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Sénégal
Aide en direction des malades : les profiteurs du sida se portent bien
5 décembre 2003 (Wal Fadjri (Dakar))
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Le sida ne fait pas que tuer. Il fait vivre aussi les animateurs des innombrables Ong habiles à capter les financements des organismes internationaux, sous prétexte de lutter contre le « mal du siècle » en Afrique.
Entre deux quintes de toux, Marc K. peine à raconter son calvaire et celui de ses vingt autres camarades sidéens comme lui. Arrivés depuis trois jours à l’hôpital de Port Bouët, à Abidjan, en provenance de Yamoussoukro, la capitale ivoirienne située à 275km de là, ils continuent d’attendre les antirétroviraux que leur a promis une Ong. « Les responsables de l’Ong nous ont demandé de nous rendre ici où ils nous rejoindraient pour nous donner les médicaments, halète Marc. Ils nous ont établi des ordonnances et ont dit qu’ils iraient chercher des financements pour l’achat des produits ». Koné Issa, chargé de communication à Onusida à Abidjan, confirme : « Nous avons effectivement financé en partie cette Ong. Nous l’avons même aidée à trouver le complément de financement chez d’autres bailleurs, mais nous ne savons pas actuellement où sont ses responsables. » Le regard triste, les malades ne se font plus d’illusions : il ne leur reste qu’à retourner chez eux sans avoir été soignés. Ce qui rajoute à leurs souffrances physiques et morales.
« C’est encore des gens qui ont décidé de s’associer pour se faire un peu de sous sur le dos des malades du sida, analyse le docteur Michel Kouamé. Cela est bien fréquent ! ». Dans une thèse de doctorat en médecine soutenue en septembre 2003, Jean Oulaï affirme qu’en Côte d’Ivoire, « seules 35% des aides en direction des malades du Vih/sida arrivent réellement aux bénéficiaires, quand toute la subvention n’est pas détournée ! ».
Le phénomène semble identique dans d’autres pays d’Afrique. Lors d’une émission diffusée courant novembre sur la radio nationale du Bénin, des auditeurs ont ouvertement dénoncé la cupidité de nombre d’Ong pour qui la lutte contre le sida serait « une voie pour s’enrichir ». Ces dernières années, ces associations n’ont cessé de proliférer : en Côte d’Ivoire, on en dénombre officiellement 112, tandis qu’au Bénin, elles seraient près de 200 !
Dans presque tous les Etats africains, la propagande sur la lutte contre le sida, considéré à la fois comme un problème de santé publique et de développement, et l’apparente facilité de financement des projets dans ce domaine attisent les convoitises de bon nombre d’acteurs publics et privés. Partout, les Cnls (comité national de lutte contre le sida), Pnls (programme national de lutte contre le sida), Ppls (projet pluri-sectoriel de lutte contre le sida) et autres voient le jour, soutenus et financés à coups de milliards par les budgets des Etats et les contributions des organismes internationaux (coopérations française, canadienne, des Etats-Unis, Oms, Onusida, Unicef, etc.). Selon le rapport d’activité trimestriel publié fin mars 2003 par le ministère de l’Intérieur, la Côte d’Ivoire bénéficierait chaque année pour sa politique de lutte contre le Vih d’un montant total de subventions estimé à environ 3,5millions de dollars Us. A Madagascar, les évêques catholiques affirment, eux aussi, dans leur lettre du 18novembre dernier, que « la lutte contre le sida devient un prétexte pour gagner de grosses sommes », tout en s’insurgeant contre la politique de prévention reposant sur l’usage de la capote.
Certaines organisations de la société civile (Ong, associations, médias, etc.), partenaires des bailleurs ou des programmes, ont tôt fait de donner dans le discours dominant. Pour bénéficier des milliards de la coopération internationale, « il suffit de créer une association en veillant à y faire adhérer des agents de santé ou quelques étudiants en médecine et en sociologie », constate un agent d’une structure de lutte contre le sida au Bénin. « On élabore ensuite des projets portant, souvent, sur la distribution de préservatifs ou l’Iec [Ndlr : information, éducation, sensibilisation] qu’on soumet aux organismes publics nationaux ou directement aux bailleurs de fonds, continue-t-il. Avec la première tranche du financement, vous menez quelques actions que vous justifiez dans un rapport consistant, ce qui vous permet d’obtenir la seconde tranche. Ainsi, vous dépensez peu et économisez beaucoup ». L’attribution, sur fond de corruption, de marchés publics de communication sur le Vih à certaines sociétés au détriment d’autres plus compétentes, l’organisation inconsidérée de marches, caravanes et autres manifestations artistiques publicitaires engloutissent, chaque année, des dizaines de millions de francs Cfa. Parallèlement, le taux de prévalence du Vih ne cesse de grimper : au Bénin, il est passé de 0,3 % en 1990 à 4,1% en 2001. La Côte d’Ivoire, pour sa part, demeure le pays le plus touché d’Afrique de l’Ouest avec plus d’un million de malades déclarés. « L’hôtelier vit de l’hôtel », justifie Emile E., responsable d’une Ong de lutte contre le Vih. Les sidéens appellent « travailleurs du sida » ces personnes qui vivent de ce dont les autres meurent.
Forum de discussion: 1 Message
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Aide en direction des malades : les profiteurs du sida se portent bien
Je fais mien le contenu de l’article tout en déplorant comme l’auteur cette pratique avilissante et inhumaine.
Nous n’avons néanmoins pas le droit de regarder mourir nos malades sans rien y faire.jE voudrais inviter d’une part les organismes de subvention aux projets relatifs à la lutte contre le vih sida à mettre sur pied un observatoire de surveillance et de contrôle dans chacun des Etats bénéficiaires de ces subventions et, d’autre part les structures bénéficiaires au respect des principes sacro-saints relatif au respect de la vie humaine.Je voudrais inviter les organismes de subventions à redoubler de vigilance dans la selection des dossiers à eux soumis. Cela va dans l’intérêt de l’humanité.