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Jean-François Delfraissy | Prise en charge tardive
Pr Jean-François Delfraissy L’homme qui n’est jamais en colère
22 octobre 1999 (Impact médecin)
PARIS, le 22 octobre 1999 (Impact Médecin)
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Chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Bicêtre, ce spécialiste renommé du Vih vient de reprendre le flambeau du Pr Dormont pour l’édition annuelle du rapport sida*. Chercheur et clinicien, sa personnalité charismatique lui confère un place particulière dans le « milieu VIH » comme homme de consensus.
Jean-François n’est presque jamais à l’heure. Il fait beaucoup trop de choses. Mais il ne se met jamais en colère. » De l’avis de tous ceux qui le côtoient, cette facette « zen » constitue un énorme plus, effaçant largement les désagréments de sa ponctualité défaillante et de son effervescence constante. D’ailleurs, dans une situation potentiellement conflictuelle, certains n’hésitent pas à faire préventivement appel à ses talents de médiateur pour éviter l’explosion.
Le Pr Jean-François Delfraissy, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Bicêtre (Le Kremlin-Bicêtre), met un véritable point d’honneur à ne jamais élever le ton : « Les coups de gueule des patrons mandarins que j’ai croisés pendant mes études m’ont hérissé et je me suis promis de ne jamais leur ressembler. En fait, je déteste les coups de gueule et les tensions », confie-t-il. Étonnant mélange des genres, avec, à la fois, un état permanent d’ébullition et cette absence d’animosité. Il en vient même à s’excuser de ne pas s’énerver... Le Pr Delfraissy met à l’aise et sait incontestablement écouter. « Ses capacités à gérer les pressions et à contenir l’agressivité des autres sont étonnantes. C’est un homme de consensus, aux capacités de travail étonnantes, qui fait face aux problèmes et qui trouve toujours des solutions », apprécie le Pr Christine Rouzioux (hôpital Necker, Paris), l’une de ses éminentes collègues qui le connaît bien.
Ses origines rurales - le Cantal - lui auraient-elles enseigné les bases du calme intérieur ? Il continue de s’y ressourcer sans se lasser, car c’est là qu’il remplit toutes les cases libres que son emploi du temps de chef de service hospitalier daigne lui concéder. Aujourd’hui, son activité se partage en trois temps : la consultation, la recherche et la gestion, sans compter ses déplacements internationaux pour des congrès.
Cet homme, qui pensait d’abord choisir la filière maths sup’, a finalement opté pour celle des études médicales, suite au décès brutal de son père, ORL près de Clermont-Ferrand. Plus tard, après son internat à Paris chez le Pr Jean Dormont, il choisira l’immunologie, discipline neuve qui le fascine par sa complexité dès le début de ses études. De l’immunologie appliquée à la néphrologie puis au VIH, il n’y a évidemment qu’un pas qu’il mettra de fait plusieurs années à franchir, bien après le début de l’épidémie. « Je n’ai pas fait partie du peloton de tête des pionniers du sida, reconnaît-il. À ce moment-là, j’étais dans mes tubes. »
Le déclic de son intérêt pour le virus mortel naîtra en fait en côtoyant ses patients. La marginalité, l’exclusion au quotidien que vivent les personnes touchées par le VIH dans les années 80 le révoltent. « J’ai vu le comportement des équipes vis-à-vis des usagers de drogues, les brancardiers qui ne voulaient pas les transporter, l’isolement forcé des malades. Et puis, j’ai connu l’échec thérapeutique qu’il a fallu gérer, alors que les autres branches de la médecine étaient triomphantes, comme du côté de la fécondation in vitro ou des leucémies. » Toutes ces années d’épidémie, cette hécatombe et ses morts ont évidemment inscrit à jamais leurs traces dans la tête et le coeur de tous ceux et de celles qui, comme lui, ont accompagné leurs patients. Jusqu’au bout. « Le VIH a énormément fait bouger les choses. Il nous a surtout appris à sortir de notre tour d’ivoire. Et puis l’effet dynamique des associations et des réseaux a été colossal », reconnaît le Pr Delfraissy. Car ce travailleur acharné croit évidemment au groupe. Qui le lui rend bien. Quand il a quitté l’hôpital Antoine-Béclère (Clamart), ses proches collaborateurs et son assistante l’ont suivi. Des signes de fidélité qui ne trompent pas. « Avec lui et sa bonne humeur constante, on ne vient pas travailler à reculons. Avec lui, on ne s’éternise pas à tourner autour du pot », entend-on dans les couloirs. Efficace, cet homme (presque) zen s’avère être aussi un grand passionnel hyperactif. Et sa capacité à lier des gens d’horizons différents est aussi reconnue. Ce qui l’irrite au plus haut point, c’est de voir des gens ne rien faire. Comme ceux qui n’essaient pas de résoudre les problèmes. « Un problème, c’est une solution », affirme-t-il avec force. Sa crainte : qu’avec l’avènement des antiprotéases, la médecine ne redevienne triomphante et que le pouvoir médical ne reprenne le dessus. « N’oublions pas que près de 40 % des patients sont aujourd’hui en échec thérapeutique. Le problème de l’adhésion au traitement demeure majeur. » Son projet : écrire un livre sur les femmes du VIH, les chercheuses, les cliniciennes, les épidémiologistes, toutes celles qui l’ont accompagné au cours de l’épidémie. « De très fortes personnalités. J’ai pris des notes », commente-t-il, malicieux.
*) « Prise en charge thérapeutique des personnes infectées par le VIH », Médecine sciences Flammarion, 50 F.
Dr Sylvie Riou
Le rapport Delfraissy
Rendez-vous attendu chaque année par le milieu du sida, le rapport Dormont, pour sa sixième édition, est donc devenu cette année le rapport Delfraissy (voir IMH 460 du 10 septembre 1999). Certes, l’arrivée des polythérapies a modifié la donne pour les médecins et surtout pour les patients. « Il va néanmoins falloir trouver autre chose que les antiviraux », précise le Pr Delfraissy. Les effets secondaires potentiels à long terme induits par ces produits - comme les lipodystrophies survenant en moyenne après douze à dix-huit mois de cure - font courir aux patients un risque cardiovasculaire non négligeable mais encore mal connu. Développer d’autres stratégies thérapeutiques, comme l’immunothérapie, devient impératif. Le cru 1999 préconise l’accès urgent aux tests de résistance génotypique, ainsi que le recours facilité aux molécules en développement.
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Pr Jean-François Delfraissy L’homme qui n’est jamais en colère
Il est vrai qu’on ne peut que s’incliner devant un grand homme, parce que le Professeur Delfraissy est un homme de talent, conquérant (dans tous les sens du terme), inépuisable toujours en recherche. Je l’ai connu toujours actif, aussi bien à Béclère, qu’à Persy ou au labo de recherches. Personne n’est parfait, disons qu’il sait rester humain. A quoi servirait qu’il s’énerve ? Ses troupes sont toutes derrière lui. Il sait fédérer. Bravo et toutes mes félicitations. Françoise-Maillet Samson - écrivain