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Agressions et menaces contre un responsable de l’OMS
22 août 2001 (Le Monde)
PARIS, 22 août 2001 (Le Monde)
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German Velasquez, l’un des meilleurs experts, et infatigable défenseur de l’accès des pays les moins riches aux traitements, a du être placé sous protection policière.
Cela aurait pu fournir la trame d’un roman à la John Le Carré, ou les premières pages du scénario d’un thriller. Malheureusement pour German Velasquez, un Colombien âgé de cinquante-trois ans, directeur du Programme d’action pour les médicaments essentiels à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les faits sont bien réels. Ils justifient la mise sous protection de son domicile, du côté français de la frontière avec la Suisse.
Le 26 mai, alors qu’il se trouve à Rio de Janeiro, dans le cadre de ses fonctions à l’OMS, il est attaqué dans la rue et dévalisé. Armé d’un couteau, son agresseur lui laisse en souvenir une plaie au bras de seize centimètres. Deux jours plus tard, German Velasquez se trouve à Miami, à la veille d’une réunion de l’OMS consacrée aux restructurations internes. Alors qu’il se promène, le soir, dans Lincoln Road, deux hommes l’agressent. Ils braquent un pistolet sur lui, le menacent de mort, et le frappent à coups de pied. En partant, l’un des deux malfrats lance : "On espère que tu as retenu la leçon de Rio. Arrête de critiquer l’industrie pharmaceutique !" German Velasquez signale aussitôt l’agression à la police de Miami, et informe le siège de l’OMS, à Genève, ainsi que les Nations unies à New York.
COUP DE TÉLÉPHONE ANONYME
Dix jours plus tard, un correspondant anonyme appelle German Velasquez à minuit à son domicile, et lui demande en anglais : "Tu as peur ?" Et lorsque le responsable de l’OMS demande à qui il a affaire, il s’entend répondre : "Miami, Lincoln Road." Le service de sécurité de l’OMS met alors immédiatement en place une protection. Parallèlement, les autorités judiciaires françaises sont alertées : le procureur de la République de Bourg-en-Bresse est saisi d’une plainte. L’ambassade de France à Genève intervient auprès du ministère de l’intérieur à Paris, qui autorise la mise sur écoute du téléphone de German Velasquez. Le 19juin, nouveau coup de téléphone anonyme. Cette fois-ci, le même homme avise explicitement le fonctionnaire de l’OMS de ne pas assister le lendemain à une réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où doit être débattue la question du droit à la santé et des droits de propriété intellectuelle sur les médicaments. German Velasquez y représentera malgré tout le Dr Gro Harlem Brundtland, directrice générale de l’OMS.
Survenant dans les mois qui ont suivi la défaite judiciaire de trente-neuf laboratoires pharmaceutiques face à l’Afrique du Sud, il apparaît clairement que les menaces proférées contre German Velasquez ne sont pas le fruit du hasard. Titulaire d’un doctorat en économie obtenu à la Sorbonne, le Colombien est l’un des meilleurs experts, et un infatigable défenseur de l’accès des pays les moins riches aux traitements.
Il a en particulier rédigé, avec Pascale Boulet, une brochure pour l’OMS intitulée "Mondialisation et accès aux médicaments", dans laquelle est disséqué l’accord sur les Aspects du droit de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC, également connu sous le sigle Trips). Les auteurs y signalent en particulier les brèches que peuvent constituer, pour les pays en voie de développement, deux dispositions de cet accord : les licences obligatoires et les importations parallèles.
INSTRUCTION OUVERTE
La direction de l’OMS a subi de nombreuses pressions, américaines notamment, pour que cette brochure ne soit pas diffusée et pour que l’économiste colombien soit renvoyé, mais elle a tenu bon. De plus, German Velasquez passe pour avoir aidé le gouvernement sud-africain dans l’élaboration de la loi sur les médicaments que les multinationales ont tenté en vain de bloquer. En tout cas, on confirme auprès des autorités judiciaires françaises qu’une instruction a été ouverte au début du mois de juillet.
Paul Benkimoun