Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 2000 > 06 >
Crimes racistes et sécuritaires | Pascal Taïs
Interview : Mohammed Taïs, père d’un malade trouvé mort dans un commissariat
1er juin 2000 (Le Parisien)
PARIS, 1er juin 2000 (Le Parisien)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Bavure. « Un policier a frappé mon fils à mort »
SEPT ANS après la mort suspecte de Pascal Taïs, un Franco-Marocain de 33 ans, malade du sida, retrouvé sans vie dans une cellule de dégrisement dans la nuit du 6 au 7 avril 1993 au commissariat d’Arcachon (Gironde), sa famille tente de rouvrir l’enquête, close depuis quatre ans.
Malgré l’autopsie qui avait révélé chez la victime, interpellée pour ivresse sur la voie publique, un éclatement de la rate, trois côtes fracturées, un poumon perforé et une plaie profonde au crâne, le juge d’instruction avait rendu une ordonnance de non-lieu concluant que Pascal Taïs était mort à la suite d’une chute sur un angle vif de la banquette de sa cellule.
La semaine dernière, Mohammed Taïs, père de la victime, accompagné de son avocat, a remis une pièce inédite à la cour d’appel de Bordeaux demandant un supplément d’information. La décision de la chambre d’accusation sur cette deuxième demande de supplément devrait être communiquée d’ici à deux à trois semaines.
Quel est ce nouvel élément susceptible de relancer l’enquête ?
Mohammed Taïs. J’ai reçu un coup de fil anonyme le 17 mai dernier à 20 h 45. L’homme s’est présenté comme un policier d’Arcachon à la retraite. Il voulait soulager sa conscience après sept ans de silence. C’était plus facile pour lui de tout avouer aujourd’hui car il ne risque plus de pressions de la part de ses collègues. Il m’a dit que la nuit des faits, un de ses gradés, âgé de 51 ans à l’époque et qui n’était pas en service, s’est rendu dans la cellule de dégrisement. Cet homme dont il m’a donné le nom a frappé à mort mon fils pour des raisons encore obscures. Les autres policiers ont fermé les yeux et ont couvert leur supérieur.
Qu’est-ce qui vous fait croire que cet appel était vraiment sérieux ?
Certains éléments de son témoignage étaient très précis et ne pouvaient être connus que d’une personne présente le soir de la bavure. Maintenant, que la justice fasse son boulot. Ce ne sera pas très difficile de retrouver ce policier à la retraite qui m’a dit être prêt à témoigner. Il ne devrait pas non plus être compliqué de vérifier ce que faisait le policier suspecté quand mon fils est mort.
Et si tout cela ne donne rien ?
Alors, il faudra m’expliquer comment un fantôme a pu tuer mon fils. Pascal, qui était invalide, a été amené à l’hôpital juste après son arrestation. Le médecin n’a constaté aucun poumon perforé, aucune trace de strangulation, aucune côte fracturée. C’est pourtant ce qu’a relevé le rapport d’autopsie. Mon fils se serait fait tout cela en tombant de la banquette de la cellule ! Il aurait même eu le loisir de fracasser sa montre restée bloquée à 5 h 35. Après avoir assisté à une parodie d’instruction, nous voulons que la vérité sorte enfin. Notre fils a été passé à tabac au commissariat d’Arcachon.
Propos recueillis par François Vignolle