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La Gay Pride 2000 contre l’homophobie
24 juin 2000 (AFP)
PARIS, 24 juin 2000 (AFP)
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par Catherine HOURS
Des dizaines de milliers de personnes ont battu samedi le pavé parisien au rythme de la techno ou du musette, pour la désormais traditionnelle Gay pride, qui cette année dénonçait une homophobie toujours d’actualité.
Ils étaient, selon les organisateurs, 250.000 gays, lesbiennes, amis, sympathisants de la cause homosexuelle, à rallier la Bastille sous un ciel menaçant. La police donnait quant à elle un chiffre de 100.000 manifestants, auxquels s’ajoutaient 100.000 à 130.000 badauds.
Du candidat PS à la mairie de Paris, Bertrand Delanoë, au député-maire PC de Bobigny, Bernard Birsinger, en passant par le Vert Yves Contassot, la majorité plurielle était largement représentée dans le carré des personnalités, de même que des proches de Philippe Séguin, comme le vice-président du groupe RPR de la région Ile-de-France, Jean-Luc Roméro.
Tous avaient pris place derrière une banderole de tête proclamant "l’homophobie, fléau social", clin d’oeil à une loi de 1960 qui se référait en ces mêmes termes à l’homosexualité.
Le thème était ainsi décliné dans le cortège, Amnesty International dénonçant "l’homophobie, fléau mondial".
Les 55 associations organisatrices ont réclamé, chacune à leur manière, une politique anti-discriminatoire forte, se félicitant de l’intention du gouvernement, annoncée jeudi, d’inscrire au code du travail l’orientation sexuelle comme motif de discrimination.
Les militants de l’Association franco-maghrébine des gays et lesbiennes avaient revêtu un voile qu’ils comptaient abandonner à la fin de la manifestation, évoquant "la difficulté d’être gay du fait de la pression familiale et religieuse", selon Hayette, leur vice-présidente.
go-go dancers et pom-pom boys
Un peu plus loin, les parents et futurs parents gays et lesbiens revendiquaient le droit à l’adoption et l’accès à la procréation médicalement assistée. "C’est l’amour qui fait une famille, pas les gènes," affirmait une pancarte.
Act-Up et ses "fières d’en mettre" tenaient eux à rappeler les dangers du sida, qui a fait 25.000 morts parmi les homosexuels en France, alors que la prudence tend à se relâcher dans les pratiques sexuelles, selon la présidente Emmanuelle Cosse. Sur le char, la photo d’un canon de pistolet braqué sur la foule.
Mais comme à l’accoutumée depuis l’organisation de la Gay Pride à Paris, en 1986, c’est la fête qui a prévalu, dans une débauche de drapeaux arc-en-ciel, ballons et confettis.
"Il reste des choses à faire mais la situation s’est améliorée par rapport à l’époque de mes 15 ans", dit Jean, 60 ans, déguisé en somptueuse mariée. Et l’homme, "ravi de fêter le PACS", d’embrasser à l’envi, à la grande joie des photographes, son promis d’un jour, André, 30 ans.
Derrière, c’est le ballet continu d’énormes semi-remorques équipés de sonos surpuissantes et promenant go-go dancers, pom-pom boys, diablotins, drag-queens ou militants "en civil", le tout aux couleurs d’associations mais aussi d’entreprises gaies, cafés ou discothèques.
Au total 60 chars, du poids lourd à la camionnette, ont défilé pour cette manifestation que des entreprises plus traditionnelles n’hésitent plus à parrainer.
"C’est tellement gai ici", remarque Gisèle Le Bérichel, 70 ans, venue de Malakoff (Hauts-de-Seine) pour sa première Gay Pride. "Des amis ont un fils homosexuel, ça ne pose aucun problème," dit-elle. "J’aime mieux voir des gens qui s’aiment que des gens qui se battent", renchérit son compagnon, Jacques Gilet, 70 ans.
Prochain rendez-vous pour les manifestants : la World Gay Pride, organisée le 8 juillet à Rome à l’occasion de l’an 2000.