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Marseille : échec relatif de la consultation libérale à l’hôpital Nord
28 mars 2000 (Quotidien du Médecin)
MARSEILLE, 28 mars 2000 (Quotidien du Médecin)
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Ouverte en janvier dernier au sein du service des urgences de l’hôpital Nord de Marseille, la consultation tenue par des généralistes du quartier (payés à l’acte) ne semble avoir que faiblement amélioré le fonctionnement de ce service d’urgences.
En France les patients qui se présentent spontanément aux urgences ne sont que très rarement hospitalisés (S. Toubon)
« CETTE consultation ne réglera en rien le problème des urgences. » Le Dr Vincent Lafay, responsable des urgences à l’hôpital Nord de Marseille l’avait bien dit. S’il s’est longtemps battu avec des médecins libéraux du quartier pour que cette expérience voit le jour, c’est surtout pour redéfinir les missions de chaque type de médecine et pour réapprendre aux patients le sens de la véritable urgence, mais il a toujours été conscient que cela changerait peu de choses au fonctionnement même de son service. Les urgences légères susceptibles d’être prises en charge par un généraliste représentent certes 20 % du nombre de patients accueillis à l’hôpital, mais le problème des autres 80 % demeure entier et demanderait un renforcement des effectifs plus important que les quelques postes débloqués à la suite du mouvement de grève.
Seule l’administration hospitalière semblait attendre des miracles de l’ouverture de cette consultation. Même si on ne peut encore tirer un bilan définitif deux mois après le lancement de cette expérience, on constate une fréquentation de la consultation moins importante que prévu. En dehors de quelques problèmes d’asthme, de bronchite, de conjonctivite ou de petites blessures, les patients dirigés vers les généralistes par les médecins chargés du tri sont relativement peu nombreux, et rares sont ceux qui se présentent directement à cette consultation.
Certains soirs, les généralistes repartent sans avoir vu un seul patient et quelques-uns de ces médecins se demandent même si, à l’accueil, les praticiens hospitaliers jouent bien le jeu. Certes, il n’y a aucune manifestation d’hostilité ouverte entre les libéraux et les hospitaliers, mais chacun a retenu les propos du Dr Patrick Peloux, président de l’Association des médecins urgentistes des hôpitaux de France (AMUHF). De passage à Marseille au moment de la dernière grève, il s’était insurgé : « De quel droit prive-t-on un patient du recours à l’hôpital public lorsqu’il vient le demander, quelle que soit la pathologie dont il souffre ; que devient alors la notion de service public ? » Pour lui, « plutôt que de créer une structure parallèle qui est un emplâtre sur une jambe cassée, mieux vaudrait améliorer ce qui existe ». Le Dr Pelloux avait également comparé le prix de la vacation des urgentistes au tarif des consultations payées aux généralistes dans le bureau voisin. A noter qu’en l’état actuel des choses, cet argument tombe de lui-même car les soirs où personne ne vient vers eux, les généralistes effectuent leurs quatre heures de permanence sans toucher un centime.
Si elle n’a pas pour but, aux yeux des médecins, d’améliorer le fonctionnement de l’accueil des urgences hospitalières, la consultation de médecine générale est tout au moins censée « améliorer la qualité de la prise en charge des patients en permettant de réintroduire dans le circuit de la médecine de ville ceux d’entre eux qui n’auraient pas dû la quitter », comme le souhaitaient le Dr Lafay et les médecins libéraux qui ont voulu cette nouvelle structure. Mais pour cela non plus, le nombre de patients reçus ne permet pas de tirer des conclusions positives.
Françoise CORDIER