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Interview de David HO (Précurseur des trithérapies)
12 juillet 2001 (Correio Braziliense)
BUENOS AIRES, 12 juillet 2001 (Correio Braziliense)
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David Ho, l’inventeur du cocktail anti-sida affirme que le taux de contamination par des virus résistants est de l’ordre de 10% aux Etats-Unis. [Il dit aussi que] si les brevets sont cassés, les entreprises pharmaceutiques vont abandonner la recherche sur le sida.
par Rodrigo Caetano
Buenos Aires - (...) Ce n’est pas pour rien que David Ho a découvert en 1995 que le virus actuel le plus craint, le VIH, commençait à se multiplier dés qu’il pénétrait dans le corps humain. Il a alors décidé de fournir à quelques malades du sida une combinaison de médicaments qui a pris le nom de cocktail anti-rétroviral. Des milliers de vie ont été sauvées et prolongées par cette découverte qui a donné en 1996 à ce chercheur chinois, naturalisé nord-américain, le titre de l’homme de l’année par la revue Time. Ho lamente le taux de contamination élevé par des virus résistants et craint que les laboratoires pharmaceutiques ne cessent d’investir dans la lutte contre la maladie à cause de la menace de rupture de brevets par des pays comme le Brésil (...). Agé de 49 ans, il est aujourd’hui le directeur exécutif du Centre de Recherche sur le Sida Aaron Diamond, poste qu’il occupe depuis 1990, et il est aussi professeur titulaire de l’Université de Rockfeller (..). Il fait aussi partie du conseil éditorial de 18 revues et publie dans plus de 250 revues scientifiques. David Ho a bavardé avec l’équipe du Correio Braziliense sur le futur de l’épidémie dans le monde durant la 1ère Conférence de la Société internationale du sida qui s’est tenue à Buenos Aires, en Argentine, entre le 8 et le 11 juillet derniers.
Correio - Quelques personnes considèrent le sida comme une maladie chronique, comme, par exemple, le diabète. Ils confient dans la survie obtenue par le cocktail anti-sida et se relâchent lorsqu’ils doivent prendre les médicaments. Est-ce que cela n’est pas dangereux ?
David Ho - Le comportement humain doit absolument changer. Tant du côté sexuel que de celui de la prévention du virus VIH. Les patients doivent prendre sérieusement leurs médicaments. Leur vie est en jeu.
Correio - Vous croyez dans une cure du sida ?
David Ho - Nous devons continuer à lutter pour cela. Nous n’avons pas de cure aujourd’hui et j’ignore si nous en aurons jamais une. Nous devons espérer et continuer à investir dans la recherche pour trouver de nouveaux médicaments.
Correio - Vous avez toujours défendu le traitement intensif des patients, y compris de ceux qui n’avaient pas encore développé la maladie. Vous avez toujours la même opinion ?
David Ho - Certainement. Ce qui est en train de changer est quand on doit commencer à traiter le patient. On recommande actuellement de commencer plus tard car, avec le temps et l’utilisation prolongée des drogues, de graves effets collatéraux surviennent, comme la dystrophie musculaire, par exemple. Mais nous sommes de toute manière obligés de choisir une méthode : si le patient doit prendre le médicament plus tôt et faire face aux effets collatéraux ou s’il attend pour commencer le traitement et doit alors faire face aux dégâts dans son système immunitaire. Il n’y a pas aucun consensus là-dessus.
Correio - Quel est le plus grand défi auquel la thérapie avec le cocktail doit faire face ?
David HO - S’il était possible d’en citer seulement un, ce serait l’adhésion du patient au traitement. Mais en regardant le problème d’une manière scientifique, nous [voyons que nous] ne sommes pas encore capables de combattre le virus à 100 %. Le VIH peut résister dans le corps humain et créer des mécanismes pour le duper et résister aux médicaments actuels.
Correio - Quel est le traitement le plus efficace aujourd’hui ?
David HO - J’ai l’habitude de très bien traiter le patient en associant plusieurs drogues spécifiques du cocktail. Je me compromets à bien traiter le patient parce que le meilleur tir est toujours le premier. Mais il y a encore de nombreux problèmes à résoudre. Faire en sorte que le patient prenne sérieusement son traitement est l’une des actions les plus efficaces.
Correio - Le surgissement de nouveaux virus résistants effraye déjà les Etats-Unis. Cela peut-il aussi arriver en Amérique latine ?
David HO - Aux Etats-Unis et en Europe, de 5 à 10 % des nouveaux cas enregistrés sont dus à une infection par des virus résistants. Et l’on observe aussi une prévalence majeure de virus résistants aux médicaments chez des individus infectés récemment. Là où le cocktail anti-rétroviral n’est pas utilisé de manière correcte, les problèmes seront majeurs. C’est le cas en Amérique latine et en Asie. Mais si la population n’adhère pas de manière correcte au traitement, la résistance aux médicaments va alors augmenter.
Correio - Comment analysez-vous la bagarre autour des brevets, la guerre entre le Brésil et les USA ?
David HO - Tous les pays doivent faire ce qu’il faut pour traiter leurs patients. L’attitude des USA et de l’Europe est en train de changer. Eux - qui étaient toujours concentrés et intéressés dans leur propre argent - se sentent actuellement menacés et luttent contre les positions du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du sud. La bagarre est déclarée.
Correio - Le Brésil a raison ?
David HO - Je pense que la stratégie brésilienne de fabriquer ses propres médicaments est très bonne. Ainsi, le pays peut offrir un système d’accès aux drogues plus équitable.
Correio - Et pour l’Afrique ?
David HO - Il faut prendre les médicaments et aider à les distribuer sur tout le continent africain. L’ennui est que les entreprises pharmaceutiques des Etats-Unis et de l’Europe ont une position de recul vis-à-vis de cette stratégie de fabriquer et de distribuer des médicaments. Si cette politique s’installe réellement, d’ici 10 ou 20 ans aucune multinationale pharmaceutique ne continuera les recherches sur les médicaments contre le sida et cela n’est pas bon du tout.
Correio - Cela est déjà en train d’arriver ?
David HO - C’est déjà en train de se passer. Il ne fait aucun doute que si les brevets sont effectivement cassés, les entreprises pharmaceutiques arrêteront d’investir dans la recherche de nouvelles drogues contre le sida et tourneront leurs intérêts vers le développement de médicaments contre le virus de l’hépatite, par exemple. Ils vont laisser de côté le sida. Le problème est si cette politique dure pendant longtemps.
Correio - Quelle est l’efficacité réelle du cocktail anti-rétroviral ?
David HO - Cela dépend de quel côté vous êtes en train de parler, si c’est du monde des recherches ou du monde réel. Les drogues ont une efficacité de l’ordre de 85 à 90 % dans les laboratoires. Mais ce n’est pas le monde réel. Les personnes ont des résultats positifs dans les recherches parce que les volontaires sont motivés, ont une grande auto-confiance et une adhésion excellente. On sait que dans le système carcéral les prisonniers sont obligés de prendre à l’heure exacte leurs médicaments et l’adhésion est de l’ordre de 100 %.
Correio - Est-t’il possible de penser qu’un jour viendra où le VIH restera dans le sang sans maltraiter le corps humain ?
David HO - Oui, vous êtes en train de parler de relation symbiotique. Si vous observez le VIH dans la nature en Afrique, vous percevrez qu’il y a une co-existence harmonieuse entre le virus et les singes. Le virus n’attaque pas le système immunitaire des singes. Mais ce n’est pas ce qui se passe quand il est transmis à de nouvelles espèces comme les humains. Si le virus infecte de nombreuses personnes comme il est en train de le faire et que les personnes qui en survivent repeuplent la terre, il y aura alors une pression évolutive par la population humaine.
Correio - Vous et votre équipe avez récemment annoncé au monde la création du cocktail de drogues pour lutter contre le VIH. Cette information était primordiale pour les porteurs du virus. Y aura-t’il d’autres bonnes informations dans un futur proche ?
David HO - Il ne faut pas confondre l’optimisme avec la réalité. Je pense que beaucoup d’attention est accordée aux recherches de nouveaux traitements. L’efficacité des combinaisons de thérapies ne fait aucun doute, mais elle n’est pas parfaite. L’effort pour découvrir de nouvelles drogues ne concerne pas seulement les scientifiques ou les médecins. Nous devons aller plus loin parce que l’amélioration des actions et des traitements requiert une volonté politique, un investissement massif en recherches de pointe.
[traduit du portugais par Dominique Buchillet, IRD Brésil]