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L’hôpital Purpan dans le maelström des restrictions
29 janvier 2000 (L’Humanité)
PARIS, le 29 janvier 2000 (L’Humanité)
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Reportage. L’hôpital Purpan de Toulouse, à la veille d’une journée de mobilisation qui promettait d’être chaude dans la ville Rose
A Purpan, les restrictions budgétaires ne font plus recette. Personnel et usagers entendent défendre ensemble un service public de qualité.
La dernière nouvelle qui a fait bondir plus d’un médecin, d’une infirmière ou d’un usager à l’hôpital Purpan de Toulouse, est l’intention récemment annoncée par la direction générale des hôpitaux de Toulouse de fermer le service d’hospitalisation à domicile (HAD). Ouvert depuis 1984, ce service de dix-huit lits a notamment permis la prise en charge des malades du sida, avant que les trithérapies n’allègent leur traitement. La suppression de l’HAD ? " Un projet à l’étude, non définitivement arrêté ", explique-t-on pour l’heure au service de communication à la direction générale de l’hôpital. Il n’empêche : lorsque le docteur Arlet-Suau, chef du service, a appris la nouvelle, un peu affolée elle s’est empressée d’informer le médecin et les infirmières et les familles concernés. " Si ce service est supprimé, que vont devenir les malades ? ", s’interroge le médecin, qui au passage, dit ne pas être du tout convaincue que ces patients reviendront moins cher à la collectivité, une fois placés à l’hôpital ou dans un établissement privé. " Bien sûr, il s’agit d’une pratique un peu chère, mais elle permet à des personnes trachéotomisées ou en chimiothérapie de vivre chez elles. Les gens sont heureux ainsi. Ils bénéficient d’une équipe médicale très compétente. Les infirmières libérales nous aident, mais en aucun cas, elles ne pourront faire le travail d’une équipe de soignants hospitaliers. De plus, la sauvegarde de ce service est à mon sens une question éthique. "
Du côté des usagers, c’est la consternation. Apprenant la nouvelle, l’épouse d’un monsieur dans le coma bénéficiant de l’hospitalisation à domicile a envoyé un courrier incendiaire au directeur de l’hôpital. Adhérente du Comité de défense de l’hôpital qui a vu le jour à Toulouse en mars dernier (1), elle fait part de son indignation " à l’égard d’une politique qui vise au démantèlement du service public et qui, en matière de santé, se décharge sur des structures privées qui n’ont jamais eu pour vocation de se préoccuper de la santé de l’ensemble de la population ". Même cause - la défense du service public -, même combat, les ambulanciers toulousains ont fait grève pendant plus de quinze jours. Une action que Bernard Testas, délégué CGT et ambulancier depuis 22 ans à Purpan, qualifie d’" historique ". " En deux jours, notre pétition a recueilli deux mille signatures dans l’enceinte de l’hôpital. Médecins, infirmières, tout le monde nous soutient ", explique-t-il. Cinquante ambulanciers en grève contre la privatisation des services de nuit, des week-ends et des jours fériés du service de transport des malades. Explications de Georges Cerisuela, un autre ambulancier : " Face à l’augmentation prévisible de notre activité, la direction entend renforcer l’activité de jour, mais sans embaucher. Comment ? En cédant les transports du week-end et de la nuit au privé. ". Et de poursuivre : " En plein cour du conflit, la direction nous a proposé une prime pour compenser la prime de nuit. Une prime pour arrêter les nuits ! Les gars n’en ont pas voulu. C’est que depuis quelques années, les départ en retraite ne sont pas remplacés. Notre lutte a porté sur la défense du service public de l’hôpital. On a tenu bon et on a gagné. La direction a ajourné le projet. "
La défense du service public et de la qualité des soins, tous le disent à Purpan, c’est ce qui unit les personnels, aujourd’hui bien loin de préoccupations corporatistes. Toutes catégories confondues : médecins, infirmières, aides-soignantes, agents d’entretien se sentent concernés par les graves menaces que fait peser une politique d’économie des dépenses de santé sur les hôpitaux de la ville rose et sur Purpan en particulier. Une des raisons invoquées par la direction pour justifier la faible hausse budgétaire de 1,1 % pour l’an 2000, au lieu des 2,5 % attendus par les personnels : la longévité des habitants de Midi-Pyrénées. S’il n’était pas lourd de conséquences, l’argument ferait sourire le docteur Jacques Guittard, cardiologue : " On peut aussi dire que c’est parce que les gens sont mieux soignés dans notre région qu’ils vivent plus vieux... " L’air plus grave, le médecin explique : " Le problème auquel nous sommes confrontés touche l’ensemble de l’hôpital. Depuis un an, nous devons faire face à une diminution constante des vacations, des moyens matériels et humains. Lorsqu’une infirmière ou une aide-soignante part en maladie, nous ne pouvons pas la remplacer. Les réductions de lits sont le lot de nombreux services, notamment en soins intensifs. Pour l’instant, le personnel fait face très courageusement. mais on peut se demander jusqu’à quand. " Une infirmière du service confie qu’" il faut être polyvalente ", et que " demander aux infirmières de changer de service au grés des besoins n’est pas sans présenter des dangers. Il y a des choses que nous ne savons pas faire, pour lesquelles nous n’avons pas reçu la formation nécessaire, comme par exemple en pédiatrie ou en hématologie. Nos conditions de travail se dégradent. Malgré cela, nous faisons tout pour préserver la qualité des soins. "
Comme dans d’autres pavillons de l’hôpital, le service hématologie manque lui aussi de places. Cette fois, c’est une maman (qui accompagne son petit garçon atteint de leucémie à l’hôpital des enfants) qui s’en plaint. " Je viens ici avec Sébastien depuis le mois d’avril. Certains enfants qui devraient être accueillis en hématologie sont dirigés en chirurgie par manque de lits. D’autres sont même reçus dans les chambres d’hôtel de l’hôpital des enfants qui ne sont pas faites pour les soins... D’autre part, les infirmières sont débordées de travail. Je soutiens de tout mon cour les personnels en grève de l’hôpital ", explique cette maman. Une autre attend depuis trois heures d’être reçue par le médecin qui doit examiner sa petite fille de six mois et demi. Les larmes aux yeux, elle explique qu’elle espère qu’elle pourra rentrer chez elle le lendemain pour enterrer la sour jumelle de l’enfant, victime d’une mort subite du nourrisson. " On m’avait promis que je serai reçue par une psychologue, dit-elle. Mais personne n’est venue me voir. Heureusement, il y a ma sour et ma mère avec moi. " L’hôpital des enfants a ouvert il y a deux ans. Il attend une dotation de 36 millions de francs promise par l’Etat depuis 1995. Les 83 % de médecins en grève mardi dans les hôpitaux (95 % à l’hôpital des enfants) ne sont pas privés de le rappeler au gouvernement.
Au service de médecine interne et de pneumologie qui accueille cent à cent vingt patients par mois et délivre, entre autres, des traitements anticancéreux, les médecins demandent en bloc, pour leur part, à la direction la mise à niveau des effectifs aides-soignants et infirmiers et la réouverture des huit lits fermés depuis le 28 octobre dernier, en raison des insuffisances d’effectifs. Dominique et Béatrice sont toutes deux infirmières en service de médecine. Elles racontent : " La moitié des lits de notre service a fermé cet été et une nouvelle fois entre Noël et le jour de l’an, par manque de personnel. La direction attend que les gens reviennent de congés pour les rouvrir. Il n’y a plus de remplacements des départs en retraite. Nous essayons de gérer les choses comme nous pouvons. Nous faisons des journées de huit heures en six heures quarante, nous allons plus vite, on prend moins de temps avec les malades. Cela pose des problèmes de transmission d’une équipe à l’autre. Nous communiquons de plus en plus par écrit. Or, pour le respect des malades, il y a des choses qui ne s’écrivent pas. Nous avons besoin de parler, d’échanger oralement. "
Jeanne Llabres