Accueil du site > À écouter, à voir > Communiqués > Archives de la campagne de Migrants contre le sida pour mettre fin aux (...) >
Centre du Moulin-Joly : Lettre à Impact Médecin
1er février 2001 (survivreausida.net)
Réagir à cet article | Recommander cet article | Votez pour cet article
Monsieur le Rédacteur en Chef
Impact Médecin
1, rue Paul Cézanne
75008 Paris
Monsieur,
Depuis avril 1999, le collectif Migrants contre le sida dénonce les pratiques discriminatoires de ce centre médical qui accueille les séropositifs les plus précaires, dont la majorité est d’origine maghrébine. Le 2 décembre 1999, Catherine Patris, responsable du service de santé publique de la DASS de Paris, s’engageait par écrit à ouvrir une enquête sur les pratiques du centre médical du Moulin-Joly de la Croix-Rouge Française (Impact Médecin Hebdo n° 473 du 10 décembre 1999, p. 17). Plus d’un an plus tard, aucune enquête faisant appel aux associations n’a eu lieu.
Le centre, prétend être une « passerelle entre la précarité et le soin ». En fait, on dispense des soins gratuits aux précaires (Marc Bary, directeur, précise dans un rapport interne de la CRF : « la gratuité des prestations... a un effet attractif sur ces populations ») pour les écarter des hôpitaux (selon ce même rapport, le centre recrute les malades sans couverture sociale en offrant ses services aux hôpitaux privés).
Au centre du Moulin-Joly, les malades perdent leurs droits sociaux (le service social a été fermé par la CRF en 1998), sont rendus dépendants du centre pour se soigner et pour obtenir des médicaments, et subissent des pratiques désastreuses pour leurs conditions de vie et leur santé : interdiction de droits sociaux ; confiscation de dossier médical ou social ; recours systématique à la police pour « gérer » les malades qui refusent le contrôle social imposé par le centre ; constitution d’une « liste noire » des patients, diffusée auprès des services sociaux, des associations, et même des ministères ; harcèlement psychologique et moral ; chantage aux médicaments, aux soins, et aux traitements de substitution ; harcèlement psychologique autour de l’observance ; culpabilisation autour de la situation sociale et sanitaire des personnes.
Les changements introduits depuis décembre 1999 par la CRF ont été d’abord cosmétiques. Rien n’a changé, sur le fond, aux conditions d’accueil ou de suivi des usagers du centre. De nombreux usagers ont abandonné le centre : sa file active n’est plus qu’une « file fictive ».
Face au silence de la DASS de Paris, face au refus de la Croix-Rouge de remettre en cause les pratiques du centre, le Collectif Migrants contre le sida va saisir Philippe Coste, directeur de la Direction de l’action sociale et sanitaire de Paris, pour exiger l’ouverture de l’enquête sur les pratiques du centre, et prépare une série d’actions visant à informer les usagers, les associations, les pouvoirs publics, et le corps médical sur ce qui se passe au centre du Moulin-Joly.
La gestion du centre par la Croix-Rouge Française repose sur l’idéologie nauséabonde de la ségrégation raciale et sociale par la dispense de soins caritatifs, sur l’apartheid médical d’une filière de soins séparée et inférieure réservée aux plus précaires. C’est pourquoi Migrants contre le sida appelle à la mobilisation de tous ceux et celles qui défendent l’égalité des droits face à la maladie, sans distinction ou condition de nationalité, de statut administratif, ou d’origine raciale ou sociale, pour que deviennent inadmissibles de telles pratiques discriminatoires et humiliantes, de tels traitements inhumains et dégradants, infligés aux malades les plus précaires.
Reda Sadki
Migrants contre le sida