient identifiés, a accusé mardi Heaven Crawley.
"Nous ne connaissons pas l’étendue de ce phénomène, mais même s’il avait l’ampleur annoncée par le gouvernement, cela resterait une infime proportion du budget total du NHS", a-t-il insisté.
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