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Christian Saout
Prévention du SIDA : « 2001, l’année des dupes », selon AIDES
13 novembre 2001 (Quotidien du Médecin)
PARIS, 13 novembre 2001 (Quotidien du Médecin)
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Un entretien avec Christian Saout
« Il n’y a pas d’engagement politique public sur la prévention du SIDA », considère le président d’AIDES, Christian Saout, dans un entretien avec « le Quotidien », alors que les 14es Assises d’AIDES ouvrent aujourd’hui à Nîmes (Hérault). AIDES milite pour « le préservatif féminin à un franc, voire remboursé par la Sécurité sociale, comme la pilule. » Par ailleurs, l’association de lutte contre le SIDA appelle au boycott des produits pharmaceutiques Roche.
LE QUOTIDIEN - Alors que s’ouvrent les 14es Assises nationales d’AIDES, quelles sont les préoccupations majeures de l’association ?
CHRISTIAN SAOUT - Nous avons besoin, dans le cadre de la lutte contre le SIDA, de bonnes lois et de politiques publiques qui aient le courage de faire des choix. La loi qui a été présentée devant le Parlement et qui se propose de consacrer le droit des malades est utile car elle affirme le droit d’accès aux soins. Mais elle devrait traiter, avec autant de détermination, du droit à la prévention. Trop souvent, les actions de prévention du SIDA sont interdites de séjour. Les équipes d’AIDES se sont déjà vu opposer des fins de non-recevoir par diverses autorités publiques. Cette année même, au Port autonome de Marseille, par exemple. Je réclame de bonnes lois, c’est-à-dire des lois bien faites, mais encore bien appliquées. Ce qui n’est pas le cas pour la loi RESEDA pour les malades étrangers. On maintient des étrangers malades dans des situations de non-droit qui leur enlèvent toute chance d’accéder aux soins dans une égalité de dignité avec nos concitoyens.
Parlons de la loi pénitentiaire en préparation. En prison, le droit aux soins et à la prévention est loin d’être effectif. Quand il y a des préservatifs, le gel lubrifiant est absent. Et que l’on cesse de faire appeler les gens par haut-parleur à l’heure de la permanence médicale dédiée au SIDA. Enfin, quand j’évoque la loi, j’évoque aussi ceux que nous voudrions stigmatiser comme des hors-la-loi.
A quoi pensez-vous ?
Nous n’avons pas le T 20, cette fameuse molécule qui permettrait à ceux qui sont en échec thérapeutique de continuer à vivre. Nous donnons l’alerte depuis deux ans. Notre stratégie d’échanges avec les Produits Roche, fabricants du T 20, est en échec. A AIDES, nous rencontrons des personnes désespérées de voir qu’un produit existe, mais que des réalités commerciales font prévaloir la sauvegarde des intérêts des actionnaires des laboratoires pharmaceutiques avant la préservation de la vie. Nous appelons donc aujourd’hui au boycott des produits Roche, en lançant très officiellement une campagne de boycott de ces produits par voie d’affiches diffusées en France.
Vous demandez par ailleurs aux pouvoirs publics de faire preuve de courage politique. Quelles actions attendez-vous de leur part ?
L’épidémie de SIDA repart. Nous le pressentions et des indicateurs le confirment : baisse de la vente des préservatifs, augmentation des MST. Les personnes se protègent moins ou ne se protègent pas du tout. Et face à cela, Il n’y a pas d’engagement politique public sur la prévention du SIDA. En matière de prévention, l’année 2001 mérite le titre d’année des dupes. Cette année, pour la première fois, un gouvernement a censuré une campagne de prévention. L’Etat n’aurait pas à s’occuper de l’intime. La lutte contre l’épidémie commence par des campagnes de communication généralistes, assorties de messages ciblés en direction de certains groupes et d’un soutien aux équipes de terrain. Actuellement, il faut monter des programmes de prévention en direction des femmes. Elles sont les plus touchées par l’épidémie. L’idée, véhiculée dans les années soixante-dix, du droit des femmes à disposer librement de leur corps, est à nouveau d’actualité : il faut offrir aux femmes qui se font imposer un rapport sexuel non protégé une parité de prévention, en leur permettant de trouver facilement un préservatif féminin à un franc, voire un préservatif féminin remboursé, comme la pilule, par la Sécurité sociale.
Propos recueillis par Anne-Marie GAUDIN