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VIH en Afrique du Sud : les scénarios selon l’arrivée ou non de médicaments
20 juin 2000 (The Lancet)
LONDRES, 20 juin 2000 (The Lancet)
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Des Canadiens ont modélisé l’évolution que pourrait connaître la pandémie de VIH en Afrique du Sud, en présence ou en l’absence d’antirétroviraux. Leur étude, publiée dans le « Lancet », confirme que la prévention de la transmission verticale, au moins, est une nécessité impérieuse à laquelle aucune considération n’autorise à se soustraire.
L’IMMENSE problème du VIH en Afrique est une question qui commence à bouger. On peut espérer que la prochaine conférence de Durban, en juillet, sera l’occasion d’amplifier des initiatives telles que le « Fond de solidarité thérapeutique international », lancé par la France en 1997, ou encore la collaboration annoncée dernièrement entre ONUSIDA et cinq laboratoires, qui « pèsent » quelque 90 % des antirétroviraux utilisés contre le VIH, pour réduire le coût des traitements (« le Quotidien » du 15 mai 2000). A ces initiatives, l’étude canadienne devrait fournir des arguments supplémentaires.
Option zéro
Il s’agit d’une modélisation de l’évolution de la pandémie en République sud-africaine, selon différents scénarios. L’option zéro, d’abord. Sans aucun antirétroviral, on peut prévoir la naissance, entre 2000 et 2005, de 270 000 enfants infectés, s’ajoutant à 2 302 000 nouveaux cas de SIDA dans la population. En 2005, l’espérance de vie à la naissance serait alors de 46,6 ans.
Chez les femmes enceintes
A partir de ces données, les auteurs ont calculé qu’une prophylaxie de type simple dose de névirapine, permettrait d’éviter 28 000 infections néonatales si elle était administrée à 25 % des femmes enceintes séropositives, et 110 000 infections si elle était administrée à toutes les femmes enceintes infectées. Pour ce faire, les auteurs estiment qu’il faudrait en fait administrer la prophylaxie à toutes les femmes enceintes, que la séropositivité soit prouvée ou non, cela en raison de l’extrême difficulté du dépistage (50 % des femmes infectées ne viennent pas chercher le résultat). La prophylaxie systématique concernerait donc 6 500 000 femmes durant la période considérée, et se solderait par un gain de 0,9 année d’espérance de vie à la naissance en 2005, soit, à titre de comparaison, ce que l’on attendrait pour les hommes de la disparition du cancer du poumon au Canada. Quant au coût, les évaluations - réalisées avant l’effort, en direction de l’Afrique, annoncé par différents laboratoires - indiquent un chiffre de 54 millions de dollars américains, soit 0,001 % des dépenses de santé. Quels que soient les approximations et autres biais inévitables dans pareille étude, on voit donc bien que la prévention de la transmission verticale est un objectif parfaitement accessible.
Le traitement des personnes infectées
Le traitement des personnes infectées serait un problème plus compliqué. Le bénéfice attendu serait a priori encore plus considérable. Ainsi, en supposant le traitement de 25 % des personnes infectées, ce sont 431 000 nouveaux cas de SIDA qui seraient évités. En prenant par ailleurs comme base de calcul un allongement de la médiane de survie de six ans sous traitement, on aboutit à un gain d’espérance de vie de 3,1 ans. Malheureusement, le coût aussi augmenterait, et dans des proportions telles qu’on voit mal comment y faire face. Les estimations - réalisées avant l’annonce des laboratoires, toujours - indiquent ainsi un coût global de 19 milliards de dollars, soit 12,5 % des dépenses de santé du pays.
Il est évident que ces ordres de grandeur imposent des choix stratégiques. On peut, par exemple, se demander si une action vigoureuse de prévention et de traitement des MST, n’aurait pas un rapport coût/efficacité supérieur en matière de transmission horizontale. D’autant plus qu’administrer des trithérapies suppose des infrastructures sanitaires, et que, à défaut, mal administrer des trithérapies conduit rapidement aux résistances. Le problème du traitement des personnes infectées est un problème global, dont le coût des traitements proprement dits n’est qu’un paramètre. La question progressera peut-être à Durban. En tout cas, il y a clairement un point sur lequel il n’est plus temps de progresser, mais bien d’agir : la prévention, enfin, de la transmission mère-enfant.