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Des médecins français en mission à Bagdad : Faut-il aller soigner Saddam ?
27 septembre 2000 (Quotidien du Médecin)
PARIS, 27 septembre 2000 (Quotidien du Médecin)
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Selon un journal arabe, des praticiens français se seraient rendus à Bagdad au chevet de Saddam Hussein. Un praticien peut-il refuser de soigner, fût-ce un dictateur, ou du moins de faire le voyage jusqu’à lui ? Réponses des Prs Bernard Debré et Claude Sureau.
Le Pr Bernard Debré* : le médecin est là pour soigner, pas pour juger
« Voici quatre ou cinq mois, j’ai été sollicité pour participer à une opération humanitaire en Irak. Etant personnellement révolté par la situation scandaleuse que crée l’embargo, une situation dont pâtissent les populations les plus démunies, j’ai immédiatement donné mon accord.
« Aller à Bagdad pour soigner Saddam Hussein est certes autre chose. Mais, dans ce cas-là aussi, ma réponse est oui. Je suis là pour soigner. Si je refuse de soigner et que mon refus entraîne la mort du malade, je n’agis plus en médecin, mais en juge. Un ventre ouvert, pour le chirurgien, n’est pas différent selon qu’il est celui d’un tyran ou d’un héros des droits de l’homme.
« Dans le passé, il m’est arrivé de soigner des dictateurs, soit en me rendant à leur chevet, soit en les recevant dans mon service. Mon père ( Michel Debré, Premier ministre du général de Gaulle de 1958 à 1962, NDLR), comme je lui demandais si je devais répondre à l’appel d’un ayatollah gravement malade, m’avait conseillé de le faire venir s’il était transportable, quitte à me déplacer dans le cas contraire.
« Naturellement, je n’ai jamais accepté d’honoraires de la part de tels patients. »
Le Pr Claude Sureau** : comme Rudolph Hess, tout dictateur a droit à des soins
« Il n’y a aucun doute à mes yeux, un malade est un malade, quel qu’il soit. Et le devoir du médecin est de le soigner.
Entendons-nous bien : le code de déontologie nous ménage toujours la possibilité de nous récuser pour des raisons personnelles que nous n’avons pas à expliciter. C’est ce que l’on appelle la clause de conscience. Elle ne peut cependant s’appliquer qu’à la condition fondamentale que le refus du médecin n’entraîne pas l’issue fatale pour le malade.
« Cela dit, on ne peut en aucune manière critiquer un médecin parce qu’il a accepté de dispenser des soins à un criminel ou à un dictateur. Du reste, si on s’en avisait, ce serait la fin de la médecine pénitentiaire, des médecins refusant discrétionnairement de traiter tel ou tel assassin.
« Dans sa prison de Spandau, Rudolph Hess a bien pu faire l’objet d’un suivi médical.
« Comme le second de Hitler, tout dictateur peut et doit être soigné. Cela ne souffre aucun débat éthique. »
* Ancien ministre.
** Président de l’Académie nationale de médecine.