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Médicaments antisida : l’année des "inhibiteurs d’entrée"
25 février 2002 (AFP)
SEATTLE (Etats-Unis), 25 février 2002 (AFP)
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Par Francis TEMMAN
De nouveaux agents antirétroviraux en cours d’étude, les "inhibiteurs d’entrée", destinés au traitement des patients infectés par le virus du sida, redonnent un certain espoir aux chercheurs.
Plusieurs équipes parmi les 3.600 spécialistes de 59 pays réunis à Seattle (Etat de Washington), à l’occasion de la 9ème conférence sur les rétrovirus, ont présenté lundi des résultats préliminaires encourageants concernant cette nouvelle classe de médicaments prometteurs qui devraient arriver sur le marché au cours des toutes prochaines années.
Il existe aujourd’hui une quinzaine de médicaments anti-sida utilisés généralement en combinaison dans le cadre de multithérapies. Ils visent à réduire la charge virale dans l’organisme et à prolonger ainsi la vie des malades.
Mais leurs effets ne durent pas. Le VIH est un rétrovirus qui a besoin, pour se reproduire, de "pirater" les cellules du système immunitaire (lymphocytes T4). Et, parfois, il commet des erreurs dans la réplication de son ADN. Il ne cesse donc de muter, ce qui diminue l’efficacité des médicaments.
Aux Etats-Unis, 10% des malades sont déjà résistants aux agents antirétroviraux actuels.
Ces derniers, jusqu’à présent, n’agissaient qu’une fois le virus entré dans les cellules. Or les chercheurs travaillent maintenant à la mise au point de nouvelles molécules destinées à l’attaquer avant même qu’il n’infecte les cellules, d’où leur nom d’"inhibiteurs d’entrée".
Cette nouvelle classe de médicaments est très prometteuse, estime Robert Schooley, chercheur à l’Université du Colorado.
"Cette année restera celle des inhibiteurs d’entrée car c’est la première fois que nous avons autant de nouveaux composés qui rendent plus difficile l’entrée du virus dans la cellule. C’est tout à fait encourageant", affirme-t-il, dans un entretien à l’AFP.
La première "poignée" utilisée par le VIH pour s’accrocher est un récepteur situé sur la membrane des lymphocytes T4, baptisé CD4. La seconde est un co-récepteur, le CCR5. Enfin intervient la phase de "poussée" au cours de laquelle le virus "fusionne" sa membrane avec celle de la cellule, avant de s’y introduire : le fameux "baiser de la mort".
L’approche consiste donc à bloquer ces "poignées" en y accrochant des molécules de synthèse. Incapable de s’y fixer, le VIH ne peut alors plus se multiplier.
Le premier médicament de cette nouvelle classe est le T-20, qui a déjà montré lors d’essais cliniques une activité antirétrovirale importante. Cette peptide (longue protéine), développée par les firmes Trimeris et Roche, agit lors de la phase ultime d’entrée, d’où son nom d’"inhibiteur de fusion".
D’autres laboratoires pharmaceutiques travaillent activement sur d’autres inhibiteurs susceptibles d’agir encore davantage en amont.
Ainsi, Schering-Plough a développé le "SCH C", un médicament à prise orale qui bloque le récepteur CCR5, empêchant le VIH de s’accrocher.
Une étude clinique de tolérance pharmacologique du SCH C réalisée aux Etats-Unis et en France sur 12 patients a déjà mis en évidence une diminution remarquable de la charge virale au bout de trois jours, a indiqué l’un des chercheurs de Schering-Plough, Mark Laughlin.
Un autre inhibiteur d’entrée à prise orale, développé par des chercheurs de la firme Bristol-Myers Squibb, bloque cette fois l’interaction entre la protéine gp120 à la surface du VIH et le récepteur CD4. "Les autres inhibiteurs bloquent les autres étapes de l’entrée. Nous, nous bloquons la première", souligne Richard Colonno.
Cet agent (sans nom pour l’instant) a montré des résultats encourageants in vitro mais n’a pas encore été testé chez l’homme.