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Marc Gentilini
La Croix-Rouge camoufle depuis un an un trou de 200 millions
1er octobre 1997 (Canard enchaîné)
PARIS, 1er octobre 1997 (Canard enchaîné)
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Décision de ses dirigeants, en 1996 : motus et bouche cousue...
Lors d’une réunion extraordinaire du Comité de direction de la Croix-Rouge, en octobre 1996, il avait été décidé de pratiquer une sorte de « secret-défense ». Et pour cause : l’audit interne qui révélait la situation catastrophique de l’antenne parisienne de la Croix-Rouge - plus de 200 millions de dettes - ne devait pas être rendu public. Les administrateurs n’ont même pas eu le droit de lire le document, et ils ont dû se contenter d’un compte rendu oral.
Conséquence de cet enterrement pudique : Pierre Barrazer, le président de la commission financière qui avait commandé l’audit, a démissionné en claquant la porte, le 7 octobre 1996. Depuis, ce document sulfureux dort dans un tiroir, sous la surveillance du Pr Marc Gentilini, le nouveau patron de la Croix-Rouge. Lequel comme « Le Canard » l’a déjà raconté a été élu de justesse en juin dernier, grâce à un coup de force de l’Elysée piloté par Bernadette Chirac.
Amis du Président
Consacré aux comptes de la période 1991-1995, ce brûlot met en cause la présidente du conseil départemental de la Croix-Rouge parisienne, Simone Marcaut-Murat, qui succéda à ce poste à son époux, l’ancien préfet de Paris Jean Taulelle. Un couple d’amis de Chirac.
Mieux, l’Elysée, informé en octobre 1996 de la situation par l’ancien président, Pierre Consigny, n’a jamais répondu au courrier de ce dernier. Pas plus, d’ailleurs, que ne l’ont fait les deux ministres de tutelle de l’organisation - celui de l’Intérieur, Jean-Louis Debré, et celui des Affaires sociales Jacques Barrot -, eux aussi informés par écrit.
Et voici quelques morceaux choisis de ce réquisitoire. Le conseil départemental de Paris, qui contrôle 33 établissements et emploie un bon millier de salariés, avait accumulé, fin 1995, 201 millions de dettes. Soit plus de la moitié de son chiffre d’affaires annuel (350 millions). Explication : depuis des années, la Croix-Rouge parisienne perd de l’argent à un rythme soutenu, « les recettes sont devenues insuffisantes pour couvrir les dépenses », et le trou est comblé par un emprunt.
Le bâtiment ne va pas
Le rapport évoque en termes polis les dysfonctionnements à l’origine de cette situation. Notamment des « investissements immobiliers sans justification économique évidente ». Ainsi l’installation, en 1994, du nouveau siège du comité départemental dans un hôtel particulier du XVIe arrondissement a coûté 4,3 millions, au lieu des 3 millions prévus. Et, pour tout arranger, l’audit note : « Il n’y a pas d’évidence (sic) que les fournisseurs aient été mis en concurrence dans tous les cas. »
La Croix-Rouge parisienne avait aussi la fâcheuse habitude de dépenser l’argent qu’elle n’avait pas encore reçu. Exemple : les subventions de la Ville de Paris, considérées comme acquises, et donc dépensées avant qu’elles arrivent quelques mois plus tard sérieusement amputées. Autre curiosité, un compte bancaire fantôme qui ne figure pas dans la comptabilité du comité. « Des prélèvements indus risquent de ce fait de passer inaperçus », note l’audit dans ce jargon inimitable.
Factures facultatives
A la revue « Paris Croix-Rouge », ça n’allait guère mieux. Le contrat de régie publicitaire, signé en 1985, assurait à la société NEP une commission royale de`60 % des recettes (48 % en 1993). Sans compter que ces accords publicitaires, payés comptant, ne donnaient généralement pas lieu à facturation.
Quant aux différentes prestations fournies par le comité départemental - revente de produits divers, organisation de cours et de postes de secours, etc. - « il n’y a pas de procédure formelle en place pour s’assurer [qu’elles] sont facturées et encaissées ». C’est sans doute ce qu’on appelle le bénévolat.
« Des mesures énergiques de réduction de dépenses » ont bien été prises, fin 1995, à l’arrivée d un nouveau trésorier. Mais, estime l’audit, elles « ne seront pas suffisantes pour établir à terme l’équilibre des comptes ». Pour s’en sortir, la Croix-Rouge parisienne devrait donc « vendre une partie de son patrimoine immobilier », estimé 500 millions. Mais, avant, il faudrait en établir l’inventaire. Difficile car note l’audit, « des locaux figurant au bilan ne sont pas physiquement identifiés ». Inversement, « des locaux affectés au comité départemental ne sont pas inscrits à son bilan ».
Simple question d’adresses, ou d’adresse ?
Jérome Canard
Un président illégal ?
Elu en juin 1997 à la présidence de la Croix-Rouge, Marc Gentilini occupe-t-il ce fauteuil en toute illégalité ? Les statuts de l’organisation précisent en effet que tous les dirigeants qui y exercent des fonctions doivent être « neutres, impartiaux et indépendants » des partis politiques et des pouvoirs publics.
Or Marc Gentilini est, depuis les législatives de juin dernier, suppléant du député (UDF) de l’Essonne, Pierre-André Wiltzer, élu sous le slogan : « Avec Jacques Chirac, un nouvel élan ». « Un suppléant, a déclaré le Pr Gentilini au "Canard", n’a aucune fonction politique. Le problème se poserait si M. Wiltzer venait à abandonner son mandat. » Pour venir remplacer Gentilini à la tête de la Croix-Rouge ?