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Kouchner lance une vigie sanitaire : une réunion bimestrielle est instaurée
15 mai 2001 (Libération)
PARIS, 15 mai 2001 (Libération)
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Par ERIC FAVEREAU
« Ce rendez-vous doit devenir essentiel dans notre volonté d’instaurer une pédagogie du risque sanitaire. » — Bernard Kouchner
Des nouvelles régulières du front... sanitaire ? Comme d’autres le font sur l’euro ou l’état de notre économie. C’est, en tout cas, le souhait de Bernard Kouchner. Tous les deux mois, se tiendra une réunion publique sur cette question. Entouré des directeurs d’agence de sécurité sanitaire, mais aussi de hauts fonctionnaires de la santé, Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé, fera ainsi le point. « Nous n’avons pas à parler uniquement lorsqu’il y a des crises. Ce rendez-vous doit devenir essentiel dans notre volonté d’instaurer une pédagogie du risque sanitaire », a-t-il expliqué, hier, pour cette première rencontre. Revue de détail des questions actuelles de santé publique.
Infections nosocomiales. Voilà une question grave et récurrente, avec plusieurs milliers de morts par an. Pour mieux cerner l’évolution de ces infections que l’on attrape au cours d’une hospitalisation, une grande enquête de prévalence va être lancée, en mai et juin. Plus de 1 500 établissements de soins y participeront. « De plus, a insisté le ministre, une circulaire va être publiée afin de demander aux hôpitaux et aux médecins d’assurer systématiquement l’information aux patients. » Démarche essentielle, les patients étant rarement tenus au courant quand ils en sont victimes.
Sida. Enfin, le 18 mai au plus tard, le décret permettant la mise en place de la déclaration obligatoire (mais anonyme) de la séropositivité va être présenté aux associations de malades, puis il deviendra « effectif ». Une urgence car, depuis plus de deux ans, les autorités ont très peu de données sur l’étendue actuelle de l’épidémie de sida en France, faute de dispositif de surveillance efficace. On estime néanmoins entre 2 000 à 4 000 le nombre de nouvelles infections par an. Un chiffre à la baisse.
Antibiotiques. On en prescrit trop et mal. D’où l’apparition de résistances : « La consommation actuelle n’est pas conforme aux bonnes règles de prescription », a insisté le ministre. Le directeur de l’Institut national de veille sanitaire a révélé qu’« en sept ans, face à des pneumocoques banals, la résistance aux antibiotiques est passée de 6 % à 40 %». Bernard Kouchner vient de confier une mission d’expertise à trois médecins « afin de faire des propositions sur les pratiques à l’hôpital et en médecine de ville ».
Maternelle de Vincennes. Dans cette école, construite sur un ancien site d’usine de Kodak, plusieurs cas de cancers rares avaient pu être notés chez des jeunes enfants. Six au total en sept ans. « En termes de probabilité », a expliqué Jean-Pierre Lacronique, qui dirige l’Office de protection contre les rayonnements ionisants, « cela ne veut rien dire, ni dans un sens ni dans un autre. » En fin de semaine dernière, les analyses radiologiques ont montré que le taux de radiation y était absolument nul.
Légionnellose et listériose. Depuis trois ans, le nombre de cas de légionnellose (due à une bactérie qui se niche dans les canalisations d’eau) a été multiplié par trois. « C’est sans doute, en grande partie, dû à une meilleure déclaration et à une meilleure sensibilisation des déclarants », a rappelé le ministre délégué à la Santé. Pour autant, le Conseil d’hygiène publique vient d’être chargé d’« élaborer un rapport sur les risques dans les établissements accueillant du public ».
Quant à la Listeria (bactérie présente dans la charcuterie et le fromage), c’est la bonne nouvelle : cette année, il n’y a toujours pas eu la moindre épidémie de listériose.
Cannabis thérapeutique. « Cela n’a évidemment rien à voir avec la sécurité sanitaire », a conclu Bernard Kouchner, qui a quand même tenu à annoncer que plusieurs essais d’utilisation de cannabis thérapeutique vont être lancés à Paris, Marseille, Toulouse et Lyon. En particulier chez des malades cancéreux.