Accueil du site > Revue de presse > Revue de presse (1995-2002) > 2000 > 11 >
Protection sociale
Financement de la Sécurité sociale : déclaration à la presse
9 novembre 2000 (Collectif Alerte Santé)
PARIS, 9 novembre 2000 (Collectif Alerte Santé)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Lire notre dossier complet
conférence de presse du Collectif Alerte Santé
Texte introductif
Depuis 4 ans le Parlement débat annuellement du plan de financement de la sécurité sociale. Cela constitue-t-il un progrès pour la démocratie et pour la santé des citoyens ? La réponse est évidemment non.
La démocratie, surtout dans un pays riche, voudrait que pour une nation l’éthique soit de permettre à toutes les femmes et tous les hommes qui y vivent de bénéficier d’un égal accès à des soins de qualité. La réalité quotidienne vient nous démontrer qu’il n’en est rien. Bien pire l’illusionnisme d’État utilise des faux semblants pour nous faire adhérer à ses vertus de fraternité et d’égalité. La loi contre l’exclusion en est un exemple.
La CMU, pièce importante de cette loi, fabrique des exclus "par le bas" en abandonnant les sans papiers, et "par le haut" par l’effet seuil qui exclue des personnes aussi démunies que les autres avec les mêmes besoins. Ce n’est pas la "largesse" de 100 F qui va modifier cette triste réalité. Derrière cette politique se cache une idéologie perverse qui consiste à faire croire à l’opinion que les valeurs sociales sont à l’[oe]uvre dans cette loi alors que c’est l’ensemble du système de soins qui est aujourd’hui bradé à l’économie marchande. Une pseudo loi de solidarité d’un côté pour contenter la compassion des plus nantis, et de l’autre coté un désengagement de plus en plus notoire pour permettre à la logique libérale de gérer à son profit le système de soins : définition d’un panier de soins minimum donnant droit au remboursement, puis pour le reste c’est fonction des richesses individuelles, fermeture de structures publiques, sous équipement de l’hôpital publique, transformation du métier des soignants qui passent plus de temps à gérer le coût du soin pour le rendre plus normatif que d’être auprès des personnes malades. Le processus qui consiste à transformer le corps en une marchandise est nécessaire à ceux qui veulent imposer les lois de la productivité à l’acte de soigner.
La santé des citoyens est pleine d’inégalités comme vient de le montrer le rapport de l’INSERM. Le plan de financement de la sécurité sociale qui est en discussion au parlement ne trace aucunement une quelconque politique de santé. Une fois de plus on réduit la santé des Français à la maîtrise d’un coût du soin. On reste enfermé dans cette croyance qu’une personne non malade est en bonne santé. La domination de la biotechnologie aveugle les élus au point de leur provoquer la cécité devant : le mal être, la malnutrition, les carences psychoaffectives, les addictions, les suicides, l’isolement des personnes âgées, la détresse du handicap... où est la prévention, l’éducation à la santé, la lutte contre les facteurs pathogènes, dans ce projet de loi, que devient la santé scolaire, la santé au travail, le dépistage des maladies graves et invalidantes...
Ici et là des professionnels, des citoyens tentent ensemble de proposer des nouvelles formes d’organisation de l’offre médico-psycho-sociale afin d’être plus efficace pour améliorer la santé des populations et ils posent les questions essentielles sur la politique de santé ; le financement de la sécurité sociale les méprise ! Pourquoi s’en étonner quand il n’y a plus de débat sur le rôle de la sécurité sociale. Débattre de son budget c’est débattre de l’utilisation des cotisations, c’est donc par définition un débat citoyen et en rien un problème de médecins.
À quoi bon organiser ces grandes messes sur la santé comme la conférence nationale de santé ou les états généraux, si dans le même temps on laisse au gestionnaire de la sécurité sociale l’illusion de faire croire qu’ils font la politique de santé en France ?
Autour de la santé se jouent les valeurs essentielles de la démocratie, il est devenu trop dangereux pour la population de la laisser gérer par la représentation nationale trop encline à succomber aux sirènes du libéralisme, et ce n’est pas le monde médical qui la protégera de ces dérives.
Didier Ménard, porte parole du C.A.S.
Collectif Alerte Santé
52,rue Galliéni
92240 Malakoff
Tél. 01 43 49 28 60
E-mail contact@alertesante.org