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Droits des femmes | Luttes de l’immigration et contre le racisme
Souad Benani, l’ancienne des Nanas Beurs : « Y a-t-il encore du machisme en France ?
17 août 1996 (Regards africains)
PARIS, 17 août 1996 (Regards africains)
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Paris, le 25 novembre 1995. On aperçoit Souad Benani, en tête de la manif pour faire barrage aux commandos anti-IVG. Plus qu’un symbole, Benani, figure incontournable du mouvement féministe Beur, est une des initiatrices de la manifestation. Quelques jours avant la manifestation, Benani présidait un meeting à vocation « unitaire » pour demander la mise en retraite du plan Vigipirate.
D’origine marocaine, partisane immigrée et féministe de toutes les luttes sociales en France, elle s’est retrouvée un jour « l’ancienne » chez Les Nanas Beurs, association rescapée de l’euphorie passagère de la Marche pour l’Egalité et contre le Racisme, en 1983.
REGARDS AFRICAINS : Un récent rapport européen citait le chiffre d’une femme sur sept qui a subi la violence de son « partenaire » masculin...
Lors d’une émission de télévision pour le 8 mars, le présentateur avait posé la question : « Y a-t-il encore du machisme en France? ». Dominique Voynet (leader des Verts français - ndlr) a répondu « non. » J’ai bondi ! Justement je pensais à cette résurgence de violence contre les femmes. Il y a quelques années on parlait d’environ 3 millions de femmes battues en France, alors qu’on s’imagine que l’Europe — ou la France en particulier — sont des havres de paix pour les femmes...
Les meurtres racistes et sécuritaires visent surtout les jeunes hommes arabes. Certains s’imaginent même que les femmes souffrent moins du racisme...
Le racisme conjugué au sexisme touche d’abord les femmes immigrées les plus démunies. Ces femmes occupent les emplois de service, les plus mal rémunérés. C’est la Fatma néo-coloniale, bonne à tout faire. Le mépris envers ces femmes travailleuses qui sont dans le besoin est d’une violence inouïe. Elles ont trop de choses à assumer. C’est la mort à petit feu.
Je connais une jeune femme qui a deux enfants. Elle est sans papiers, elle galère d’autant plus qu’elle ne sait ni lire ni écrire. L’assistance a enlevé la première gamine il y a un an, et maintenant veut lui enlever son deuxième enfant sous prétexte qu’elle ne correspond pas à la norme éducative française. Comment voulez-vous qu’une femme explique gentiment à ses gosses de ne pas faire ceci ou cela, alors qu’elle ne sait même pas de quoi elle va les faire manger ? Les « bons » ménages français n’hésitent pas à utiliser les claques vis-à-vis des femmes et de leurs enfants.
Après viennent les histoires de jeunes filles. Mais cette violence-là est différente au niveau social. Elle est d’abord à la maison. Du point de vue de la société elles sont quand même moins en butte, même si l’espace public leur était interdit.
Les jeunes filles, c’est évident qu’elles ont un rôle à jouer, par rapport à ce que leurs mères ont pu vivre. Et surtout elles sont conscientes de leurs droits. Elles ne sont plus prêtes à se laisser faire, ni par les mâles de la famille, ni par les Français en tant que tels. Elles sont devenues de véritables citoyennes, et elles vont aider à une meilleure compréhension de l’immigration. On ne met pas suffisamment l’accent sur cette manière aujourd’hui qu’elles ont de vouloir se battre, quel que soit le terrain.
Par contre, il peut y avoir une espèce d’instrumentalisation du combat des femmes immigrées en France par les pouvoirs publics. Tout d’un coup on découvre que l’intégration passe par les femmes, alors que rien n’est fait pour faciliter cela. Même si le présupposé peut être juste.
On cite souvent la réussite scolaire des jeunes filles maghrébines, et on semble faire l’équation entre l’émancipation individuelle et la réussite sociale. Qu’en pensez-vous ?
Ça me fait sourire. Je me demande ce que je fais en tant que militante, alors que j’ai l’impression de ne voir que des femmes en difficultés. Il y a des femmes qui sont conscientes de leurs droits, qui sont conscientes politiquement, qui ont envie de se battre, mais qui n’auront pas forcément un statut social qui valorise ce qu’elles ont fait. Pas plus que leurs parents ou que, d’ailleurs, leurs frères.
C’est une catastrophe si les femmes ne vont pas à l’école. Je ne dis pas que c’est la panacée pour elles, parce qu’elles peuvent très bien se trouver au fond d’une classe Neanmoins elle est au moins sortie de la maison. On est loin d’en avoir fini avec la démocratisation de l’école : les élèves ont exactement les mêmes chances que leur niveau social leur donne. La France apprend encore aux petits maghrébins et aux petits Noirs que nos ancêtres sont les Gaulois. C’est la même logique des manuels de la maternelle : Papa lit le journal, Maman est à la cuisine.
Je suis persuadée que la dimension culturelle doit être enseignée. Par exemple, malgré l’importance de la communauté asiatique, il n’y a pas un mot dans les bouquins sur les Asiatiques, sinon au travers des grandes guerres. Les livres d’histoire que j’utilise consacrent 3-4 lignes à la guerre d’Algérie, pareil pour mai 68 ou d’autres événements. Mais on ne peut pas attendre les grandes réformes. En tant que prof je donne déjà des cours sur la guerre d’Algérie ou sur l’immigration.
Si on enseigne la dimension culturelle, les petits Beurs au fond de la classe se réveillent et ont tout d’un coup des choses à dire. Ils se sentent revalorisés, dans ce qu’ils sont et par rapport à la culture des parents. Il faut montrer la valeur de ce qu’ont fait les immigrés. C’est important que ces enfants soient fiers de leurs origines.
Le boulot associatif des Nanas Beurs ressemble à du travail social...
Le local des Nanas Beurs est ouvert huit heures par jour, toute la semaine. Des femmes viennent pour des problèmes très spécifiques de logement, de papiers, de fugues, de suicide, ... Il faut pouvoir répondre à ces problèmes, mais nous refusons d’être des assistantes sociales. Avant, dans les banlieues, une femme avec des problèmes graves, c’était un « cas ». Maintenant on est passé du cas particulier à la loi général. Ce n’est plus du tout l’exception qu’une femme soit dans la misère, confrontée à la violence au quotidien.
L’association Les Nanas Beurs s’est créée il y presque treize ans, à l’époque de la Marche pour l’Egalité. Les jeunes femmes issues de l’immigration elles-mêmes visaient à émerger au niveau social et politique. Et, évidemment, pour se battre contre l’oppression spécifique des femmes en tant que femmes, plus particulièrement en tant que maghrébines. La seule chose qui a changé, c’est que l’association s’est retrouvée — avec la crise sociale et économique — à gérer des problèmes du quotidien.
Lors d’une dernière réunion de l’association, on discutait de la réduction du temps de travail des permanentes, faute d’argent. Il y avait cet argument : on ne peut pas licencier, comment allons-nous faire pour vivre ? Des années en arrière, je crois que cet argument alimentaire et salarial ne serait pas passé. Je crois qu’on aurait plus discuté du développement de l’association, plutôt que de mêler le travail militant avec un itinéraire personnel. Ça reflète ce qui se passe au niveau social.
Plutôt que guérir il faut prévenir. Nous voulons ne plus avoir ces cas, et pour cela il faut travailler dans le sens politique du terme. Il faut arriver à créer un courant large pour faire pression. C’est là que se trouve le travail fondamental de l’association. Il faut qu’on arrive à mobiliser les femmes, les consciences de ses femmes, justement, pour dire halte à toutes les mesures répressives et discriminatoires.
Quelles sortes d’alliances, alors, pour créer un tel courant ?
Le vécu des femmes immigrées en France a des points communs. Nous avons à peu près les mêmes problèmes en France, quelques soient nos origines. Nous sommes toutes touchées de la même manière par les lois Pasqua. Il y a la féminisation de la pauvreté. Oui, elle touche aussi des femmes françaises, mais elle touche tout spécifiquement les femmes immigrées. À Barbès maintenant, ça me frappe de voir des femmes maghrébines qui ont l’âge de ma mère et qui vivent dans des cartons. Il y a quelques années on ne voyait pas ça.
Mais quand on parle des femmes arabes, on réduit à l’islam. Les femmes noires, la polygamie. Et ainsi de suite. Il faut casser les clichés pour montrer que nous avons les mêmes aspirations, pour peser notre poids dans ce pays. Même si nous n’en sommes pas encore au lobbying, un terme que je n’aime pas.
On a toujours travaillé avec des femmes africaines, iraniennes, et turques. Mais elles n’étaient pas nécessairement issues de l’immigration. Arrivées en France pour faire des études, elles ont ensuite milité au sein de leur communauté. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’on commence à voir une relève — moins visible que les femmes maghrébines — chez les autres communautés.
Comment se passe le rapport entre les jeunes femmes et les « anciennes » militantes féministes ?
Il y a des trous de mémoire, mais je vois aussi des continuités. Par exemple, aujourd’hui on aide des femmes qui ont masqué leur grossesse. Le combat pour la loi Veil — ce n’est pas Veil qui a décidé de la faire voter — a été bénéfique pour tout le monde. Les femmes doivent absolument avoir ce droit-là, et c’est d’autant plus important pour les femmes maghrébines. Les femmes immigrées ne pouvaient pas avorter si elles n’avaient pas un séjour complet de trois mois consécutifs. Alors on retombait dans les avortements clandestins ou à l’étranger.
On sait que la politique traditionnellement était dévolue aux hommes, que l’histoire ce n’est pas les femmes Les femmes immigrées se sont d’abord mobilisées sur leurs propres intérêts spécifiques. Ensuite la mobilisation des années 80, des mères de victimes des crimes racistes et sécuritaires. Tout cela s’est gravé dans les mémoires de celles concernées. Ce n’est qu’aujourd’hui que les femmes issues de l’immigration peuvent commencer à se ré-approprier leur histoire.
Moi, je suis un peu la mémoire de l’association, l’ancienne. Avant on n’osait pas trop me contester. Il y avait un écart. Plus les filles s’affirment, plus elles peuvent me dire : « Tu te trompes » ou « On n’est pas d’accord ». J’ai appris à me remettre en cause. Le plus important n’est pas de créer une association et de la faire vivre, mais de créer un mouvement qui impulse les autres à y rentrer et à faire bouger cette société. Il faut former une relève.
propos recueillis par Reda Sadki
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Souad Benani, l’ancienne des Nanas Beurs : « Y a-t-il encore du machisme en France ?
vous avez fait preuve de courage c par vous q le monde peut changer ces innégalités je vous en félicite.
POUR l’auteur :Anonyme
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Souad Benani, l’ancienne des Nanas Beurs : « Y a-t-il encore du machisme en France ?
QUEL PLACE OCCUPUPE LA SEXUALITE CHEZ LES MAGHREBINES ET POURQUOI CERTAINES NE L’ASSUME PAS ?
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Souad Benani, l’ancienne des Nanas Beurs : « Y a-t-il encore du machisme en France ?
Bonjour,
Votre article m’a beaucoup intéréssée et touchée. Je souhaite faire une recherche, dans le cadre de mes études d’assistante sociale, sur l’insertion socio-professionnelle des femmes maghrébines. Je souhaiterais m’axer sur leur réussite soicale et professionnelle, et pour cela il me faudra répondre à des questions telles:ont-elles rencontrés des difficultés, obstacles ? si oui, lesquels ? Quelles ont été leurs ressources ?...
Je souhaiterais également connaître l’histoire de l’immigration des femmes maghrébines en France.
Si vous connaissez des sites internet, des livres ou toutes outils qui me permettrait de répondre à ces questions, pourriez vous me les envoyer. J’aimerais aussi avoir vos avis sur ce sujet (pertinence...)
Merci de me répondre
A bientôt
Mag