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Les étrangers vivant en France sont davantage touchés par le sida
7 juin 1999 (Le Monde)
PARIS, le 9 juin 1999 (Le Monde)
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Une prévention adaptée est nécessaire
SELON une étude de l’Institut de veille sanitaire (IVS), rendue publique vendredi 4 juin, les personnes de nationalité étrangère vivant en France sont, globalement, deux fois plus touchées par le sida que les sujets de nationalité française ; les femmes étrangères, toutes nationalités confondues, sont trois fois et demi plus atteintes que les femmes françaises. En outre, les étrangers méconnaissent davantage leur statut sérologique et bénéficient d’une moins bonne prise en charge thérapeutique.
Ce constat a été établi sur la base des données de surveillance du sida centralisées par l’ex-Réseau national de santé publique (auquel l’IVS a succédé) chez les personnes de quinze ans et plus domiciliées en France et chez lesquelles un diagnostic de sida a été posé entre 1978 et juin 1998. Sur les 46 973 cas de sida déclarés en France depuis le début de l’épidémie, 14 % (6 571 cas) affectaient des personnes de nationalité étrangère résidant en France alors que cet ensemble ne représente que 6 % de la population adulte vivant en France métropolitaine. Les régions d’origine les plus fréquemment concernées sont l’Afrique subsaharienne (2 068 sujets), l’Afrique du Nord (1 543 personnes), l’Europe (1 298 sujets) et Haïti (809 personnes).
Les étrangers bénéficient moins du phénomène de décroissance du nombre de nouveaux cas de sida enregistré depuis la mise à disposition de nouveaux traitements (trithérapies en particulier) : entre le premier semestre 1996 et le premier semestre 1998, ce nombre à décru de 44 % chez les ressortissants étrangers, contre une baisse de 61 % chez les Français. Le mode de contamination principal est la transmission hétérosexuelle (49 % des cas), suivie de la transmission homosexuelle (22 % des cas) et de la toxicomanie par voie intraveineuse (19 %). Ce dernier mode est le plus fréquent chez les sujets venant d’Afrique du Nord. La transmission hétérosexuelle est dominante pour les personnes originaires d’Afrique subsaharienne et d’Haïti.
Outre le facteur nationalité, le statut social compte beaucoup. Les étrangers atteints de sida sont pour 35 % d’entre eux sans emploi ; cette proportion atteint 42 % chez les personnes originaires d’Afrique subsaharienne et 39 % chez les Nord-Africains. Par comparaison, 20 % des sujets de nationalité française atteints de sida n’ont pas de travail. Il ressort aussi de l’étude une forte méconnaissance du statut sérologique : parmi les personnes ayant fait l’objet d’un diagnostic de sida entre le 1er janvier 1994 et le 30 juin 1998, 42 % des étrangers ignoraient leur statut au moment du diagnostic contre 22 % des Français. Cette ignorance est particulièrement marquée chez les personnes venant d’Afrique subsaharienne (51 %) et d’Asie (50 %).
Autre différence retrouvée par les auteurs de l’étude, l’accès à une prise en charge thérapeutique : depuis 1994, 48 % des sujets de nationalité étrangère connaissant leur séropositivité n’ont pas bénéficié d’un traitement antirétroviral avant l’apparition de la maladie, contre 39 % chez les Français dans le même cas. Cette différence peut s’expliquer par des obstacles administratifs et sociaux, mais l’étude note cependant que la diminution du nombre de décès dus au sida est la même parmi les patients étrangers et parmi les patients français.
Les experts de l’IVS plaident pour des moyens de prévention adaptés à ces populations, une amélioration de l’accès au dépistage précoce et un maintien des moyens de prise en charge clinique et thérapeutique, malgré la diminution du nombre de nouveaux cas de sida. Pour sa part, l’association Migrants contre le sida souligne qu ’« avec cette étude, les pouvoirs publics ne peuvent plus nier l’urgence de mener une nouvelle lutte contre le sida en s’attaquant directement à la discrimination et aux inégalités ».
Paul Benkimoun