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Russie
Test HIV et isolement pour toute prévention anti-sida dans les prisons russes
6 mai 2003 (AFP)
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Par Olga NEDBAEVA
SAINT-PETERSBOURG (Russie), 6 mai (AFP) - "Rien ne changera tant que nous, les séropositifs, ne commencerons pas à mourir en masse", déplore un détenu, Alexeï : à la prison Kresty de Saint-Pétersbourg, la prévention anti-sida se limite à un test de dépistage obligatoire et à l’isolement des détenus porteurs du virus.
Plus de 15% des 235.000 séropositifs officiellement enregistrés en Russie sont détenus dans des établissements généralement surpeuplés et insalubres, qui manquent cruellement de fonds pour prévenir la propagation du sida.
Selon le directeur de Kresty, Alexandre Jitenev, l’argent octroyé pour la lutte anti-sida "ne représente que 12 à 20% du minimum nécessaire".
Tous les détenus passent un test de dépistage obligatoire à l’entrée, mais les autorités pénitentiaires n’ont ni l’argent, ni les consignes pour le refaire à la sortie, souligne Viktor Sajine, du ministère de la Justice.
Pourtant la situation sanitaire est déplorable, reconnaît-il : plusieurs détenus se partagent souvent un rasoir et l’on manque de médicaments et de désinfectants.
Le système pénitentiaire est "un filtre révélateur de HIV : 60 à 70% des séropositifs découvrent l’être chez nous", se félicite M. Jitenev.
Il tourne en dérision les recommandations d’organisations internationales (distribution de seringues, recours à des professionnels de tatouage...).
"Il y a malheureusement de la drogue dans la prison, mais je suis catégoriquement contre l’échange de seringues (cela reviendrait à légitimer la drogue) et la distribution de préservatifs (il n’y a pas beaucoup d’homosexuels)", déclare-t-il.
Pour réduire les risques, les séropositifs sont isolés.
"Il est dangereux de les mettre dans les cellules ordinaires, cela provoque des bagarres", affirme M. Jitenev.
"Nous ne recevons aucune aide spécialisée", se plaint Alexeï, 39 ans.
Ses voisins de cellule Andreï, 33 ans, et un autre Alexeï, 28 ans, se sont composé un dossier-sida avec des articles trouvés dans la presse et sur l’internet, apportés par leurs parents. Aucune brochure ne leur a été remise en détention.
Hors de la prison, la situation n’est guère meilleure.
Les chiffres officiels sont en baisse à Saint-Pétersbourg (5.500 nouveaux cas de séropositivité en 2002 contre 10.000 en 2001), mais les médecins ne se font guère d’illusions. Selon eux, cette diminution serait liée à la réduction du nombre de toxicomanes qui passent un test de dépistage.
"La population est mal informée, la télévision ne parle pas de sida. Il est pratiquement impossible de faire passer le message de prévention dans les écoles parce que de nombreux parents accusent les instituteurs de pervertir leurs enfants", explique Galina Volkova, responsable du centre épidémiologique de Saint-Pétersbourg.
Même parmi les groupes à risque, la connaissance du problème est approximative, souligne Anna Mazour, psychologue travaillant dans un bus d’échange de seringues avec l’ONG française Médecins du Monde.
Certaines prostituées interrogées dans ce bus avouent se passer de préservatifs si on leur offre "plus d’argent" ou avec des "clients sûrs".
La transmission du virus HIV par la voie sexuelle est cependant en hausse (9% du total des cas en 2002 contre 2,5% en 2001), selon Mme Volkova.
Alexeï Iakovlev, directeur de l’hôpital Botkine de Saint-Pétersbourg où sont soignés des séropositifs et qui va bientôt ouvrir un centre de prévention du sida, estime cependant que les programmes de diminution de risques ne changeront pas grand-chose.
"Ce n’est pas un préservatif ou une seringue propre qui vont résoudre le problème. Les critères du bien et du mal n’ont pas changé en 2000 ans. Il faut promouvoir un comportement moral", conclut-il.