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L’ONU lance une bataille planétaire contre le sida
28 juin 2001 (Le Monde)
NATIONS UNIES (New York), 28 juin 2001 (Le Monde)
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Malgré de sérieuses controverses sur le texte de la déclaration finale, l’Assemblée générale de l’Organisation affiche sa volonté de faire face à une "crise mondiale" qui pourrait faire 100 millions de victimes d’ici à 2010.
La première session extraordinaire de l’ONU consacrée au sida s’est achevée, mercredi 27 juin, par la publication d’une déclaration intitulée Crise mondiale, action mondiale dont la rédaction a fait l’objet de sérieuses controverses mais qui a pu, en définitive, être adoptée à l’unanimité. Il s’agit là d’un "premier plan de bataille" qui fixe des objectifs assortis d’un calendrier en matière de mobilisation politique, prévention, de soins et de traitements, de non-discrimination, des droits de l’homme et de protection des "personnes vulnérables".
C’est ce concept qui a été à l’origine des divergences publiques qui ont marqué l’ouverture de la conférence entre, d’une part, les pays musulmans, parlant ici d’une seule voix, et, d’autre part, la quasi-totalité des pays occidentaux. Après avoir échoué lors de leur première tentative lancée en séance plénière, les pays islamiques ont réussi à bloquer, dans le texte final, toute référence aux homosexuels masculins, aux toxicomanes et aux prostitué(e) s comme étant les personnes les plus vulnérables vis-à-vis de l’infection par le VIH. Les pays occidentaux, qui ont dû accepter le compromis pour atteindre le consensus, ont néanmoins remporté des victoires sur d’autres points, à savoir le rôle des femmes et leur droit à la "maîtrise de leur sexualité", une notion à laquelle certains pays musulmans avaient également cherché à s’opposer.
Se félicitant de la session extraordinaire, qui signale que "le monde s’est finalement réveillé aux dangers et à la gravité de la crise du sida", le secrétaire général, Kofi Annan, a évoqué ces "douloureuses différences" entre les gouvernements pour ajouter que l’ONU est bien "le meilleur endroit" pour qu’elles soient exposées. Tout en se disant déçues du compromis sur le document final, la plupart des ONG, présentes en force au siège de l’ONU, reconnaissent que les Nations unies ont "fait ce qu’elles ont pu" pour organiser une lutte mondiale contre la pandémie, qui, si rien n’est fait, pourrait tuer plus de 100 millions de personnes d’ici à 2010.
Les activistes d’Act Up ont cependant tenu à exprimer leur indignation sur l’exclusion, dans le document final, de toute référence aux homosexuels. "Cette déclaration, adoptée par l’ensemble de la communauté internationale, montre que le monde ne donne pas de valeur à nos vies, nous qui avons débuté la lutte contre cette maladie", a déclaré Eric Sawyer, le président Historique d’Act Up.
Un autre résultat tangible de cette session extraordinaire aura été l’endossement du "Fonds mondial sida et santé" lancé en avril par Kofi Annan. Rien n’est encore défini quant au statut de cette nouvelle structure, tout comme ce qui concerne ses modalités de fonctionnement et le mode de collaboration qui permettrait d’associer les agences onusiennes, les initiatives gouvernementales et le secteur privé. L’objectif chiffré visé - réunir chaque année entre 7 et 10 milliards de dollars - apparaît aujourd’hui très ambitieux. Pour l’heure, et en dépit du solide engagement des Etats-Unis, moins d’un milliard de francs a pu être trouvé. Les plus optimistes parient sur une dynamique internationale qui, espèrent-ils, devrait commencer à porter ses fruits dans les prochains mois. Des contributions, celle du Japon notamment, devraient être annoncées lors du prochain G8 de Gênes.
PROFONDES DIVERGENCES
Lors de cette session, la présence en force des chefs d’Etat africains a mis en relief l’absence très critiquée du président sud-africain Thabo Mbeki, qui, paradoxalement, est actuellement présent aux Etats-Unis et dont on sait que le pays est l’un des plus touchés par la pandémie. Interrogé à Washington, où il rencontrait le président George Bush, M. Mbeki a dit que l’Union européenne avait "imposé" une réunion au niveau ministériel plutôt qu’un sommet de chefs d’Etat. Les activistes ont aussi dénoncé l’absence des dirigeants d’agences de l’ONU, sauf celui de l’Organisation internationale du travail (OIT). L’absence de tout représentant de la Commission européenne a également été dénoncée.
Cette session a aussi permis d’observer la résurgence de profondes divergences entre les pays européens quant à la future stratégie de lutte. Pour Clare Short, secrétaire d’Etat britannique au développement - qui estime que le Fond mondial devrait "revoir ses prétentions à la baisse, aux alentours d’un milliard de dollars au maximum" -, l’effort prioritaire sinon exclusif doit porter sur la prévention. Sur ce point, le Royaume-Uni est rejoint par plusieurs pays nordiques comme le Danemark et la Finlande. D’autres Européens prônent une approche beaucoup plus équilibrée entre la prévention et le traitement. "Quand on veut tout investir dans le champ de la prévention, cela signifie-t-il, clairement, qu’il faut oublier ceux qui sont déjà touchés par la maladie alors même que des traitements existent ?, a déclaré au Monde Bernard Kouchner, ministre français délégué à la santé. Je trouve cela tout simplement immoral."
Afsané Bassir Pour et Jean-Yves Nau