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Haïti | Jean William Pape | Vaccin préventif
New York Times : les sujets d’une étude en Haïti paient le prix fort des soins gratuits
10 octobre 2001 (Migrants contre le sida)
PARIS, 10 octobre 2001 (Migrants contre le sida)
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Extraits traduits de l’article de Nina Bernstein Strings attached : for subjects in Haiti study, free AIDS care has a price (New York Times, 6 juin 1999).
Le projet GHESKIO de Jean William Pape a mis en place, sous l’égide l’Université de Cornell, un essai clinique qui suit la transmission du virus chez les couples sérodifférents. L’essai ne propose aucun accès aux antirétroviraux, aucune information sur ces médicaments. Le niveau de soins est inférieur à celui qui est proposé aux séropositifs aux États-Unis, le pays qui finance cette recherche.
La réglementation américaine est pourtant claire : il ne peut y avoir aucune pression pour inciter une personne à participer à l’essai, elle doit être pleinement informée et fournir son consentement libre et éclairé, et doit avoir accès aux meilleurs soins disponibles pendant et après l’essai.
Les essais de vaccins devaient débuter fin 1999.
La clinique de l’Université de Cornell est installée depuis bientôt 30 ans à Port-au-Prince. Elle propose le dépistage gratuit pour le sida, les MST et la tuberculose. Les médicaments et les vitamines proposés par la clinique sont « une forte incitation à la participation aux essais » selon un rapport de Cornell.
Selon le docteur Pape, fournir des antirétroviraux coûterait dix fois le budget global de la santé.
Entre 1985 et 1999, les projets sous l’égide de Pape ont reçu plus de 50 millions de francs de financements. Ses recherches ont notamment permis de démonter que les Haïtiens ne constituent pas un groupe particulièrement vulnérable au VIH, et ont démontré la transmission du virus par les relations hétérosexuelles.
Dans le cadre du recrutement des couples sérodifférents, un formulaire de consentement est lu oralement en créole à chaque sujet potentiel, mais ce formulaire ne mentionne pas qu’il s’agit de couples dont un seul partenaire est séropositif. Il dit simplement que les bilans sanguins sont réalisés parce que le sujet « vit dans un endroit où le SIDA peut être répandu ». Il promet que les résultats du test de dépistage seront confidentiels.
Mais, selon Jean William Pape, le partenaire séronégatif est néanmoins informé oralement par le médecin que son époux ou son partenaire est séropositif.
Pourtant les formulaires de consentement éclairé utilisé dans d’autres pays sont plus explicites. Par exemple, un formulaire zambien précise : « L’un d’entre vous est contaminé par le virus, l’autre ne l’est pas... Il est possible que pendant l’étude, le partenaire qui n’était pas contaminé le devienne. Ceci est grave et peut provoquer la dépression, la colère ou des problèmes au sein du couple... »
Le clash : Alain Sobel répond à Jean William Pape
Alain Sobel déclare que le gouvernement français pourrait fournir les médicaments antirétroviraux à Haïti, comme il le fait déjà pour les iles sous domination française de la Martinique et la Guadeloupe.
Jean William Pape réplique qu’il serait impossible d’utiliser les antirétroviraux en Haïti, du fait du manque d’organisation du système de santé, incapable de distribuer ces médicaments ou de vérifier que les patients ne sont pas trop pauvres pour manger régulièrement pour prendre les médicaments avant ou après certains repas, ce qui est requis par certaines combinaisons.
Sans pour autant réfuter cette position, le professeur Sobel a insisté sur le fait que la clinique de Jean William Pape serait « la seule institution qui pourrait » proposer l’accès aux antirétroviraux, ajoutant que les patients « méritent d’être traités ».
La position de Pape est que proposer l’accès aux traitements à ses patients serait une « incitation à la contamination », et il doute de la volonté d’un gouvernement étranger de fournir ces médicaments coûteux, même en période de crise économique.
Pour Alain Sobel, le manque d’enthousiasme de Jean William Pape s’explique en partie par son engagement sur la piste d’un vaccin contre le VIH. En 1998, Pape est devenu l’investigateur principal d’un contrat fédéral de $619 000 pour mener des essais préliminaires de vaccins en Haïti, dès 1999.
« Je lui ai dit que c’était complètement utopique, étant donné que le vaccin ne serait pas prêt avant des années », explique le docteur Sobel.
Selon le docteur Frantz Large, vice-président de l’association médicale haïtienne, le docteur Pape est « un grand patriote... Il ne violerait jamais les principes éthiques. Mais s’il devait choisir entre la survie de 10 individus et celle de la nation, il choisirait probablement la survie de la nation, et je ferais de même »...
Commentaire de Philip Alcabes : « Nous avons échoué si les médecins et les chercheurs ne comprennent plus que leurs paris sur un éventuel vaccin du sida sont couverts par les vies de gens bien réels... »