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Le sida, une autre cause de rejet au travail
22 novembre 1999 (Libération)
PARIS, le 22 novembre 1999 (Libération)
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Le 9 décembre 1999, participez à l’atelier de Migrants contre le sida :
Travailler quand on est séropo ou malade du SIDA
Au travail, 58% des salariés séropositifs cachent leur maladie.
Dans l’entreprise, le sida se vit plutôt masqué. Alors qu’elle n’épargne personne, la maladie est le plus souvent assimilée à l’homosexualité, donc à un mal aux contours honteux. Selon une enquête d’Aides menée au sein de l’association, 58 % des personnes atteintes par le VIH qui ont un emploi dissimulent leur séropositivité au travail. Et la cachent aussi au médecin du travail. Grâce aux traitements, elles sont pourtant de plus en plus nombreuses à rester dans le monde du travail ou à y revenir. Et veulent de moins en moins cacher leurs boîte de médicaments sous le bureau. Mais l’entreprise est plus prompte à les rejeter qu’à les intégrer. Obtenir un allégement de sa charge de travail ou des horaires plus flexibles, permettant de gérer les absences, les rendez-vous médicaux ou la prise de médicaments, relève de l’exploit. « Depuis qu’on parle de retour à l’emploi, on voit même resurgir les vieilles peurs, souligne Alain Legrand, chargé de l’insertion professionnelle à Aides. Une comptable qui devait être embauchée dans un CES, s’est vu refusé le poste après avoir annoncé sa séropositivité. Le motif invoqué était un risque de contagion. Les gens ont oublié que le sida n’est pas une maladie contagieuse, qu’elle ne s’attrape pas en fréquentant les mêmes toilettes qu’une personne séropositive. » Même constat à Act-Up, qui observe une augmentation des licenciements. « Il est difficile de le prouver, explique Axel Delmotte, vice-président de l’association, mais le licenciement intervient étrangement juste après que la personne a dit sa séropositivité à un collègue, au DRH ou au médecin de l’entreprise. »
Extraits de témoignages tirés des fiches de Sida Info Droit, service juridique par téléphone.
Sanctions. « Avant l’annonce de ma séropositivité à mon supérieur hiérarchique, j’étais très bien noté. J’avais bénéficié de promotion et étais devenu adjoint au responsable. Depuis, j’ai reçu trois avertissements coup sur coup pour des motifs futiles. On m’a retiré toute responsabilité. Et j’ai été muté sur un autre site. Cette mutation forcée a été faite pour me couper de mes anciens collègues avec lesquels je m’entendais très bien. Je suis actuellement en arrêt maladie à cause de tout cela. »
Secret. « Je travaille dans le paramédical et je n’ose pas aller voir un médecin généraliste car j’ai peur qu’il m’interdise de travailler. Je suis dans une ville où tout se sait. Je connais tous les médecins et tous les infirmiers. Dans notre milieu, le monde est petit. Quand on sait que quelqu’un est séropositif, c’est terrible. J’en ai parfois des idées suicidaires. Le médecin du travail, je lui ai toujours caché. Je suis d’ailleurs suivi dans un hôpital d’une autre ville. »
Licenciement. « Je viens d’apprendre ma séropositivité. Je n’ai qu’un emploi saisonnier. Le médecin qui a découvert mes résultats d’analyse n’a pas trouvé mieux que d’en informer mon employeur qui m’a aussitôt dit qu’il ne me reprendrait pas la saison prochaine. Je me sens très fatigué et je ne sais pas à qui me confier. »
« J’ai reçu une lettre de licenciement. Le motif invoqué est "objectifs non atteints", mais ce n’est pas vrai. Je ne peux pas le démontrer mais en fait c’est parce que je suis séropositif. Mon chef l’a su. Depuis, il m’a isolé dans une pièce où je suis tout seul. Je n’ai pas le courage de l’affronter. »
« Mon employeur veut me licencier. Il a peur de mon contact. »
Fatigue. « Je suis séropositive depuis douze ans et soignante dans un hôpital. Je souhaite travailler moins car je suis très fatiguée. Je n’arrête pas de changer de traitements. J’ai tout dit au directeur de l’hôpital qui m’a conseillé de réduire mon temps de travail à mes frais et de travailler à 80 %. Le médecin du travail m’a conseillé de prendre six mois d’arrêt sans rien dire sur le VIH, en faisant simplement valoir un syndrome dépressif. J’en ai assez de devoir me cacher et de me taire. »
Absences. « Je suis en conflit avec mon employeur depuis cinq mois. Je suis en arrêt maladie et il me harcèle sur la reprise de mon travail. Il m’a dit que mon absence n’est pas prévisible. ». C.D.
Sida Info Droit : conseils juridiques sur les droits sociaux et le travail.
Tél. : 08.01.63.66.36.