Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 2002 > 02 >
Vacances thérapeutiques
L’interruption thérapeutique : l’autre arme contre le virus du sida
28 février 2002 (AFP)
SEATTLE (Etats-Unis), 28 février 2002 (AFP)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Par Francis TEMMAN
Les stratégies d’interruptions de traitements des patients infectés par le virus du sida semblent offrir d’importants avantages, tant sur le plan des effets sur la réponse immunitaire et du bien-être des patients que d’un point de vue purement économique.
Cette nouvelle approche, encore au stade des balbutiements, a figuré au coeur des travaux des 3.600 chercheurs et cliniciens de 59 pays réunis de la 9ème conférence annuelle sur les rétrovirus qui s’est achevée jeudi à Seattle (Etat de Washington, nord ouest).
La mortalité liée au sida a sensiblement diminué depuis cinq ans, grâce aux médicaments antirétroviraux qui permettent de réduire la présence du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) dans l’organisme à des niveaux indétectables.
"On s’est aperçu chez les patients qui interrompaient leur traitement pour des raisons d’intolérance ou pour cause de mauvais suivi que le virus repartait tout de suite", explique, dans un entretien à l’AFP, le Pr Brigitte Autran, immunologue à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.
Car le VIH ne disparaît jamais complètement. Tel un "cheval de Troie", il est capable de se réfugier dans des réservoirs tissulaires inaccessibles. Il faut donc maintenir les traitements à vie.
L’idée a alors germé d’utiliser ces arrêts et reprises de traitement pour tenter de stimuler la réponse du système immunitaire et la production d’anticorps spécifiques du VIH. En permettant ainsi une "resensibilisation" du système immunitaire au virus, les chercheurs espéraient pouvoir créer une sorte d’"autovaccination" contre le virus.
Des études lancées à la fin des années 90 ont montré cependant que, si l’organisme parvenait bien à reconstituer ses défenses immunitaires après l’interruption, le virus du sida, trop pathogène, l’emportait et finissait par casser le système immunitaire des malades.
"Cette hypothèse d’autovaccination ne tient donc plus la route", reconnaît le Pr Autran, une pionnière des travaux dans ce domaine.
Toutefois, expliquent les chercheurs, deux autres raisons justifient qu’on continue d’explorer cette voie.
La première est le coût actuel des traitements, environ 12.000 dollars par personne et par an, ce qui les met hors de prix pour les finances des pays en développement, avance Bernard Hirschel, qui travaille sur cette question à l’Hôpital universitaire de Genève.
"Si un pays comme le Zimbabwe, fort de 12 millions d’habitants, devait traiter tous ses séropositifs, soit 1,5 million de personnes, cela coûterait 18 milliards de dollars par an, soit trois fois le produit national brut (PNB) du pays!", explique-t-il.
La seconde raison est la toxicité des cocktails d’antirétroviraux. "Il faut aujourd’hui traiter les malades à vie. De toute façon, on est obligé d’interrompre ces traitements parce qu’ils sont très toxiques. Les patients qui les prennent depuis cinq ou six ans présentent des complications métaboliques telles qu’il faut arrêter à un moment ou à un autre", précise le Pr Autran.
Les effets secondaires affectent considérablement le bien-être des patients : nausées, réactions allergiques, complications cardiaques, hausse du taux de cholestérol, accumulation de graisses, etc.
Avec l’arrivée des premiers prototypes de vaccin antisida, les chercheurs doublent désormais les interruptions de traitement d’injections vaccinales durant les pauses.
De nombreuses études cliniques sont en cours pour déterminer la "fenêtre idéale" de ces stratégies d’interruptions thérapeutiques.
"On entre dans une nouvelle période de stratégie de traitements, un peu comme dans les polychimiothérapies du cancer, où l’on utilisera une combinaison de vaccins et d’antirétroviraux avec des doses de plus en plus massives mais sur des périodes de temps relativement courtes", pense le Pr Autran.
Les premiers résultats de ces études de "bombardement du VIH" devraient être connus dans le courant de l’année.