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Bertrand Delanoë
La gauche en charge de la capitale
26 mars 2001 (L’Humanité)
PARIS, 26 mars 2001 (L’Humanité)
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Politique. Bertrand Delanoë, élu dimanche maire de Paris, a constitué une équipe plurielle de 33 personnes.
Le nouveau maire a placé son mandat sous les mêmes signes que sa campagne : la clarté, la solidarité, l’éthique. L’exécutif de la ville comprend outre les socialistes 7 Verts, 4 communistes, 2 membres du MDC et un radical.
Des nouveaux qui découvrent la salle du conseil de Paris, des anciens rodés au dédale de l’Hôtel de Ville, les 163 conseillers de Paris élus le 18 mars ont pris place, dimanche matin, par ordre alphabétique dans l’hémicycle. Spectacle rare et surprenant de voir Philippe Séguin assis entre des conseillers Verts et socialistes, ou Bertrand Delanoë siéger à côté du tibériste Laurent Dominati. Dehors, sous une pluie fine et glacée, une centaine de personnes patientent devant l’entrée de la mairie. Ils étaient déjà, avec des milliers d’autres, sur le parvis de l’Hôtel de Ville dimanche dernier. Ils sont venus pour " cet événement historique, l’élection d’un maire de gauche à Paris ". Pensez donc, depuis plus d’un siècle les forces de droite étaient hégémoniques, et depuis 1977, année de la première élection du maire, le RPR régnait sans partage sur la capitale de la France. · tel point que Jacques Chirac y avait réussi deux grands chelems consécutifs en 1983 et 1989 et en avait fait son tremplin pour la présidentielle. Il y a moins d’un an, il paraissait impossible qu’un maire de gauche s’installe dans le plus beau bureau de la République, impossible de casser le système RPR. C’est pourtant ce qu’ont décidé les Parisiens le dimanche 18 mars 2001.
Mais, tradition oblige, en cette matinée " historique ", le premier à s’installer dans l’ex-fauteuil de Jean Tiberi est le doyen d’âge de l’assemblée, un élu DL. Les quatre conseillers qui l’assistent sont les plus jeunes de l’assemblée. Ironie du sort et symbole du renouvellement, se sont quatre femmes de gauche dont deux communistes, Sophie Meynaud et Clémentine Autain.
Fort de sa majorité de 92 élus (49 PS et 2 PRG, 23 Verts, 11 PCF, 7 MDC), le sénateur socialiste était assuré d’être élu au premier tour. Il n’a eu qu’un rival, Jean Tiberi, le maire sortant. Philippe Séguin ne s’est pas présenté. Contesté en tant que leader de l’opposition municipale (le député des Vosges n’a été élu président du groupe RPR qu’avec 18 voix contre 14 à Françoise de Panafieu), il n’a pas voulu risquer de ne pas faire le plein des voix de droite. Au final, sur les 163 conseillers de Paris (73 femmes, 90 hommes) 115 ont pris part au vote. Bertrand Delanoë a rassemblé les 92 suffrages de gauche contre 12 à Jean Tiberi.
Le nouveau maire a placé son mandat sous les mêmes signes que sa campagne : la clarté, la solidarité, l’éthique. Visiblement ému, Bertrand Delanoë, dans sa première intervention en tant que maire, explique que les Parisiens " seront les véritables inspirateurs de notre démarche. Ils en seront les seuls juges ". Il a réaffirmé son souhait de lancer " un appel d’offres afin de désigner un organisme indépendant chargé de réaliser un audit sur l’ensemble de la situation économique et financière de notre collectivité ", tout en soulignant " qu’il ne s’agit ni de régler des comptes, ni d’exhumer les traces éventuelles de pratiques contestables ", mais " de dire loyalement la vérité aux parisiens ". La solidarité comme préoccupation " essentielle de la nouvelle majorité ", le nouveau maire la met en ouvre en annonçant notamment la création prochaine d’" un conseil des résidents non communautaires " installé aux côtés du Conseil de Paris " pour associer ces citoyens à une réflexion, à une action, qui les concernent ". Une entité qui fonctionnera jusqu’à ce que " le droit de vote leur soit accordé pour les élections locales " et " le plus tôt sera le mieux ".
Pour Jean Vuillermoz, qui remplace Henri Malberg à la présidence du groupe communiste, " il ne s’agit pas seulement aujourd’hui de prendre la relève mais de répondre à cette aspiration démocratique pour que Paris soit à la hauteur des exigences de toute sa population ". Pour le président du groupe PCF, " les difficultés à prévoir sont grandes : résistance, retards accumulés, pouvoirs installés... La nouvelle majorité devra être exigeante avec elle-même et savoir inaugurer de nouvelles pratiques politiques et de nouveaux comportements. (...) Nous avons une grande responsabilité : la gauche doit réussir à Paris ". L’enjeu est fixé, et il est de taille.
Pour l’épauler dans cette tâche, Bertrand Delanoë a mis en place une équipe plutôt réduite. L’exécutif qui travaillera à ses côtés compte 33 personnes quand ils étaient jusqu’à 45 adjoints sous la précédente mandature. La parité est plus que respectée puisque l’on compte 18 femmes et 15 hommes. Et c’est une femme, Anne Hidalgo, qui a affronté aux municipales l’ancien premier ministre Edouard Balladur dans le 15e arrondissement, qui se voit confier la responsabilité de première adjointe. 18 autres socialistes obtiennent des postes d’adjoints, notamment Roger Madec, le maire du 19e, Lyne Cohen-Solal, la rivale malheureuse de Jean Tiberi, ou encore Christian Sauter qui avec le budget hérite d’un secteur qu’il connaît bien.
Bertrand Delanoë a mis tout le monde dans le bain. Pour les Verts qui obtiennent 7 délégations, un savant équilibre entre les différentes tendances a été aménagé afin d’éviter les déchirements connus lors de l’élection de la présidence du groupe. Les maméristes avaient alors affirmé que cette élection " à la hussarde " s’est faite au cours d’un " simulacre de réunion ". Ils avaient accusé les voynétistes de " préférer leur carrière personnelle à la cohérence politique nécessaire pour permettre aux Verts de grandir ".
Les communistes héritent de délégations importantes dont les thématiques sont au cour des préoccupations des Parisiens. Martine Durlach, la secrétaire de la fédération PCF de Paris, est chargée de la politique de la Ville, Clémentine Autain de la jeunesse. Alain Lhostis se voit confier le lourd dossier de la santé et des relations avec l’AP-HP (1), et Pierre Mansat des relations avec les communes environnantes.
La gauche plurielle voulait que la capitale " change d’ère ", et change d’air. Les Parisiennes et les Parisiens l’ont entendue. · charge pour la nouvelle équipe de transformer les promesses en actes... sous peine de sanction dans six ans.
Stéphane Sahuc
(1) Assistance publique-Hôpitaux de Paris.