Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 2000 > 07 >
Les mots du virus ou le sida selon Iribarren
28 juillet 2000 (Le Monde)
PARIS, 28 Juillet 2000 (Le Monde)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
L’insecte de Jean-Michel Iribarren. Les livres écrits sur le sida sont habituellement des récits intimes. Le « je » se dédouble, corps souffrant et conscience aux aguets. Dans L’Insecte, celui qui parle est le virus lui-même. Ce parti pris insolite trouble d’abord le lecteur puis devient évident, nécessaire. On croyait que tout avait été dit. Aveuglant, l’essentiel nous échappait.
Le VIH nous prend à témoin de la complexité d’une pandémie que l’effroi et la honte ont immédiatement recouverte de déni ou de compassion. Jean-Michel Iribarren fait parler le VIH, tapi à l’oeuvre dans le sang des malades. Il assène, à mots nets et tranchants, la réalité de la maladie et ses véritables résonances familiales et sociales, car « les autres contraignent à se cacher ce qui ne leur ressemble pas et eux ne leur ressemblaient pas parce qu’ils portaient la mort sur leurs visages et jusque dans leur souffle... » Il y a le virus et « eux », les contaminés, et surtout les « autres » qui voient, qui assistent, qui pleurent mais qui trichent avec leur peur et occultent le désastre : « Se demander pourquoi la mère de Tête Perdue ne veut rien savoir du sida de son fils revient donc à se demander pourquoi les autres sont restés aussi ignorants d’eux, aussi loin d’eux, alors que ce qui caractérise fondamentalement les autres c’est leur propension inouïe à s’émouvoir d’à peu près n’importe quoi, d’en faire même une sorte de raison d’être... »
Plaidoyer sévère, constat âpre, L’Insecte, beau livre grave et violent, déterre la vérité, dénude les mots, rend au malade sa solitude et sa dignité.
Hugo Marsan