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Le racisme, la France et les médecins
31 mars 2000 (Impact médecin)
PARIS, 31 mars 2000 (Impact Médecin)
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« La Commission nationale consultative des droits de l’homme a remis le 15 mars son rapport au Premier ministre. Elle ne peut laisser indifférent le médecin que je suis.
L’élément essentiel qui en ressort est la remontée du racisme et de l’antisémitisme qui se banalisent... Plus de 70 % des Français avouent ouvertement leurs sentiments racistes et 31 % leur antisémitisme. Cela est effrayant.
En premier lieu, je dois balayer devant ma porte. Si d’emblée je me range dans les 29 % qui disent ne pas être racistes, suis-je bien sûr dans mon comportement et mes a priori d’être cohérent avec cette affirmation ? Ai-je la même patience avec un patient maghrébin qui, par sa culture, exprime différemment sa souffrance qu’avec un Français que certain traiterait de "pure souche" ? N’ai-je pas quelque appréhension quand je croise une bande de jeunes beurs le soir en rentrant chez moi ? Avouons-le, tout n’est pas aussi net. J’ai encore du chemin à faire. Mais je continue à maintenir mon opinion. Je me classe dans les 29 % qui rejettent le racisme, et les résultats de l’enquête me poussent à aller voir plus loin. [...]
Si je fais bien attention, l’idée raciste est totalement opposée à la déontologie et à l’éthique médicale. Il me semble incompatible d’être médecin et sympathisant du Front national ou de son clone. Il me semble être fortement symbolique de boycotter le congrès de la Wonca cet été à Vienne. Les actes symboliques ont parfois des portées qui nous dépassent. Je ne regrette pas d’avoir, avec mon confrère lyonnais Jean-Claude Joseph, été à l’origine de l’exclusion par les Ordres des médecins d’Europe de Radovan Karaczic, médecin psychiatre responsable de l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie. [...]
Les mouvements politiques qui ont construit leur programme sur la négation de l’autre au point d’en souhaiter la disparition ont laissé dans le XXe siècle des cicatrices qui font honte à la conscience de l’humanité. Le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme prouve que la bête n’est pas morte. Il faut la combattre en France comme en Autriche. Il faut la combattre au sein du corps médical. Il est nécessaire que tous les syndicats, les candidats, les médias rejettent la compromission avec ces idées d’exclusion, de toute forme de racisme ou de mépris. Il en va de l’image du corps médical. Il en va aussi de l’avenir de la protection sanitaire en France. »
Dr Vincent Rebeille-Borgella, président de MG-Rhône.