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L’OMS réduit au silence son expert menacé de mort
25 août 2001 (Tribune de Genève)
GENÈVE, 25 août 2001 (Tribune de Genève)
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ANDRE ALLEMAND
SIDA - Face à l’industrie pharmaceutique, l’agence adopte un profil bas.
« Je ne nie pas, je ne confirme pas. » Porte-parole de l’OMS, Gregory Hartl a visiblement reçu pour consigne de faire le black-out sur les agressions physiques et les menaces de mort dont le Dr German Velasquez est la cible depuis trois mois (lire nos éditions d’hier). Contacté par téléphone, ce dernier garde également le silence. Certainement pas par pudeur, puisqu’il n’exclut pas que les articles parus dans la presse internationale puissent contribuer à sa sécurité personnelle. Eloquent, ce mutisme trahit peut-être la relation ambiguë que l’Organisation mondiale de la santé entretient avec l’industrie pharmaceutique et révèle le rôle primordial joué par le haut fonctionnaire colombien dans la lutte internationale pour améliorer l’accès aux médicaments essentiels - notamment contre le sida.
Contourner l’OMC
Si German Velasquez n’avait jamais été à ce point molesté avant le 26 mai dernier à Rio de Janeiro, l’homme est depuis longtemps l’objet de tentatives d’intimidation. C’est qu’il est au centre d’un bras de fer qui oppose autant les pays riches aux régions en développement, que les multinationales de la pharmacie aux fabriquants de médicaments génériques (copies des médicaments originaux). Ses travaux ont un lien direct avec le fameux procès des 39 industriels contre l’Etat sud-africain ou encore avec l’actuel contentieux entre Roche et le Brésil, qui entend contourner les brevets sur les trithérapies.
En mai 1996, la 49e Assemblée mondiale de la Santé a en effet commandé un « rapport sur l’impact de l’activité de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) concernant les politiques pharmaceutiques nationales et les médicaments essentiels ». Economiste formé à la Sorbonne et auteur réputé de L’industrie du médicament et le tiers monde, German Velasquez s’est vu confier le mandat. Le Colombien a donc étudié à fond le très controversé « Accord sur les aspects de droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce » (abrégé en anglais : TRIPS).
Il en a conclu que ces règlements internationaux sont le fruit de négociations dominées par les pays riches et que les engagements vont parfois à l’encontre du développement économique et social des plus défavorisés. L’expert les encourage donc à exploiter pleinement les périodes de transition accordées avant l’entrée en vigueur de ces accords, mais aussi à explorer les exceptions autorisées par la règle : importations « parallèles » de médicaments brevetés vendus à un prix inférieur dans un autre pays, ou encore « licence obligatoire » permettant à un Etat d’autoriser, pour des raisons de santé publique, la production locale de génériques.
Porte-parole sèchement remis en place
Bref : le rapport explique au tiers monde comment défendre une politique de santé sans pour autant violer les accords de l’OMC. Surnommé le « livre rouge », ce document est immédiatement devenu l’ouvrage de référence. Et c’est avec cette bible sous le bras que German Velasquez parcourt les pays en développement. Ce qui ne plaît guère à l’oncle Sam. Dix-huit mois durant, la Mission étasunienne à Genève a empêché toute publication, prétextant l’incompétence du Colombien. Finalement un second volet a été ajouté, comprenant notamment les commentaires de l’industrie.
Dans ces conditions, la directrice générale de l’OMS a eu le mérite de ne pas désavouer son collaborateur. Cela dit, Gro Harlem Brundtland adopte un profil bas à chaque fois que sont critiquées les multinationales. Sans doute parce que la Norvégienne est la championne incontestée des alliances avec le secteur privé. Aventis Pharma, Boerhinger Ingelheim, Bristol-Myers Squib, GlaxoSmithKline, Hoffman-La Roche, Merck, Novartis, Pfizer... Toutes ces compagnies ont signé des partenariats avec l’agence onusienne, s’engageant à fournir des remèdes gratuitement ou à prix réduit.
L’OMS semble comme bâillonnée. En mars dernier, la directrice a sèchement remis en place son porte-parole, après qu’il a confirmé que l’Organisation avait aidé l’Etat sud-africain à concevoir la loi nationale contre laquelle 39 industriels déposaient plainte. (Cette contribution s’appelait German Velasquez.) De même aujourd’hui, l’OMS met la sourdine alors que les pays pauvres s’apprêtent à exiger de l’OMC, lors de la conférence ministérielle de novembre à Doha (Qatar), la réaffirmation des clauses d’urgence incluses dans les accords TRIPS.