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Une forme d’"apartheid" pour la protection sociale
27 avril 2002 (Le Monde)
PARIS, 27 avril 2002 (Le Monde)
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Les droits des étrangers pour la retraite et la santé seraient gérés par des caisses spéciales.
Famille, retraite, assurance-maladie : la"préférence nationale", ce principe doit, pour l’extrême droite, s’appliquer à la protection sociale. Le mouvement de Jean-Marie Le Pen est partisan de confier la gestion des "droits sociaux des étrangers" à des caisses particulières. La protection sociale serait ainsi - et très officiellement - à plusieurs vitesses, selon la nationalité de ses bénéficiaires, leur relative richesse ou pauvreté.
La Sécurité sociale entrerait en concurrence avec le privé (mutuelles ou assurances) pour le "petit risque". Prudent sur les retraites, le FN se pose en défenseur du régime par répartition et de la "liberté de choix" des assurés. Mais il ne dit quasiment rien du financement de la protection sociale, tout en prévoyant des allègements massifs de charges sociales et une réduction des dépenses sociales de 38 milliards d’euros sur dix ans.
La formation d’extrême droite, qui s’alarme de l’"hiver démographique français", de la "dérive des m[oe]urs" et de la "crise de l’institution familiale", la famille française serait, depuis trois décennies, "la cible de toutes les attaques". Il y aurait donc urgence à se pencher sur elle, ce que fait le FN dans une optique nataliste. Entre autres mesures, il prévoit un "statut de la mère de famille", qui sonne comme une invitation au retour des femmes à la maison, et la création d’un "revenu parental d’éducation". Equivalant à 1,5 fois le smic, il serait versé jusqu’aux 18 ans révolus du dernier enfant pour les familles d’au moins trois enfants. Son financement n’est pas précisé, pas plus que celui du "statut de la mère de famille", dont on ne sait à qui il s’adresse.
ASSURANCE-MALADIE UNIQUE
En France, le taux d’activité des femmes n’a cessé d’augmenter : en mars 2000, il était de 48,1 % en moyenne et frisait 80 % chez celles âgées de 25 à 49 ans, qui sont aussi mères de famille. Par ailleurs, les allocations familiales, censées couvrir "les deux tiers du coût de l’enfant", seraient "réservées aux familles françaises". Enfin, le "suffrage universel intégral" permettrait aux familles nombreuses de peser "de leur juste poids dans les décisions collectives", les parents pouvant exercer les droits civiques en lieu et place de leurs enfants mineurs.
Dans un chapitre intitulé "Fraternité", le FN propose la création d’"une caisse autonome d’assurance-vieillesse pour les ressortissants étrangers, alimentée par eux seuls". Pour les autres, il préconise une "harmonisation progressive" des différents régimes de base et suggère d’en confier la gestion à l’Etat. La création de régimes complémentaires professionnels d’épargne-retraite serait favorisée. Chaque Français "fixera librement" l’âge de sa retraite "sans pénalisation financière". Les aides seraient réservées aux "nationaux", et une "allocation de solidarité nationale personnalisée" remplacerait le RMI.
Une assurance-maladie unique se substituerait aux différents régimes existants. Le "gros risque" (affections de longue durée) serait pris en charge par un organisme placé sous la tutelle de l’Etat. Pour le "petit risque", qui peut coûter cher, le libre choix de l’assuré primerait. Par ailleurs, le FN propose d’appliquer "la préférence nationale dans l’attribution des diplômes médicaux, le recrutement hospitalier et le droit d’établissement". A l’heure actuelle, les hôpitaux français auraient les plus grandes difficultés à fonctionner sans la présence de nombreux praticiens étrangers mal payés. Enfin, l’extrême droite propose "un dépistage national systématique du sida" et "le rétablissement du contrôle sanitaire" aux frontières.
Claire Guélaud