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Portrait. L’artiste du vagabondage médical
7 avril 2000 (Impact médecin)
PARIS, 7 avril 2000 (Impact Médecin)
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Dr Bernard Blois. Dans son cabinet d’Anglet, au pied des Pyrénées, tout comme au Timor ou au Congo-Brazzaville, ce généraliste tente de réparer toutes les fêlures. Un médecin hors norme qui avait passé un CAP d’électricien avant d’obtenir sa thèse.
« J’ai fait médecine pour me remettre dans les rails de la vie et, en fait, ce métier m’a permis de cultiver mon déséquilibre. » A 59 ans, le Dr Bernard Blois se rend bien compte qu’il n’a jamais vraiment réussi à suivre ces fameux rails. Même s’il est installé comme généraliste à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) depuis 1971. Mais c’est sans doute en empruntant des chemins généralement désertés par ces confrères qu’il est devenu ce médecin à l’écoute de toutes les souffrances. « J’ai fait médecine pour aller exercer dans les banlieues rouges de Paris, comme le héros de Voyage au bout la nuit. Tous ceux qui sont dans la galère humaine, je vais vers eux », confie-t-il. Et la galère, le Dr Blois la conjugue au pluriel. Dans son cabinet, pourtant situé dans une zone résidentielle, il a vu les patients modestes affluer. « Je crois que l’on se cherche mutuellement. Avec eux, je me régale. » C’est pourquoi aujourd’hui il se rend une fois par semaine à « La table du soir » faire une consultation pour des SDF. « Ils sont le plus souvent hyper-violents mais en fait cela me rappelle mon enfance », reconnaît le Dr Blois, sourire au lèvres.
Pour ce généraliste, la souffrance ne s’arrête ni à la porte de son cabinet ni aux frontières de notre hexagone. Une première mission en 1989 en Guinée pour une petite ONG lui a en effet ouvert de nouveaux horizons. « J’ai passé mon DU de médecine tropicale et je me suis bien rendu compte que c’était ce dont je rêvais depuis toujours », se souvient-il. Du coup, en 1997, il a pris contact avec Médecins du monde, avide de rattraper le temps perdu. Très vite, il sera projeté pendant deux mois et demi en pleine guerre au Congo-Brazzaville. « Tous les jours, les cobras de Sassou N’Guesso venaient tuer leurs prisonniers sous notre nez. L’odeur de la mort se répandait à 200 mètres à la ronde. » Cette expérience ne l’a pas empêché de repartir au Honduras, au Kosovo et au Timor. Bien au contraire. Une fois installé en cabinet de groupe, il a pu larguer les amarres beaucoup plus facilement.
Pourtant, entre la souffrance qui s’exprime dans son cabinet et celle des réfugiés timorais, le Dr Blois ne fait pas de différence. Sans doute parce que lui-même a vécu la « galère ». Plus ou moins livré à lui-même dès 12 ans, il ne sera pas un élève modèle. Titulaire d’un CAP d’électricien, il est parti à 16 ans sur les routes d’Europe. Repris en main à 18 ans, il se lance à corps perdu dans les études dans lesquelles il excelle. Mais, en terminale, une furieuse envie d’aventure le conduit à s’engager en Algérie. « Pendant deux ans, ça s’est très mal passé, confie-t-il pudiquement. Du coup, à mon retour, j’ai cherché le métier qui pourrait me remettre dans le droit chemin. Et je me suis dit qu’après une telle expérience les études plus difficiles ne me résisteraient pas. » Ce fut donc médecine. Des dizaines d’années plus tard, le vagabond et le généraliste ne font plus qu’un.
CÉCILE COUMAU