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Emission du 25 avril 1998
25 avril 1998 (survivreausida.net)
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Retrouvez la chronique juridique de Mounir Chikhaoui la semaine prochaine...
Interview de Nabil Azouz : les associations de lutte contre le sida sont-elles capables de prendre en compte les nouvelles réalités du sida ? (durée : 12:00)
De l’inégalité dans la lutte contre le sida (durée : 6:00)
par Nabil AZOUZ
Nous ne cessons d’entendre ou de lire ici ou là que le Sida recule en Europe. Tant mieux et c’est notre plus grand souhait.
Le docteur David D. HO, chercheur à l’Université Rockefeller de New-York, va même jusqu’à avancer que grâce à ses recherches il a pu faire disparaître toute trace de présence du virus chez les séropositifs (voir Libération du 7 mai 1997). On croyait rêver. D’autres disaient sans retenue aucune que désormais "une page de l’histoire de l’épidémie du Sida est définitivement tournée" (Daniel Vittecoq, Le Monde du 26 Novembre 1997). Dans ce même quotidien du 2 Novembre, nous avons également lu le point de vue de Muriel Gajewska, psychothérapeute, qui écrivait que "depuis quinze ans, on accompagne les patients dans leur long cheminement vers la mort. Aujourd’hui, la question à l’ordre du jour, c’est plus que jamais de les accompagner vers la vie".
Le pire c’est qu’à première vue toutes ces assertions sont vraies et même irréfutables. Il va sans dire que ces vérités, ne concernent que les pays occidentaux. Effectivement, pour la France, par exemple, le nombre de personnes touchées par le Sida chaque année est passé de 5631 cas en 1994 à 3043 cas déclarés en 1996. Ce qui n’est pas le cas des pays du Tiers-Monde où le nombre de malades du Sida ne cesse d’augmenter d’une façon alarmante, avec l’Afrique qui à elle seule et avec ses 14 millions de personnes vivant avec le VIH représente 63% des cas mondiaux (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du 31 décembre 1996).
La disparité est criante entre pays riches et pays pauvres. Mais en regardant de plus prêt, on se rend compte qu’on est toujours le pauvre de quelqu’un.
Effectivement, si en France le Sida tend à reculer ou plutôt à se stabiliser, ce constat est vite mis à mal en scrutant ces chiffres de plus près. Et très vite apparait une évidence : la France porte en elle son Tiers-Monde, représenté par les étrangers ou les ressortissants d’origine étrangère qui y vivent. Et c’est à ce niveau là que nous parlons d’indécence face aux cris de joie de certains, qui nous le redisons sont de personnes sincères qui cherchent à faire barrage aux ravages du Sida.
Commençons par les chiffres. Mais j’entend déjà les frileux et les sceptiques protester qu’on risque d’ennuyer les lecteurs, ou plutôt de stigmatiser ces populations en permettant au Front National et à tous les racistes de sortir leurs griffes maculées de haine.
Notre souci premier c’est de briser le silence et démontrer à ceux qui se cachent derrière ces arguments fallacieux que leur politique est mauvaise et qu’ils sont quelque part responsables de cette situation.
Les chiffres sont extraits des publications dites semi-confidentielles du R.N.S.P : Réseau National de Santé Publique.
Au 30 septembre 1996, le nombre de cas d’étrangers résidant en France et atteints du Sida, s’élevait à 5896 cas, soit 13,8% de la population totale atteinte de Sida en France. Les Maghrébins représentent 1385 cas répartis entre 978 cas pour les algériens, 336 cas pour les marocains et 162 cas pour les tunisiens. Soit au total 23,5% des cas de Sida déclarés chez les étrangers.
Les immigrés d’Afrique sub-saharienne enregistrent 1773 cas de Sida déclarés répartis entre 1034 cas pour ceux originaires d’Afrique centrale et 636 cas pour les originaires d’Afrique de l’ouest, soit au total 30,1% des étrangers touchés par le Sida.
Les étrangers originaires d’Amérique (à savoir Haïti, Etats-Unis, Brésil...etc.) d’Asie (Chine, Vietnam, Pakistan...etc.) et d’Europe (Espagne, Portugal, Italie...etc.) représentent respectivement 1306 cas, 247 cas et 1170 cas.
Au 30 septembre 1997, le chiffre total des cas d’étrangers atteints du Sida en France a augmenté de presque 10%, passant de 5896 cas en 1996 à 6418 cas en 1997 ; ce qui est à contre courant de l’évolution générale qui, elle, tend vers la baisse et suscite l’optimisme un peu hâtif de nos amis.
Autre chiffre alarmant, et tans pis pour ceux qui sont allergiques aux statistiques : en 1997, 42% de ces étrangers ne découvrent leur séropositivité qu’à l’apparition de la première affection opportuniste.
Nous pouvons facilement extrapoler et appliquer la même tendance aux français d’origine immigrée. Car ces derniers, quoi qu’ils fassent ou quoi qu’ils disent, seront toujours brutalement renvoyés à leur immigritude puisqu’ils sont en quelque sorte assignés à résidence identitaire perpétuelle.
A notre avis, la situation de ces laissés pour compte est due prioritairement à leur statut social ; discriminés de ce fait par l’inégalité d’accès aux soins, à l’emploi, à l’éducation, au logement, à la culture...etc.
Qui a dit que la lutte des Classes était désuète, ou un combat d’arrière garde pour des marxistes nostalgiques ?.
Concernant l’accès aux soins, deux autres chiffres alarmants sont pour nous très révélateurs de la condition des immigrés ou ceux d’origine immigrée en France : 62% des consultants des centres de soins gratuits sont immigrés ou d’origine étrangère, et 77% d’entre eux n’ont aucune protection sociale (Chiffres révélés le 20 février 1997, par la publication du rapport du Haut Comité de la Santé Publique).
Autre inégalité frappante révélée par l’association Aides dans son rapport sur l’opération Cap Prévention de 1997, c’est que sur 156 personnes immigrées ou d’origine immigrée qui se sont adressés à un CDAG (Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit) 59% d’entre-elles n’ont pas eu droit à un entretien, pourtant obligatoire avant et après chaque test.
Etant donné les sommes colossales réservées par les pouvoirs publics à la prévention, nous sommes en droit de nous dire que quelque chose ne tourne pas rond dans le pays des droits de l’homme.
Alors de grâce, arrêtons de crier trop vite victoire et d’annoncer à tout bout de champ que le Sida recule et qu’il est presque vaincu.
Non Messieurs, l’inégalité est encore à l’ordre du jours, et le Sida tue encore.
