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Une équipe américaine a identifié le facteur de protection naturelle contre le virus du sida
27 septembre 2002 (Le Monde)
PARIS, 27 septembre 2002 (Le Monde)
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Pourquoi, bien qu’infectés par le virus du sida, certains individus apparaissent-ils protégés contre la multiplication du virus et le développement de la maladie ? Connu depuis une dizaine d’années, ce phénomène, un des plus surprenants dans l’histoire de l’infection par le VIH, vient de recevoir une explication. L’équipe de David Ho (Centre de recherche sur le sida Aaron Diamond, New York) publie dans l’hebdomadaire Science du 26 septembre un article où elle relate avoir identifié le facteur protecteur. Il s’agit, en l’occurrence, d’un groupe de protéines, déjà connues par ailleurs, baptisées les alpha-défensines. "La découverte est d’autant plus intéressante, estime le professeur Michel Kazatchkine, président de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), qu’elle soulève évidemment l’espoir qu’il serait possible de mettre au point dans l’avenir un médicament reproduisant les effets de ce facteur de protection naturelle."
L’exemple le plus célèbre du phénomène des long term non progressors, ou progresseurs lents, est celui d’un groupe de prostituées kényanes séropositives, exposées de manière répétée au virus du sida mais qui ne développent pas la maladie. Leur taux de lymphocytes CD4 reste élevé (alors que ces cellules imunitaires sont normalement détruites par le virus) et leur charge virale (le nombre de copies du virus dans le sang) demeure basse.
Le cas de ces femmes, qui représentaient 5 % d’une cohorte de prostituées de ce pays, a fait soupçonner l’existence d’un facteur de protection immunitaire naturelle, présent de manière vraisemblablement héréditaire.
UN RÔLE ESSENTIEL
Par ailleurs, l’équipe de Jay Levy (université de Californie, San Francisco) avait mis en évidence dès 1986 le CD8 antiviral factor (CAF ou facteur antiviral des CD8), une molécule diffusible sécrétée, chez certains individus infectés par le VIH-1, par les lymphocytes CD8 stimulés. Les lymphocytes CD8 jouent un rôle essentiel dans le contrôle de la réplication du VIH-1. Stimulés par les lymphocytes CD4, les CD8 deviennent des cellules tueuses qui détruisent les cellules infectées (action cytotoxique). Parallèlement à ce mécanisme, les lymphocytes CD8 sécrètent également des facteurs solubles capables d’inhiber in vitro la réplication du VIH-1, les CAF. Ce facteur est présent en abondance chez les progresseurs lents, mais rarement détecté chez les séropositifs ayant une déficience immunitaire. Malgré des efforts soutenus des chercheurs, le mécanisme d’action précis du CAF demeurait inconnu.
En 1995 a été montrée la sécrétion par les lymphocytes CD8 stimulés de plusieurs bêta-chimiokines. Ces molécules étaient capables de bloquer in vitro l’infection par le VIH-1, mais seulement pour ceux des virus utilisant l’un des deux corécepteurs permettant l’infection des lymphocytes CD4. Au contraire, le CAF est capable d’inhiber les deux types de VIH-1. L’action des bêta-chimiokines n’expliquait donc pas à elle seule l’action du CAF.
L’équipe de David Ho s’est intéressée à une série de progresseurs lents produisant beaucoup de CAF. Des échantillons des sécrétions de lymphocytes CD8 de trois de ces patients, ainsi que de celles de 4 progresseurs et de 15 sujets contrôles non infectés, ont été analysés par une technologie faisant appel à des puces. Cela a permis de mettre en évidence un groupe de protéines sécrétées lorsque les lymphocytes CD8 des séropositifs progresseurs lents étaient stimulés.
Grâce aux techniques de séquençage des acides aminés et de reconnaissance spécifique par des anticorps, leur séquence a été identifiée comme étant celle des alpha-défensines-1, 2 et 3. "Nous savions que les alpha-défensines étaient sécrétées par les polynucléaires neutrophiles et qu’elles avaient une activité antibactérienne en s’attaquant à la membrane des bactéries, rappelle le professeur Kazatchkine. Quelques publications avaient fait état d’une activité contre le virus de l’herpès, mais rien encore contre le VIH."
L’équipe de David Ho rapporte que des préparations synthétiques et purifiées d’alpha-défensines ont permis d’inhiber in vitro la réplication du VIH-1. "Pris dans leur ensemble, nos résultats indiquent que les alpha-défensines-1, 2 et 3 permettent collectivement d’expliquer l’activité anti-VIH-1 du CAF, qui n’est pas attribuable aux bêta-chimiokines.", conclut-elle.
Paul Benkimoun