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Sida : soigner tôt puis laisser le corps se défendre seul
29 septembre 2000 (Libération)
PARIS, 29 septembre 2000 (Libération)
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Un essai analyse les réactions de malades traités précocement.
Par ERIC FAVEREAU
« Cet essai intervient à un moment où la communauté médicale n’est plus trop favorable aux stratégies d’arrêts de traitements. » — Pierre-Marie Girard
C’est une petite étude sur quelques patients atteints par le VIH que publie l’hebdomadaire scientifique Nature dans son édition d’hier. Mais elle est passionnante, car elle condense un grand nombre de questions auxquelles tentent de répondre les cliniciens qui travaillent aujourd’hui sur l’épidémie de sida. Avec, au bout, cet objectif : faire en sorte que l’organisme se défende de lui-même devant le sida.
Il s’agit d’une étude clinique sur 8 patients. Ils ont été traités très précocement par des molécules antivirales, dès les premières semaines de leur infection, avant même que les anticorps n’apparaissent dans leur organisme. Puis on a arrêté le traitement. Or, depuis, pour la plupart d’entre eux, tout va bien. Non pas que toute trace de virus ait disparu de leur organisme, mais leur système immunitaire fait son travail et contrôle la situation. Pour certains, il a fallu néanmoins reprendre un temps le traitement. Mais, au final, chez tous, la charge virale - c’est-à-dire le taux de virus circulant dans le sang - reste basse, et, surtout, ne bouge pas. « On retrouve en somme chez eux ce que l’on voit avec les survivants à long terme », explique le professeur Pierre-Marie Girard de l’hôpital Rothschild à Paris.
Devant ces résultats, tous les infectiologues font le rapprochement avec une vieille histoire, bien connue du milieu. C’est l’histoire d’un patient, baptisé « le patient berlinois » car il vivait alors dans la capitale allemande. Ce jeune homme avait été traité, il y a plusieurs années, quelques jours à peine après avoir été infecté. Mais les médecins avaient arrêté le traitement car le patient avait développé plus tard une hépatite. Et les praticiens s’étaient rendu compte que son organisme ne montrait pas la moindre trace de virus. Certes, on avait découvert plus tard des particules virales dans ses ganglions, mais la production virale était stoppée. Dans l’essai mené par le docteur Bruce Walker du Massachusetts General Hospital sur 8 patients, on assiste de fait au même cas de figure.
« Lorsqu’une personne est en contact avec le virus, explique Pierre-Marie Girard, son système immunitaire réagit doublement ; d’abord, il y a une réponse cellulaire par le biais de cellules CTL, qui sont de véritables cellules tueuses qui détruisent les cellules infectées. » Mais le problème dans l’infection à VIH, c’est que cette réponse cellulaire faiblit peu à peu pour se révéler finalement inefficace. Ensuite, apparaissent peu après (ou conjointement) des anticorps qui, eux aussi, n’arrivent pas à neutraliser les particules virales. D’où la progression du virus, et plus tard de l’infection. Comment faire en sorte que la réponse du système immunitaire par le biais des CTL se prolonge dans le temps ? Dans le cas des 8 patients, les médecins y sont parvenus. Momentanément certes, car le recul n’est que d’un an. « Pour autant ce résultat reste paradoxal, conclut Pierre-Marie Girard, car cet essai intervient à un moment où la communauté médicale n’est plus trop favorable aux stratégies d’arrêts de traitements ».